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Couverture du roman Souvenirs d'enfance

Souvenirs d'enfance

Philippe Ducourneau livre un récit autobiographique ancré dans le Nivernais des années soixante-dix. À travers trente-neuf chroniques, l'auteur revisite ses facéties d'enfant et la vie paysanne d'autrefois. Ce recueil de souvenirs dépeint avec réalisme les questionnements d'un garçon de dix ans face à la nature et aux traditions disparues. Entre nostalgie et bonheur, cet ouvrage rend hommage à une France rurale oubliée, capturant l'essence d'une époque et de ses figures marquantes.
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Chapitre 2

Départ en vacances

Je voyais mes grands-parents maternels assez peu. En général, une à deux fois dans l’année, on partait généralement au mois de juillet, ou ils me déposaient chez eux, puis ils revenaient tout le mois d’août afin que l’on puisse passer les vacances tous ensemble en famille. J’avais surtout hâte de retrouver mes cousins et ma cousine pour pouvoir faire les 400 coups. Je me souviens de ce voyage, généralement assez court, comparé à celui que l’on effectuait pour nous rendre en Bretagne (600 km) pour aller voir mes grands-parents paternels. Moins de 260 km nous séparaient de Pouzy, nous empruntions donc la nationale 7, la route des vacances la plus longue de toutes les nationales de France avec ses 996 km. À l’époque, peu d’autoroutes, et la voiture de papa ne roulait pas trop vite pour passer le temps, je m’amusais à compter les platanes qui bordaient les bords des routes. Au fur et à mesure de l’avancée de notre excursion, le paysage changeait sans arrêt, des grandes cheminées d’Ivry qui crachaient constamment une fumée opaque, on traversait déjà une banlieue encombrée, on arrivait ensuite dans le Gâtinais, la forêt de Fontainebleau m’apparaissait comme par enchantement avec cette végétation luxuriante et ombragée qui nous cachait un peu de la chaleur accablante.

La banquette arrière de la voiture faite en Skaï était un véritable tape-cul et l’on arrivait souvent, Cathy et moi, avec les fesses en compote. Aucun confort dans cette Peugeot 204 ni d’ailleurs aucune sécurité, juste une bétaillère ou bien une boîte en fer qui nous convoyait. Maman était studieuse, comme à son habitude, elle arborait une robe à fleurs aux couleurs psychédéliques, avec un chapeau de paille sur la tête et d’énormes lunettes de soleil en plein milieu de son visage, on aurait dit une mouche. Riton avait toujours sa casquette écossaise constamment sur la tête avec ses rouflaquettes, j’avais l’impression qu’il devait dormir avec, il ne la quittait jamais. Une cigarette Caporal fixée au bec, il nous enfumait perpétuellement à l’intérieur de la voiture et, au fur et à mesure du voyage, on se transformait en véritables petits harengs saurs. On arrivait vite en Bourgogne où papa s’arrêtait à Pouilly, ville étape pour acheter du vin, puis nous arrivions à La-Charité-sur-Loire où nous traversions le dernier fleuve sauvage de France. Enfin, nous apparaissait cette petite route qui serpentait de Saint-Saulge à Pouzy. Elle était tellement étroite qu’une seule voiture pouvait y passer, tantôt pentue et pourvue de descentes et de côtes vertigineuses. Le village était niché dans un petit mont avec une altitude de basse montagne dans les contreforts du Morvan.

Pouzy est situé dans le département de la Nièvre et se trouve seulement à quelques encablures du village de Saint-Saulge. À l’entrée du bourg, ma vision s’était figée sur le premier lavoir traversé par un minuscule ru qui ondoyait à travers les champs. La maison des Moreau, l’un des voisins les plus proches de mes grands-parents, était la première à apparaître à l’entrée du hameau, des voisins ordinaires sans grande importance. Je me souviens du regard terrible de la mère Moreau, une affreuse bonne femme. La seconde maison était celle de Louise et de Gaby (mes grands-parents), elle avait été construite sur les vestiges d’une ancienne masure de 1870, la baraque avait les persiennes closes. Pas âme qui y vivait. Riton avait donc décidé de continuer son chemin jusqu’à la sortie du village où se trouvait la maison de mon oncle et de ma tante, mes grands-parents devaient sûrement s’y trouver, nous poursuivions donc notre route. En face de chez eux, l’immense ferme de la famille Morel émergeait comme un récif caché de la mer, un vieux couple de paysans y séjournaient. Puis la chaussée continuait son petit bonhomme de chemin pour s’arrêter chez Mme Pic, une gentille femme très honorable, affable et amie de Louise.

On se trouvait ensuite rapidement au pied de la Croix Rapine où une maisonnette faisait alors son apparition, on aurait pu aujourd’hui la comparer à un logis de Hobbit tellement elle était minuscule. Un illustre inconnu campait à l’entrée de celle-ci, habillé d’un gilet et d’un pantalon de velours marron. Il était, je me souviens encore, chaussé de lourds sabots en bois, il fumait la pipe avec un béret sur la tête. À notre passage, il nous avait salués d’un geste chaleureux de la tête, papa lui avait alors répondu poliment. La route prenait ensuite la forme d’un virage assez large qui ondulait comme les méandres d’une rivière ou d’un fleuve. Dans une légère descente, nous étions passés devant la maison en bois de « chez Nénette », elle était faite de bric et de broc, de rafistolage en tout genre, me faisant penser à une roulotte de gitan. Cette femme, un peu niaise et dérangée, vivait avec une cohorte de chats qui urinaient à tire-larigot dans son minuscule logis, mais elle aidait Louise pour quelques piécettes dans les tâches ménagères les plus dures.

La voiture de papa poursuivait son chemin sur quelques centaines de mètres, on pouvait apercevoir alors la maison neuve de M. Bastien, elle était de conception moderne et haute. Comme un cheveu sur la soupe, elle dérangeait un peu dans ce village si pittoresque fait de vieux murs en pierre et de vieilles lauzes. Il était toujours tiré à quatre épingles, le sieur Bastien, constamment endimanché dans un curieux bleu d’ouvrier qui lui allait comme un gant, une casquette en toile sur la tête, un petit foulard au cou, ce retraité de la SNCF avait un phrasé et une diction impeccables. Il m’a toujours fait penser à un baron ou un comte avec le physique de l’écrivain Maurice Genevoix. Il offrait fréquemment des brochets et des perches fraîchement pêchés de son étang privé à Louise. Mon sixième sens de marmot m’indiquait qu’il devait en pincer un peu pour ma mémé.

Nous traversions ensuite une petite place où trônait un abreuvoir en pierre à vache, puis on entrevoyait déjà la ferme de Mme Franc, une femme joviale et adorable. La dernière masure du hameau apparaissait enfin, c’était celle de mon oncle et de ma tante, Jacques et Janine, qui sont les parents de mes cousins, Laurent et Alain. Nous nous étions arrêtés chez eux pour leur donner le bonjour et retrouver ainsi toute la famille. Louise et Gaby étaient là et c’était avec gaieté et spontanéité que se faisaient les retrouvailles. Un lavoir était complètement en friche derrière leur maison, envahi par les framboisiers et les mûriers, mais toujours en eau claire, approvisionné sûrement par la petite source contiguë qui délimitait la fin du petit village. La rue continuait jusqu’au prochain lieu-dit « Les serrés ». Les bords de la chaussée étaient encombrés d’herbes sauvages. Point de cantonnier au village de Pouzy, seul le bonheur éclairait mon cœur dans ce petit bourg où j’avais l’impression qu’avec mon âme d’enfant le temps s’était définitivement arrêté en 1974… C’était le début des grandes vacances et je retrouvais avec joie et allégresse Pouzy

Départ en vacances

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