
Vivre avec un écrivain
Chapitre 3
« J’ai besoin de te tromper à l’écrit. »
Voici ce qu’elle m’a répondu, ce dont elle a convenu comme réponse à toutes celles qui me rongent lorsque je songe à cette lecture, cette fraude, c’est inadmissible que je me sois autorisé, impassible.
Elle était trop distante, trop heureuse et ravissante, à l’écart et avec le sourire, alors forcément ou par irrespect, j’ai cru qu’elle avait croisé une histoire, un autre regard que le mien, en retard depuis quelques nuits.
Un besoin humain qui est banalisé, avoué, voire revendiqué trop souvent et par vantardise ou même compris au nom d’une liberté (?), d’un épanouissement (?), d’une mode, oui !
Sans conviction pour ma vision de l’amour, du couple, plutôt une déroute, une manière de crever à petit feu, puisque le sien s’éteint en allant se rallumer ailleurs. Sans pudeur.
Je n’en ai eu aucune à l’effeuiller, à pénétrer cette intimité de papier qu’elle protège comme un enfant, un pan de son être, une confession qui pourrait se faire blessure ouverte. À celui qui en abuserait, qui s’en servirait.
Je m’en suis mordu les doigts et les lèvres au moment où mes yeux, ses voyeurs, ses violeurs d’âme, se sont enivrés de ce flot noir déversant ses manques notoires, ses plaisirs solitaires ou adultères.
Trop noire pour l’imposture, cette écriture large et oblique, tracée à l’improviste, sans plan ni direction, afin de ne rien manquer, ne rien oublier et qui dénote cette fulgurance dans son tempérament, cette folie vive pour l’insouciance. Ce plongeon dans cet océan qui me l’enlèvera et qui une fois rassasié de ses dons, me l’échouera.
Ma dérive est celle qu’elle noie sur papier, discrète et méticuleuse, contraire de ce qu’elle transpire, inconnue lorsque la porte claque sur une impulsion ou qu’elle me largue en pleine rue, en proie à ce que je n’ai jamais souffert ou espéré.
La sensation d’être.
Bref, je l’ai lue…
Et je ne m’y suis pas vu.
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