
Monsieur Fournier, votre épouse veut divorcer depuis longtemps
Chapitre 7
Les deux collègues d'Élise Roche, tout en louchant sur Léa Laurent, ont reculé de deux pas et se sont plaquées contre le mur.
Léa a aussi remarqué Élise, mais elle a aussitôt détourné son regard avec indifférence, montrant clairement qu'elle ne la considérait même pas. Puis, entourée de plusieurs managers, elle est entrée dans l'ascenseur.
Lorsque les portes de l'ascenseur se sont refermées, les deux collègues d'Élise ont poussé un soupir de soulagement avant de s'exciter en chuchotant.
« Cette femme doit être la petite amie de Monsieur Fournier, non ? Mon Dieu, qu'elle est belle ! Elle ne porte que des marques de luxe, ça doit coûter une fortune ! Pas étonnant, elle vient d'une famille aisée, elle est tellement confiante et élégante… Elle a une allure que nous, les gens ordinaires, n'aurons jamais ! »
« C'est clair ! »
Tout en parlant, elles ont demandé à Élise d'une voix plus basse :
« Élise, qu'en penses-tu ? »
Elle a baissé les yeux et a répondu d'un ton neutre :
« Oui. »
Léa est en réalité la fille illégitime de son père.
Enfin, peut-être que le terme « illégitime » n'est pas tout à fait exact.
Après tout, quand elle a eu huit ans, son père, pour ne pas que Léa et sa mère subissent d'injustices, a insisté pour divorcer de sa propre mère et épouser la mère de Léa.
Après le divorce de ses parents, elle a vécu avec sa mère, qui a sombré dans la folie, chez sa grand-mère et son oncle.
Au fil des ans, les affaires de son oncle se sont dégradées tandis que celles des Laurent ont prospéré.
Il paraît que pour compenser les souffrances de l'enfance de Léa, son père lui a toujours offert le meilleur et dépensé une fortune pour l'élever.
Et Léa ne l'a pas déçu : elle est, dit-on, une personne exceptionnelle.
Ainsi, celle qui, autrefois, n'était qu'une fille illégitime est désormais une héritière légitime.
Après plus de dix ans passés dans le luxe, elle a même fini par avoir une prestance de jeune héritière plus marquée que celle qu'Élise a autrefois possédée.
Élise a cru qu'après l'enfance, leurs chemins ne se croiseraient plus jamais.
Mais le destin semble avoir une préférence pour Léa.
Elle et Gabriel ont grandi ensemble, mais peu importe à quel point elle s'est efforcée, il ne l'a jamais regardée. Pourtant, au premier regard porté sur Léa, il en est tombé éperdument amoureux…
« Élise, ça va ? »
Voyant que son visage était pâle, ses collègues se sont inquiétées.
Elle est sortie de ses pensées :
« Ça va. »
De toute façon, son divorce avec Gabriel sera bientôt prononcé. Qui il aime ne la concerne déjà plus.
Ce soir-là, Élise n'a plus prêté attention à ce qui se passait entre Gabriel et Léa.
Elle a travaillé jusqu'à environ neuf heures du soir et, alors qu'elle finissait ses tâches, son téléphone a sonné. C'était Camille Dupont.
Lorsqu'elle a décroché, son amie, visiblement ivre, lui a demandé de venir la chercher au restaurant.
Élise s'est empressée de terminer ses dossiers, a pris ses clés de voiture et a quitté son bureau.
Vingt minutes plus tard, elle est arrivée à destination.
Alors qu'elle descendait de la voiture et se dirigeait vers l'entrée, elle a aperçu une petite fille sortir du parking voisin.
En voyant son profil clair, Élise s'est figée.
Chloé ?
Elle n'était pas censée être en cours en Pays A ?
Comment pouvait-elle… Était-elle rentrée avec Gabriel ?
Bien que son poste ne lui permette pas d'accéder aux dossiers confidentiels de l'entreprise, elle savait que le projet de Gabriel en Pays A nécessitait encore du temps avant d'être complètement finalisé.
Elle a cru qu'il était revenu temporairement pour régler des affaires.
Elle n'a pas imaginé que sa fille l'accompagnerait.
Elle ignorait quand exactement ils étaient rentrés, mais puisqu'elle a vu Gabriel ce matin-même, ils devaient être de retour depuis au moins une journée.
Et pourtant, sa fille ne l'a jamais appelée pour lui annoncer leur retour.
À cette pensée, Élise a serré son sac dans sa main et, les yeux fixés sur la silhouette joyeuse qui sautillait devant elle, elle l'a suivie discrètement.
En arrivant à l'angle du hall, elle a aperçu Léa Laurent et quelques amis de Gabriel au bout du couloir.
D'instinct, elle s'est dissimulée sur le côté. Elle a alors entendu sa fille crier avec joie : « Tata Léa ! » Et courir dans ses bras.
Élise s'est assise sur un canapé, le dos tourné à eux, se servant des plantes et du dossier du fauteuil pour cacher sa présence.
« Chloé, toi aussi tu es rentrée ? »
« Parce que Tata Léa est revenue, papa et moi, on ne voulait pas être séparés d'elle, alors papa a fini son travail plus tôt et il m'a ramenée avec lui ! En plus, on est revenus exprès la veille de ton anniversaire pour ne pas le rater ! »
« C'est un collier que papa et moi avons fabriqué pour toi ! Joyeux anniversaire ! »
« Oh, vous l'avez fait vous-mêmes ? Ça a dû être difficile… Chloé, tu es incroyable ! J'adore, merci ! »
« Tant mieux si ça te plaît, Tata Léa ! »
Chloé s'est blottie contre elle :
« Ça ne fait qu'une semaine, mais tu m'as trop manqué ! Si je ne pouvais pas t'appeler tous les jours, je n'aurais pas tenu en Pays A… »
« Moi aussi, tu m'as manqué. »
À ce moment-là, des bruits de pas se sont approchés.
Élise s'est figée.
C'est Gabriel.
Même sans voir, elle savait que c'était lui.
Elle en était certaine car, après six ou sept ans de mariage, elle a passé chaque jour à l'attendre.
Son pas, comme lui, était calme et posé, toujours mesuré.
Même avec ses proches, il restait imperturbable, comme si rien ne pouvait l'ébranler.
Elle a cru qu'aucune personne ni aucune situation ne pouvait le troubler.
Mais la présence de Léa a changé la donne.
Alors qu'elle se remémorait tout cela, Chloé a crié :
« Papa ! »
Ses amis l'ont aussi salué.
Gabriel a répondu brièvement avant de dire à Léa :
« Joyeux anniversaire. »
« Merci. »
« Papa, tu n'as pas un autre cadeau pour Tata Léa ? Donne-le-lui vite ! »
Un silence s'est installé, puis un ami de Gabriel a éclaté de rire et a pincé la joue de Chloé :
« Ça, c'est un cadeau privé ! Il le lui offrira en tête-à-tête, pas besoin qu'on s'en mêle ! »
Tout le monde a souri avec amusement.
Gabriel a alors dit :
« C'est déjà fait. »
« Hein ? Quand ? Papa, tu es allé voir Tata Léa en cachette sans moi ? Grrr ! »
Ses amis ont éclaté de rire.
Élise, elle, s'est souvenue de la visite de Léa au siège ce matin.
C'était probablement à ce moment-là qu'il lui avait donné son cadeau.
Léa a souri timidement :
« Ne restons pas ici, montons. »
Les pas se sont éloignés.
Élise, l'esprit vide et le cœur en lambeaux, n'a repris ses esprits qu'après un long moment.
Elle est alors montée chercher Camille.
Le salon privé où dînait Camille et celui de Léa Laurent se trouvait en réalité au même étage.
Alors qu'Élise a aidé Camille à entrer dans l'ascenseur, Romain Bonnet, l'ami de Gabriel, s'est soudain arrêté net.
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