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Couverture du roman Sans lendemain

Sans lendemain

Aria a toujours su qu’Ethan Barringer était un interdit, un rêve inaccessible. Pourtant, face à lui, la raison s'efface. Malgré ses doutes et l'avertissement d'Ethan sur l'impossibilité de faire marche arrière, elle choisit de succomber à l'instant présent. Entre hésitation et désir dévastateur, leur étreinte marque un tournant irréversible. Aria s'abandonne à cette liaison nocturne, consciente que cette passion éphémère pourrait bien causer sa propre perte.
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Chapitre 2

POINT DE VUE D'ETHAN

J'aurais dû partir.

Dès l'instant où elle a ouvert cette porte.

Dès l'instant où j'ai senti son parfum.

Dès l'instant où j'ai compris que je ne la voyais plus comme avant.

Aria Jensen n'est plus la fille que j'ai juré de protéger.

Elle est devenue la seule femme que je devrais fuir.

- Tu me regardes comme si j'étais un danger, dit-elle doucement.

Elle ne se trompe pas.

Elle est un danger.

Pour ma discipline.

Pour mes règles.

Pour tout ce que j'ai construit pour ne jamais ressentir ça.

Parce que ce que je ressens pour elle...

n'a rien de simple.

Rien de contrôlable.

Et surtout, rien de sans conséquence.

- Tu ne devrais pas me vouloir, je souffle.

Mais elle s'approche quand même.

Toujours plus près.

Comme si elle n'avait pas peur de tomber.

Comme si elle ignorait que je suis celui qui va la faire chuter.

- Trop tard, murmure-t-elle.

Et c'est là que je perds.

Le contrôle.

La raison.

La promesse que je m'étais faite de ne jamais la toucher.

Quand je l'embrasse, ce n'est pas doux.

Ce n'est pas innocent.

C'est un aveu.

Un aveu que je refuse de dire à voix haute :

Je la veux depuis des années.

Et maintenant que je l'ai entre mes bras...

Je sais que je ne saurai plus jamais m'en détacher.

Même si ça doit tout détruire.

- 1 -

Ethan Barringer était aux anges. Après d'innombrables nuits quasiment sans sommeil, d'interminables négociations et une charge de travail écrasante, sa détermination sans faille et sa totale concentration avaient fini par payer, au-delà même de ses espérances. Perry Construction avait remporté l'appel d'offres pour la rénovation du bâtiment du Texas Cattleman's Club, l'association des éleveurs de Houston. Sterling Perry, propriétaire de la société âgé de soixante-dix ans, allait probablement s'attribuer tout le mérite de ce coup de maître, mais Ethan, son jeune P-DG, avait la satisfaction de savoir que c'était lui qui en était l'auteur.

Il tourna la bouteille de bière glacée entre ses doigts. Sous l'effet de l'adrénaline, son genou droit s'était mis à trembler sous la table. Jamais il n'avait eu à ce point besoin de célébrer un événement, mais, par une étrange ironie du sort, il avait tellement négligé sa vie sociale, ces derniers mois, qu'il n'avait personne avec qui trinquer ce soir.

Il était venu au Royal Diner parce que c'était un établissement confortable et convivial, où personne ne s'étonnerait de voir un homme dîner seul. Sans compter que les menus proposés étaient tout à fait à son goût.

Après avoir expédié un énorme steak avec tous ses accompagnements, suivi d'une exquise tarte au citron glacée, il se trouvait confronté à la perspective d'une longue soirée de solitude.

Le lendemain, il s'envolerait pour Houston, et il ne reviendrait que dans six semaines au plus tôt. Même s'il possédait un pied-à-terre à Royal, sa résidence et son bureau étaient à Houston. Il avait pris l'habitude de ces allers-retours entre la métropole et la petite ville où il était né. Chacune avait son propre charme.

Il adorait l'anonymat de Houston, où l'activité ne cessait jamais, mais rien ne pouvait remplacer le sentiment d'appartenance qu'il éprouvait chaque fois que son travail le ramenait à Royal.

Soudain, la porte du restaurant s'ouvrit violemment, et une brusque rafale du vent de janvier faillit l'arracher de ses gonds. Précédée par un tourbillon d'air glacé, une jeune femme entra et, s'adossant à la porte, remit de l'ordre dans sa coiffure.

Amanda Battle, épouse du shérif et propriétaire du restaurant, leva une main pour la saluer et lui offrit un grand sourire.

- Bonsoir, Aria. Vous avez l'air frigorifiée. Si vous êtes seule, venez vous asseoir au comptoir avec moi. Nous pourrons bavarder.

La nouvelle venue n'avait pas jeté un seul regard dans sa direction, mais Ethan la reconnut aussitôt. Aria Jensen. Des yeux aussi bleus que le ciel immense du Texas, de longs cheveux blonds et bouclés, un peu ébouriffés à cet instant précis. Et des courbes qu'aucun homme ne pouvait ignorer.

Une brusque vague de désir déferla sur lui. À trop travailler sans s'accorder le moindre plaisir, un homme finissait par ressentir une certaine fringale. Et pas seulement pour les fabuleux desserts d'Amanda Battle.

- Qu'est-ce qui vous amène chez nous par une soirée aussi épouvantable ? s'enquit Amanda en posant une tasse de café et la carte des menus devant Aria.

- Je mourais de faim, répondit la jeune femme avec un sourire, ôtant son manteau pour l'accrocher au dossier du tabouret de similicuir rouge voisin du sien.

Le décor du restaurant était celui d'un établissement des années 1950. Les box étaient assortis aux tabourets, et un linoléum à carreaux noirs et blancs recouvrait le sol. La pendule au-dessus de l'antique fontaine à soda annonçait qu'il était 18 h 30, et la salle était presque déserte. La plupart des gens étaient probablement restés chez eux, bien au chaud. En règle générale, les hivers n'étaient pas trop rigoureux, à Royal, mais cette semaine passée avait été particulièrement froide.

- Je vous comprends, déclara Amanda, hochant la tête. Après une longue journée de travail, aucune femme de ma connaissance n'a envie de se mettre aux fourneaux. Je suis ravie que vous soyez venue.

- Je vais prendre le menu numéro trois, dit Aria en sirotant son café, la carte ouverte devant elle. J'ai besoin d'une nourriture consistante.

Ethan jeta un coup d'œil au menu sur sa table, et nota qu'Aria avait choisi un sandwich au fromage grillé et une soupe aux légumes. Traditionnel. Ici, à Royal, le passage du temps n'avait presque rien changé.

Il se leva et, traversant la petite salle, alla tapoter l'épaule d'Aria.

- Bonsoir, belle inconnue, murmura-t-il. J'ai fini de dîner, mais j'apprécierais un peu de compagnie. Me ferez-vous l'honneur de vous joindre à moi ?

Aria se retourna, et ses yeux immenses bordés de longs cils se posèrent sur lui.

- Ethan ! Quel plaisir de te revoir !

Ses paroles étaient certes cordiales, mais son regard restait méfiant, ce qui froissa un peu son amour-propre. Aria et lui se connaissaient depuis l'école communale, mais il est vrai que ces dernières années ils s'étaient éloignés l'un de l'autre.

Il répéta son invitation, cette fois-ci sans la toucher. Son attitude quelque peu réservée lui suggérait de garder ses mains pour lui.

- Viens t'asseoir avec moi, lui suggéra-t-il. Il y a longtemps que je ne t'ai pas vue. Nous rattraperons le temps perdu.

Amanda vint à sa rescousse.

- Allez-y, Aria, dit-elle. Je vous apporterai votre commande à votre table lorsque ce sera prêt. On ne peut pas dire que je sois surchargée de travail, ce soir.

- C'est gentil, merci, répondit Aria, souriant à Amanda.

Elle prit son manteau et son sac et suivit Ethan jusqu'à son box.

Ses joues avaient rosi, nota-t-il, mais bien sûr il pouvait s'agir d'une réaction à la chaleur de la salle après le froid vif de l'extérieur. Ou alors ce n'était qu'une simple manifestation d'embarras.

Cette idée le contraria. À une autre époque, des années auparavant, il lui était arrivé de penser qu'Aria et lui étaient destinés à vivre une relation passionnée, mais il avait très vite repris ses distances avec elle. Aria ne pensait visiblement qu'au mariage, et, lui, il était plutôt allergique à toute domesticité.

Malgré tout, il était heureux de la revoir aujourd'hui.

Il attendit qu'elle soit installée, puis il s'assit à son tour.

Amanda lui apporta une seconde bière et remplit à nouveau de café la tasse d'Aria. Après quoi ils se retrouvèrent seuls. Tout du moins aussi seuls que deux personnes pouvaient l'être dans un lieu public.

- Tu as une mine superbe, Aria, fit-il remarquer en souriant.

- Merci. Toi aussi.

- Y a-t-il un homme dans ta vie, en ce moment ? Cela fait près de deux ans que je n'ai pas discuté avec toi.

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