
Le Fantôme De L'Épouse Oubliée
Chapitre 3
Léonore POV:
Un vent glacial a balayé le couloir. Un homme est apparu, aussi vite qu'une ombre dans la nuit. Ses yeux, d'un bleu acier, scrutaient frénétiquement les portes.
Il avançait, une aura de panique et de colère l'entourant. La porte de ma chambre était ouverte. Il s'est immobilisé, son regard transperçant le drap blanc recouvrant ma forme.
Il a bondi. Ses mains, fortes et tremblantes, ont écarté le drap. Il a vu mon visage, ma peau pâle.
Son cri n'était pas un son, mais une vibration déchirante qui a secoué l'air autour de moi. Il a tendu la main pour me toucher.
Non. Ne le fais pas. Il ne devait pas.
Mais il l'a fait. Ses doigts ont effleuré ma joue. Le froid. Le froid de la mort. Il a reculé, horrifié, une main sur sa bouche.
Puis, il est tombé à genoux, des sanglots rauques secouant tout son corps. Des larmes brûlantes coulaient sur ses joues, et il a murmuré mon nom.
Léonore. Non. Pas toi. Pas comme ça. Sa voix était brisée, une douleur à fendre l'âme.
J'aurais dû être là. Je t'aurais protégée. Il a balbutié, ses mots étouffés par le chagrin.
Une émotion étrange m'a traversée. De la reconnaissance. De la tendresse. C'était Victorien. Mon ami d'enfance.
Victorien Robitaille. Le PDG discret de Robitaille Technologies. Il avait des contacts partout, des accès que personne ne soupçonnait. C'était pour ça qu'il était arrivé si vite.
Il était toujours là. Toujours. Et je l'avais quitté pour Alexandre. Pour ses promesses creuses, pour un amour qui n'existait que dans ma tête.
Mes parents n'étaient pas les siens. J'étais une orpheline, adoptée par le père de Victorien pour ses talents scientifiques. Un investissement, rien de plus. Victorien, lui, m'avait toujours vue différemment.
Au début, il m'avait détestée. Une intruse. Puis, cette haine s'était transformée en une protection féroce. Il était mon roc.
Et je l'avais abandonné. Pour un mirage.
Victorien, ne me pleure pas. Je voulais le toucher, le réconforter. Emporte-moi. Loin d'Alexandre.
Il s'est relevé, son visage déformé par la rage et la tristesse. Il a soulevé mon corps inerte, délicatement, comme si j'étais faite de verre.
Alexandre avait dû partir à la hâte pour Candice. Il ne l'avait même pas vue.
Victorien a franchi la porte, mon corps dans ses bras. Et là, juste devant l'entrée de l'hôpital, Alexandre est apparu, l'air soucieux. Il s'apprêtait à monter dans sa voiture.
Leurs regards se sont croisés. Un éclair de fureur a traversé les yeux de Victorien.
Toi. Le mot était un grognement, plein de mépris.
Alexandre a froncé les sourcils, surpris. Robitaille ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Qu'est-ce que tu portes ?
Mon bras, la cicatrice. Alexandre l'a vue. Son regard s'est figé.
Léonore ? Sa voix était un murmure incrédule. Il a fait un pas.
Mon cœur éthéré a battu follement. Était-ce enfin la reconnaissance ? Ou la culpabilité ? Je ne savais plus ce que je voulais de lui. Le voir souffrir ? Le voir regretter ? Ou juste m'effacer complètement de son monde ?
Victorien a ri, un rire amer et froid. Léonore. Oui. Ma femme.
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