Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Si jamais j'oublie

Si jamais j'oublie

Laura est encore une adolescente quand sa mère manifeste les premiers signes de la maladie d'Alzheimer. Entre les tourments de son âge et l'ombre de la dépression, l'identification du mal s'avère longue et complexe. Ce récit poignant explore la douleur de voir un parent s'effacer et le défi de préparer un enfant à l'absence. Avec une grande pudeur, mais aussi beaucoup d'humour et de tendresse, mère et fille affrontent ensemble cette épreuve pour transformer l'espoir en certitude.
Chapitres
Partager

Chapitre 3

La culpabilité. Le revers de ta médaille. Ta merdaille. Bien sûr que nous avons eu des mots l’une envers l’autre. La belle rose que j’ai cultivée avec tant d’amour a mis quelques épines quand elle a poussé. Et je sais que tu peux t’en vouloir et que certaines phrases que tu as pu prononcer restent plus gravées que les théorèmes de Pythagore ou de Thalès.

La vie naturellement offre aux adultes la possibilité de se rattraper auprès de leurs parents, de leur pardonner et de se pardonner à soi. En vieillissant, nous tissons une relation d’égal à égal avec eux, sans toutefois jamais leur demander pardon. Un cumul d’échanges et de raisonnements leur montre que finalement, nous avons rejoint leur bord. Qu’on a quitté la rive de l’enfance pour s’amarrer à l’âge adulte, et que nous hissons les mêmes voiles de raison et d’abdication, voguant dans leur sillon pour mener nos propres enfants vers notre port, désormais commun. Le rivage familial. Mais toi mon enfant, tu n’auras pas cette chance. Nous ne parlerons peut-être jamais trop d’adulte à adulte.

Il manquera nécessairement une escale à ton voyage. Cela ne remet en aucun cas la destination finale en question, mais une sensation te fera défaut.

Blessée, j’ai pu l’être. Tu m’as fait peur. J’ai cru t’égarer parfois, j’ai perdu le cap souvent. Par moments, nous parlions toutes deux une langue différente. Comme si l’une de nous était restée au port précédent, ou était déjà passée à l’étape suivante, se rendant compte trop tard de l’oubli de l’autre, une fois seule sur le pont, ayant déjà quitté la rive. Nos intentions étaient là, les émotions également, les gestes, le non verbal… ne manquait que la compréhension finalement.

Je n’ai pas beaucoup de sujets de fierté dans ma vie, si ce n’est celui-ci : de ne jamais t’avoir lâchée ou brimée durant cette période. Du moins l’aurais-je tenté de toutes mes forces, et j’espère que ce sera ton ressenti également. Rien n’a plus d’importance pour moi que de te savoir aujourd’hui en sécurité sur la rive.

Et avec l’adulte que tu es devenue aujourd’hui, j’aimerais poursuivre la discussion que nous avions eue à tes cinq ans. J’aimerais pouvoir te dire que dans mon jeune temps, comme disent les vieux, je pensais aussi que le cœur était irrémédiablement sous la poitrine. En vrai, quand il saigne, il envahit tout le corps. J’ai pu l’expérimenter, comme il t’arrivera à toi aussi d’en faire l’amère découverte.

Quand mon cœur saigne, ma tête déflagre, mes épaules s’affaissent, mes mains s’agitent inutiles, mon ventre se tord, mon entrejambe pleure, mes cuisses tremblent, mes pieds souffrent de porter cet amas de cellules brisées. Mon corps est mon cœur. Alors je laisse échapper mes humeurs par mes extrémités, en peignant mes ongles des couleurs qu’il laisse entrevoir. Il peut y avoir de la philosophie dans la futilité, c’est pourquoi tu ne dois jamais juger les autres sur leur apparence.

Les gens peuvent croire que le pire fléau de l’humanité est la haine, la guerre, ou le cancer, qu’en sais-je ? En vrai, notre pire tare est l’uniformité. Cet illusoire sentiment d’appartenance, penser que nous sommes unis car nous nous ressemblons. Cette fausse réassurance qui ligue les peuples les uns contre les autres impose une façon de penser, d’espérer et de prier le même Dieu avec les mêmes mots, le même sort.

Alors que notre beauté réside dans nos différences, nos plus beaux échanges sont dans nos débats, nos contradictions. Nos bodystormings sont tout aussi perturbants et enrichissants que nos brainstormings.

Quand je marche dans la rue, que je voie une femme aux cheveux bleus, ou un homme en talons, je remercie intérieurement la diversité de nos âmes, de nos choix, notre simple complexité. Et croisant leur regard, j’aimerais les connaître.

Les gens souvent paraissent hostiles, fermés. Leurs yeux pressés se dérobent et se posent déjà sur leur prochaine étape, oubliant l’instant présent. Ils nous inquiètent ou nous désintéressent. Mais quand on arrive à capter leur regard, quand on le retient quelques instants lové au creux du nôtre, quand ils sourient, une porte s’ouvre, une pause s’installe. Soudain, ils nous apparaissent dans leur intègre personnalité, rayonnante et unique. Et l’on s’en veut de les avoir cru si banals ou inamicaux.

N’oublie jamais que toutes les couleurs d’ongles sont magnifiques, car elles sont ce que nous sommes à un instant précis.

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman De la noyade à l'amour : Une seconde chance
7.8
Après avoir frôlé la mort dans un lac glacé, une femme réalise l'amère vérité : son fiancé, Adrien, a préféré secourir Chloé, la responsable de sa chute, plutôt qu'elle. À l'hôpital, il exige même des excuses pour son agresseuse. Entre mépris et trahisons domestiques, il traite sa future épouse comme une étrangère chez elle. Épuisée de sacrifier sa dignité pour un homme aveuglé par une manipulatrice, elle décide de rompre ses fiançailles et de reprendre enfin sa liberté.
Couverture du roman La fille qu'il appelait son coup d'essai
9.6
Pour rester auprès de son compagnon de longue date à Paris, une jeune femme sacrifie son admission à la Bartlett de Londres. Mais un soir, elle l’entend se moquer d'elle en italien, ignorant qu’elle maîtrise cette langue. Il la décrit comme un simple entraînement avant de séduire une mannequin. Blessée par cette trahison, elle ne dit rien. En secret, elle annule son inscription parisienne pour rejoindre Londres, le laissant seul face à son mépris alors qu'elle disparaît.
Couverture du roman La tour des certitudes
8.1
Aux abords de la ville, une tour singulière réunit quatorze habitants âgés de 4 à 90 ans. Si leurs parcours et leurs visions du monde divergent, ce lieu initialement marqué par l'indifférence devient le théâtre d'une transformation humaine. En apprenant à se côtoyer, ces voisins tissent des liens d'amitié et de solidarité. Ce microcosme social révèle la richesse de la diversité, où chaque résident dévoile peu à peu les secrets d'une histoire personnelle unique.
Couverture du roman Les bébés du Milliardaire
8.7
Après un divorce médiatisé avec le puissant Maxime Duval, Sophie Martin refait sa vie. Six ans plus tard, devenue une femme d'affaires accomplie, elle revient avec ses jumeaux, attirant l'attention de nouveaux prétendants milliardaires prêts à assumer le rôle de père. Alors que ces hommes lui promettent loyauté et protection, sa fille lui révèle que Maxime cherche désespérément son pardon. Entre nouveaux départs et passé ressurgi, Sophie doit choisir quel avenir offrir à sa famille.
Couverture du roman Les gladiatrices du XXIe siècle - Tome II
9.0
Propriétaire du club « Le Crotale », Jean Charles d'Avignon imagine un projet brutal après avoir vu le film Gladiator : recréer les jeux du cirque antiques. Pour concrétiser cette folie, il organise le rapt de dix adolescentes de quatorze à quinze ans. Après avoir formé une équipe dédiée aux enlèvements, il soumet ses recrues à un entraînement intensif de plusieurs mois. Le but ultime est de les faire combattre dans une arène moderne bâtie sur mesure dans un pays du Golfe.
Couverture du roman PDG de la mafia
8.5
Lors d'un match, Jess Montell ignore que Trace West, l'homme qui la fascine instantanément, cache un lourd secret. Derrière son allure de banquier se trouve l'héritier d'un puissant clan mafieux new-yorkais. Pour Jess, agent de libération conditionnelle, cette liaison est un péril majeur. Trace sait que s'éprendre d'une représentante de la loi est risqué, mais il ne peut résister au tempérament de feu de la jeune femme. Entre passion interdite et danger, leur destin bascule.