
Les bébés du Milliardaire
Chapitre 2
Chapitre 2
L'invitation était là, posée sur la table, un morceau de carton glacé aux lettres dorées. Sophie la tourna dans ses mains, hésitante. Un gala. Une soirée luxueuse où les hommes riches et puissants se pavanaient en quête d'attention.
Elle n'avait pas envie d'y aller. Mais l'invitation n'était pas anodine. C'était une opportunité déguisée, un moyen de rétablir son image et de montrer à tous qu'elle n'était plus cette femme brisée. Alors elle accepta.
Camille et Lucas jouaient dans le salon pendant qu'elle se préparait. Des rires éclatèrent, suivis d'un cri de protestation.
- Arrête de me jeter ça ! se plaignit Lucas, visiblement agacé.
- C'est pas moi, c'est l'homme sous la lune, répondit Camille, presque sérieuse.
Sophie fronça les sourcils, captant la réponse sans intervenir. Elle en avait entendu parler, de cet « homme sous la pleine lune ». Camille en faisait mention depuis quelques jours. Mais elle n'avait jamais pris cela au sérieux. Les rêves des enfants, rien de plus. Pourtant, ce ton grave dans la voix de sa fille l'interpella.
- Camille, c'est qui cet homme ? demanda-t-elle en s'approchant doucement.
- Il vient dans mes rêves. Il dit qu'il te connaît.
Sophie sentit un frisson lui parcourir la nuque.
- Et qu'est-ce qu'il te dit ?
- Il dit qu'il a fait des erreurs et qu'il veut te protéger maintenant.
Lucas roula des yeux.
- C'est n'importe quoi, maman. Camille invente des trucs encore.
Sophie leur sourit pour les rassurer, mais cette histoire la troublait plus qu'elle ne voulait l'admettre.
Le soir du gala, elle entra dans la salle comme une tempête silencieuse. Une robe noire simple mais élégante, des talons qui claquaient sur le sol, un visage impassible. Les regards se tournaient vers elle, certains admiratifs, d'autres intrigués. Elle détestait cette sensation d'être scrutée, mais elle savait jouer le jeu.
Elle ne reconnut pas immédiatement Marc, mais il fut le premier à l'approcher. Grand, brun, sûr de lui. Une coupe de champagne à la main, il s'avança avec ce sourire qui semblait avoir été répété devant un miroir.
- Sophie Martin, la femme que tout le monde veut rencontrer.
Elle leva un sourcil, peu impressionnée.
- On dirait que tout le monde veut rencontrer quelqu'un ce soir.
Il rit, une fraction de seconde trop tard.
- Touché. Mais je ne parle pas de n'importe qui. Vous êtes un phénomène, vous savez ? Réussir à reconstruire votre vie après... eh bien, tout ce qui s'est passé. C'est admirable.
Elle garda son calme, mais intérieurement, elle sentit la colère monter. Ce genre de phrases, enrobées de fausse admiration, l'insupportait.
- Merci, répondit-elle sèchement.
Marc sembla déstabilisé, mais pas découragé.
- Je voulais dire que si jamais vous avez besoin d'un partenaire, dans les affaires ou... autre chose, je suis là.
Elle le laissa en plan, son verre toujours à la main, et se dirigea vers une table de hors-d'œuvre. Elle n'avait pas fait trois pas qu'un autre homme se posta devant elle. Étienne. Blond, raffiné, et clairement habitué à obtenir ce qu'il voulait.
- Sophie, quel plaisir de vous voir ici.
Elle ne se souvenait pas de l'avoir rencontré, mais il agissait comme s'ils étaient de vieux amis.
- Le plaisir est pour vous, je suppose, rétorqua-t-elle, un sourire en coin.
Il ne se démonta pas.
- Vous avez toujours été aussi piquante, ou est-ce une nouvelle facette ?
- Peut-être un peu des deux.
Étienne rit doucement, mais son regard était sérieux.
- Je vais être direct. Je vous trouve fascinante. Et je crois que nous pourrions accomplir de grandes choses ensemble.
- Accomplir quoi, exactement ?
- Ce que vous voulez, répondit-il, énigmatique.
Sophie était fatiguée de ces jeux. Tout ce qu'elle voyait, c'étaient des hommes qui la regardaient comme un trophée, une opportunité à saisir. Ils ne voyaient pas la mère, l'entrepreneuse, la femme qui avait survécu à tant de choses.
Elle quitta la conversation rapidement, prétextant une urgence, et se réfugia dans un coin plus calme de la salle. Les lumières tamisées, les rires, le cliquetis des verres, tout cela lui donnait la nausée.
Soudain, son téléphone vibra dans son sac. Un message. Pas de numéro, juste quelques mots : *« Je n'ai jamais cessé de penser à toi. Sous la pleine lune, je serai là. »*
Elle sentit son cœur s'accélérer. Qui aurait pu envoyer ça ? Et pourquoi cette référence étrange à la pleine lune ? Une coïncidence avec les rêves de Camille ?
Un bruit derrière elle la fit sursauter. Marc, encore lui, réapparut avec un sourire charmeur.
- Tout va bien ?
- Oui, merci, répondit-elle rapidement en rangeant son téléphone.
- Vous avez l'air troublée. Je peux faire quelque chose ?
Elle le regarda, hésitante. Était-il possible qu'il ait envoyé ce message ?
- Non, ça ira.
Mais elle savait que rien n'irait. Pas tant qu'elle ne comprendrait pas ce qui se passait.
Le reste de la soirée fut flou, une succession de conversations superficielles et de regards intéressés. Quand elle rentra chez elle, elle trouva Camille endormie dans le canapé, une couverture à moitié tombée. Lucas dormait paisiblement dans sa chambre.
Elle s'assit à côté de sa fille, caressant doucement ses cheveux.
- Camille, murmura-t-elle doucement. Cet homme dans tes rêves... Tu peux m'en parler encore ?
Camille ouvrit les yeux, somnolente mais lucide.
- Il est triste, maman. Il dit qu'il a fait une grosse bêtise.
- Une bêtise ?
- Oui. Il dit qu'il veut réparer.
Sophie sentit une boule se former dans sa gorge.
- Est-ce qu'il te dit autre chose ?
Camille secoua la tête avant de se rendormir. Sophie resta là, perdue dans ses pensées.
La pleine lune baignait la pièce d'une lumière froide, et pour la première fois depuis longtemps, elle sentit une peur irrationnelle s'insinuer en elle.
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