
L'énigme d'Alexandra
Chapitre 2
3
À l’école, qui se trouvait dans les locaux de la Mairie, il n’y avait qu’une classe, huit élèves. L’instituteur étaittoujours partant pour les animations. Souvent, ça lui faisait un thème d’activité pour les enfants.
De la terrasse, où Olga se balançait sur le rocking-chairelle voyait, en face d’elle la mer limpide, éblouissante, car lesoleil était déjà haut. Sur sa droite, le chemin qui menait au village, pas très loin, peut être deux kilomètres. Sur sa gauche, un chemin de montagne, qui était privé. Il menait àun monastère, qui, on disait, avait servi aux pirates, puis aux contrebandiers, proche du rivage, les marchandises étaient facilement stockées.
Aujourd’hui, c’était devenu un orphelinat géré par Frère Joseph. Il s’occupait de ces jeunes orphelins etaccueillait quelquefois des jeunes en détresse, mais il avaitpeu de moyens financiers.
Alors, lorsqu’un jour en randonnée Luc tomba sur luien tenue spartiate, il se prit d’amitié et quelque temps après lui fit un don qui fut le bienvenu. Et depuis, lorsque lebesoin s’en faisait sentir, il refaisait un don, sans que FrèreJoseph le demande. C’est ainsi que l’orphelinat ne végétaitplus… il survivait… un peu mieux.
C’était dimanche, le jour était bien levé, et d’habitudeLuc se levait de bonne heure et allait chercher les croissants etles chocolatines au village. Il prenait son vélo et une demi-heureaprès il était de retour, il préparait le petit-déjeuner, puis il nous réveillait.
4
Il était sept heures passées, et elle décida qu’elle irait cette fois à la boulangerie.
Elle descendit au sous-sol, qui était très grand. Bien sûr, il devait servir à stocker les marchandises puisqu’on était dans une maison de contrebandiers. Le plafond était voûté et il yavait plusieurs galeries qui s’enfonçaient dans la colline. Certaines étaient condamnées, mais Olga savait que Luc lesavait visitées.
Au bout de la cave, elle prit le vélo de Luc, son blouson rouge, son bonnet, et sortit.
Avant de partir, une petite voix l’interpella :
— Maman, où tu vas ?
— Chut, je vais chercher les croissants. Va te recoucher, je reviens tout de suite, on préparera le petit-déjeuner ensemble.
— Maman, j’ai peur, j’ai fait un mauvais rêve, reste ici…
Olga, s’approcha de sa fille, ôta son collier, où était accroché une sorte de clef, et lui dit :
— Tiens, c’est un porte-bonheur.
Et elle le lui mit autour du cou. Un doigt sur la bouche, ellemurmura :
— Chut, allez, je reviens tout de suite.
Elle monta sur le vélo et attaqua le chemin.
Éva regarda sa mère s’éloigner et monta à l’étage,rejoindre son frère dans la chambre. Ils dormaient dans lamême chambre, elle était grande, très grande, car en plus des deux lits à chaque coin il y avait un bureau qui leur permettaitde faire leurs devoirs entre autres. Au milieu de la pièce, il yavait un tapis avec en son centre une table basse où étaient exposés divers jeux de société.
5
Éva se dirigea vers la fenêtre, se plaça entre le grandrideau et la fenêtre qui était ouverte. C’était la fin de l’été, ilfaisait encore chaud et on laissait les battants ouverts, legrand rideau suffisait à empêcher la lumière d’entrer.
Elle regarda en direction du chemin qui montait légèrement et voyait sa mère arriver en haut de cette petitecôte. Ensuite, elle descendrait vers le village après avoir roulésur une partie plate qu’elle ne pouvait voir.
Éva remarqua que les oiseaux ne gazouillaient pas, cesilence l’intrigua, ce n’était pas normal, à cette heure-ci legazouillis des oiseaux était persistant et c’était véritablement agréable.
Or là, rien, le silence, un silence pesant.
Ça faisait, quelques secondes, qu’elle avait perdu sa mère duregard, lorsqu’elle entendit un bruit sourd, le silence aidant, un bruit de chute de vélo. Elle cria :
— Maman, Maman… (elle porta ses mains sur sa tête)et répéta :
— Maman, Maman…
Elle courut vers la chambre de ses parents, et réveilla sonpère :
— Papa, Papa, il est arrivé quelque chose à Maman.
Luc les yeux pleins de sommeil, lui dit :
— Éva, Maman est là. (Il étendit le bras en direction... personne)
Il se leva d’un bond.
— Éva, où est Maman ?
— Elle est partie avec ton vélo à la boulangerie, elle ne voulait pas te réveiller.
Sur ce, Lucas arriva dans la chambre, lui aussi à moitié endormi. Il le regarda un instant, puis sa sœur qui tenait lecollier que sa mère lui avait donné. Il réalisa à cet instantqu’un drame était arrivé. Lui aussi, enleva son collier identiqueà celui de son épouse, avec une clef numérotée A14, et le glissa autour du cou de Lucas.
— Vous vous en séparez jamais, c’est votre survie. Je vaischercher Maman, si dans une heure, on n’est pas revenu, Évatu sais ce que tu dois faire. Tu récupères le nécessaire, puis troisième galerie, droite, droite puis à gauche et tout droit. OK, Éva ?
— OK, Papa.
Il sortit et décida d’y aller à pied, enfin plutôt en courant. Il avait l’habitude, car c’était son jogging qu’il faisait tous lesdeux jours. Mais cette fois, il le fit plus vite.
Arrivé sur la partie plate, il vit son vélo au milieu de la route,la roue arrière tournait encore. Il regarda à droite, à gauchepuis son regard se porta sur une trace de sang qu’il suivit et la vit contre le bord de la route. Il s’approcha, elle respiraitencore malgré les deux balles qu’elle avait reçues. Ses lèvres bougeaient et voulaient lui dire quelque chose.
Il s’approcha plus près, et elle lui murmura :
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