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Couverture du roman Souvenirs d'enfance

Souvenirs d'enfance

Philippe Ducourneau livre un récit autobiographique ancré dans le Nivernais des années soixante-dix. À travers trente-neuf chroniques, l'auteur revisite ses facéties d'enfant et la vie paysanne d'autrefois. Ce recueil de souvenirs dépeint avec réalisme les questionnements d'un garçon de dix ans face à la nature et aux traditions disparues. Entre nostalgie et bonheur, cet ouvrage rend hommage à une France rurale oubliée, capturant l'essence d'une époque et de ses figures marquantes.
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Chapitre 3

En 1965, mes grands-parents maternels avaient acheté cette vieille baraque sur la commune et fait construire une nouvelle bâtisse par-dessus avec leur petit budget. La maison était somme toute modeste : une cuisine, une salle à manger, une salle de bain et une chambre. Ayant de petites retraites, la construction était restée inachevée sur plusieurs années. La bicoque trônait sur un pan de terre assez élevé d’où on pouvait voir assez loin aux alentours.

Mémé Louise était un personnage haut en couleur avec un sacré caractère, souvent mauvaise langue, mais ses qualités étaient supérieures à ses défauts. Malgré son esprit vif, elle était terriblement sensible et aimante. Elle me contait souvent des histoires extraordinaires qu’elle avait vécues dans des temps anciens. Tricoteuse et couturière hors pair, mémé reprisait, tricotait donc des pulls et rafistolait tous genres de vêtements à toute la famille. Moi, je n’aimais pas porter ces pulls en laine, cela me grattait terriblement. Physiquement, elle était plutôt petite et pas très jolie avec un nez aquilin. Quand elle parlait, elle roulait les r avec son accent du Lot. Souvent vêtue d’une blouse à carreaux de couleur bleue, elle ne semblait pas avoir soixante-cinq ans et avait une capacité à s’adapter intellectuellement au monde moderne, on pouvait lui parler de tout. Mémé Louise ne s’offusquait de rien, elle vivait avec son temps. Elle me mettait à l’aise et je la considérais comme une confidente avec une impression de discuter avec une enfant de mon âge.

Pépé Gaby était lui moins accessible et m’intimidait un peu plus, parce que c’est un homme peut-être, je n’en sais vraiment rien. Petit, râblé et discret, parlant peu, mais bien, il avait attrapé une méningite étant jeune et ses capacités intellectuelles étaient considérablement réduites, mais le regard ne trompait pas sur ce qu’il ne disait pas, je le ressentais dans ses yeux. Il s’occupait de son jardin et de sa basse-cour comme un chef. Il avait effectué son service militaire en Syrie en 1925. D’ailleurs, je me suis toujours posé la question, pourquoi était-il allé là-bas ? Ah oui, la France, à l’époque, avait de nombreuses colonies dans le monde. Pépé Gaby fait partie des 20 000 militaires qui constituaient l’armée du levant. Il avait été cantonné dans la capitale de Damas et avait été à jamais marqué par cette guerre colonialiste assez courte, la seule chose qu’il avait ramenée de celle-ci était une sorte de dialecte syrien « de l’arabe associé à de l’araméen », mélange qui avait engendré une nouvelle langue en Syrie. Il glissait, je m’en souviens encore, ces expressions dans les conversations dans des moments de vie usuelle et ordinaire de tous les jours. Moi, petit, je ne comprenais vraiment rien du charabia de ce petit homme énigmatique et mystérieux qu’était mon grand-père.

J’avais retrouvé, bien des années plus tard, dans des photos de famille, une carte postale où il figure habillé en militaire avec une chéchia sur la tête. Il avait vraiment une tête d’arabe, pépé Gaby. Il avait vécu la guerre en Moyen-Orient, cependant cela n’avait pas dû être facile tous les jours pour lui de quitter son Lot ensoleillé, rejoignant de nouvelles contrées exotiques et inconnues manu militari, s’exposant ainsi au danger de se faire tuer, subir les affres du soldat en cantonnement, la météo, la nourriture, la solitude, les maladies, l’ennui… Je m’apercevais, déjà enfant, que je n’avais pas trop d’appétence envers les hommes en général, je préférais de loin la compagnie des femmes, eh oui, déjà « Femmes… Je vous aime… »J’ai une fascination pour la gent féminine, je la trouve exquise, fine et délicate

Mémé Louise, Cathy et moi

Gaby

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