
Les bébés du Milliardaire
Chapitre 3
Chapitre 3
L'invitation d'Étienne était arrivée tôt le lendemain, un message concis et précis : déjeuner à midi, dans un restaurant dont le nom évoquait des choses chères et raffinées. Sophie hésita. Ce n'était pas dans ses habitudes de répondre à ce genre d'invitations, encore moins quand elle savait que des intentions flottaient dans l'air. Mais Étienne n'avait pas l'air d'un homme qui acceptait facilement un « non ». Et, peut-être, ce déjeuner serait simplement une conversation professionnelle.
À midi pile, elle entra dans le restaurant. Étienne était déjà là, installé à une table près des grandes baies vitrées. Il se leva en la voyant, un sourire parfaitement calibré sur les lèvres.
- Sophie, je suis ravi que vous ayez accepté.
- Je suis curieuse de savoir ce que vous avez à me dire, répondit-elle, coupant court aux politesses.
Ils s'assirent, et il commanda pour eux sans même demander son avis, une attitude qui aurait pu l'irriter si elle n'était pas déjà habituée à ce genre de comportements chez les hommes comme lui. Il maîtrisait l'espace, chaque geste et chaque mot soigneusement dosés, comme s'il plaidait un cas devant un tribunal.
- Je voulais parler affaires, commença-t-il après un court silence.
Elle haussa un sourcil, sceptique.
- Des affaires ? Je ne suis pas certaine que notre domaine d'expertise soit le même.
- Peut-être pas directement, mais j'ai une certaine expérience dans la gestion et l'expansion d'entreprises. J'ai lu tout ce qu'il y avait à lire sur votre marque. Votre concept est brillant, mais limité par vos ressources. Je peux vous aider à atteindre le niveau international.
Il parlait avec l'assurance d'un homme habitué à conclure des deals en un claquement de doigts. Sophie l'écoutait, les bras croisés, méfiante.
- Et pourquoi cette proposition, maintenant ? Qu'est-ce que vous y gagnez ?
Il prit une gorgée de vin avant de répondre, un éclat de malice dans les yeux.
- Peut-être que je veux simplement voir une femme talentueuse réussir.
- Vous croyez que je vais avaler ça ?
- Pas vraiment, admit-il, un sourire effleurant ses lèvres. Mais je ne suis pas un menteur. Bien sûr que j'ai un intérêt. Je crois en vous, Sophie, et je pense que nous pouvons bâtir quelque chose ensemble. Vous avez du talent, et moi, des connexions.
- Vous ne savez rien de moi.
- Je sais que vous avez réussi à tenir tête à un mariage chaotique, que vous avez élevé seule deux enfants tout en montant une entreprise qui fait déjà parler d'elle.
Elle serra les mâchoires.
- Vous parlez comme si ma vie était un tableau public que tout le monde pouvait critiquer et analyser.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, répondit-il rapidement. Mais il est difficile d'ignorer votre histoire. Vous êtes fascinante, Sophie. Et je ne parle pas uniquement d'affaires.
Elle posa sa fourchette et planta ses yeux dans les siens.
- Alors parlons franchement. Vous m'invitez ici pour quoi exactement ?
Il s'adossa à sa chaise, prenant le temps de répondre.
- Pour vous connaître, d'abord. Ensuite, pour voir si nous pouvons travailler ensemble. Et enfin... peut-être parce que je trouve votre présence agréable.
Elle se mordit l'intérieur de la joue, partagée entre l'envie de le renvoyer balader et celle d'en savoir plus sur cet homme qui jouait à la fois la carte du professionnel et du charmeur.
- Si je vous dis que je n'ai pas besoin d'aide pour mon entreprise ?
- Alors je vous croirai, répondit-il, le ton léger. Mais je continuerai à penser que vous pourriez bénéficier d'un peu de soutien stratégique.
- Et si je vous dis que je ne suis pas intéressée par autre chose que des affaires ?
- Alors je me contenterai de ça, dit-il en souriant. Mais je doute que ce soit tout ce que vous voulez dans la vie.
Elle resta silencieuse, perturbée par cette remarque. Il semblait lire en elle avec une facilité déconcertante, et ça l'agaçait.
Le déjeuner continua, ponctué de discussions sur les possibilités d'expansion, des idées qu'Étienne lançait avec une aisance qui trahissait son expertise. Pourtant, derrière chaque mot, Sophie sentait autre chose, une tension sous-jacente qui rendait leur échange électrique.
Quand le repas toucha à sa fin, il posa ses couverts et la fixa, sérieux.
- Réfléchissez-y, Sophie. Je ne suis pas pressé. Mais je suis certain que nous pouvons accomplir quelque chose d'important ensemble.
- Et si je dis non ?
- Alors je respecterai votre décision. Mais je doute que vous disiez non.
Elle se leva, prenant son sac.
- Vous me sous-estimez, Étienne.
Il rit doucement, sans se lever.
- Je crois au contraire que je commence à peine à vous comprendre.
Elle quitta le restaurant sans se retourner, mais ses pensées tourbillonnaient. Étienne jouait un jeu dangereux, et elle n'était pas certaine de vouloir y participer. Mais une partie d'elle, celle qui cherchait toujours à prouver qu'elle pouvait tout accomplir seule, était tentée.
De retour chez elle, Camille était assise sur le canapé, dessinant sur une feuille de papier.
- Maman, il est revenu.
Sophie s'arrêta net.
- Qui ça ?
- L'homme sous la pleine lune.
Elle sentit son cœur s'accélérer.
- Et qu'est-ce qu'il t'a dit cette fois ?
Camille leva les yeux, son regard sérieux.
- Qu'il te protégerait, quoi qu'il arrive.
Sophie resta silencieuse, une boule d'angoisse grandissant dans sa poitrine. Tout cela devenait bien trop étrange.
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