
Vivre avec un écrivain
Chapitre 2
Elle est née à vingt-sept ans d’une naissance désirée, la sienne, de cette nuit d’hiver où elle a décidé de décider.
Puis, subitement, comme par confirmation ou présent somptueux, elle a rencontré l’écriture. Pure. De cette encre qui s’empare d’un corps et d’une âme, sans flou ni fugue de temps en temps, lorsqu’on étouffe d’instants répétés ou d’avenir différé, non.
Sinon elle l’aurait croisée comme auparavant, lorsqu’à douze ans elle était déjà trop nostalgique pour ne pas écrire, trop triste au fil des saisons pour ne pas espérer l’accalmie, une rémission sur ces tourments d’adultes qui la dévastaient à l’âge des goûters aux pommes, des parfums de cannelle qui nous rappelle les vacances en bord de mer ou de tendresse, les premiers baisers volés et respirés sur une musique d’été ou de grillons.
Cliché ou manque, on écrit ses ratés, ses utopies.
Elle s’est immiscée définitivement dans l’encre de sa vie, dans ses futurs d’escales ou de dérives, dans tous les naufrages que seules ses insomnies de papier froissé sauront rescaper, l’écriture comme bouée de sauvetage, les secondes où ces vagues à l’âme deviennent une déferlante sans état d’âme.
Drame de son caractère qui est plus trempé qu’insipide.
Apatride.
Je me suis assis pendant qu’elle écrit debout, ça aussi il faudra l’expliquer, assis pour dire ou lui écrire, mais je pense ne pas en avoir le talent ni la souffrance, tout ce qu’elle n’osera avouer sur papier, tout ce qu’elle dégueule depuis sa première injustice, tout ce qu’elle épuise dans sa tête et qui ne se concède ou ne s’achève qu’en rêve, une trêve qu’elle réclame depuis ses quatorze ans épuisants.
Insistants.
Je veux nous évoquer puisque je suis l’homme de sa vie, puisqu’elle est la femme de ma vie, l’écrivain de mes crépuscules, de celui qui nous a embrasés un soir de presque canicule pour un hiver sans écharpe ni doudoune.
De cette seconde qui a bouleversé mon existence.
Bouleverser est plus qu’indiqué lorsqu’un être qui n’a rien à voir avec le monde artistique rencontre un écrivain qui est quasiment autiste.
Mais c’est certainement un pléonasme, pardonnez mon innocence, elle est la première artiste que j’aime et j’imagine que ses congénères sont identiques, semblables.
Invivables.
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