
Le Fantôme De L'Épouse Oubliée
Chapitre 2
Léonore POV:
Alexandre ne voyait qu'elle. Son attention était rivée sur Candice, chaque fibre de son être tendue vers le bien-être de son amour retrouvé. Il avait oublié mon existence, ou plutôt, il l'avait volontairement effacée.
Il lui a chuchoté quelques mots, a vérifié une dernière fois la couverture, puis s'est levé. Il a quitté la chambre avec une hâte que je n'avais jamais vue, même pour des réunions d'affaires cruciales.
Il a traversé le couloir, son pas résonnant fort sur le carrelage. Je l'ai suivi, imperceptible. Mon corps inerte était encore dans ma chambre, sous un drap blanc.
Un bout de mon bras dépassait, pâle et fin. La cicatrice, là, juste au-dessus du poignet. Une cicatrice ancienne, celle d'une expérience de laboratoire qui avait mal tourné, me rappelant mon dévouement. Mon sacrifice.
J'ai espéré. Un instant, une folie. Que ce corps, mon corps, l'arrête. Qu'il le reconnaisse.
Mais il n'a pas ralenti. Son regard a balayé ma porte, un instant fugace. Ses yeux, sombres et fatigués, n'ont pas enregistré le drap blanc. Ils n'ont pas vu la cicatrice.
Il a juste froncé les sourcils, un éclair de vague pitié pour une "patiente décédée" anonyme. Puis il a continué. Son pas s'est accéléré, comme s'il fuyait l'odeur de la mort.
Il passait devant la morgue. Mon cœur, ou ce qu'il en restait, s'est figé. Il n'a pas hésité. Pas un regard, pas même une seconde de recueillement.
Ce n'était pas de l'ignorance. C'était un choix. Il était là, mais mon moi physique, ma dépouille, ne signifiait rien. Les larmes, des larmes fantômes, ont brouillé ma vision éthérée.
C'était fini. L'espoir vain, la dernière étincelle d'un passé commun, s'était consumée. Alexandre ne se souciait pas. Il ne m'avait jamais vraiment aimée, pas de la manière dont j'avais rêvé.
J'avais tout donné. Mes nuits. Mes jours. Mes recherches. Mon cœur. J'avais cru que ma passion, ma dévotion à notre entreprise, à notre avenir, seraient ma valeur à ses yeux.
Mais ma valeur était de zéro. J'étais une variable sacrifiable. Une erreur à corriger.
Il n'était pas l'homme que j'avais cru épouser. Il n'était qu'un tyran aveugle, obsédé par un passé mensonger.
Il s'est précipité hors de l'hôpital, le monde réel l'attendait. Et Candice. Toujours Candice.
J'ai enfin compris. Il n'y avait rien à sauver. Il n'y avait rien à pleurer. Juste un vide. Un espace que je pouvais enfin remplir avec quelque chose de nouveau.
Il était obsédé par Candice, lui offrant tout, même ma vie. J'étais abandonnée, mon corps froid dans un hôpital public.
Ma valeur à ses yeux s'était éteinte. Je n'étais qu'un obstacle.
Alexandre Levasseur était un homme capable d'amour, oui. Mais cet amour était une arme, une obsession qui dévorait tout sur son passage. Y compris moi.
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