Couverture du roman Le Fantôme De L'Épouse Oubliée

Le Fantôme De L'Épouse Oubliée

8.6 / 10.0
Scientifique brillante, j'ai conçu le remède à ma maladie mortelle. Pourtant, mon époux Alexandre m'a volé cette dose unique pour sauver Candice, son premier amour. J'ai péri dans la souffrance alors qu'il me calomniait. Désormais fantôme, j'observe Victorien, mon ami d'enfance, pleurer ma dépouille. Pourquoi Alexandre m'a-t-il sacrifiée après cinq ans de vie commune ? Témoin invisible de leur trahison, je m'apprête à voir leur monde s'effondrer sur mes cendres.

Le Fantôme De L'Épouse Oubliée Chapitre 1

Scientifique de génie, j'avais créé l'unique antidote capable de me sauver du virus qui me dévorait. Sur mon lit de mort, il ne restait qu'une seule dose, mon dernier espoir.

Mon mari, Alexandre, me l'a arrachée des mains.

Pas pour moi, mais pour son premier amour, Candice, qui se mourait dans la chambre voisine.

Je suis morte dans l'agonie, en écoutant leurs murmures de joie. Devenue un fantôme, je l'ai vu la chérir, croire à ses mensonges qui faisaient de moi une meurtrière, et effacer jusqu'à mon souvenir.

Pour lui, j'étais un monstre. Mais pour mon ami d'enfance, Victorien, qui a récupéré mon corps en pleurant, j'étais son « épouse aimée ».

Pourquoi m'a-t-il sacrifiée après cinq ans d'amour ? Pourquoi a-t-il choisi de croire une manipulatrice ?

Ma mort n'a pas été la fin. Libérée de mon corps, j'allais assister, invisible, à la destruction du monde qu'ils avaient construit sur mes cendres.

Chapitre 1

Léonore POV:

Mon corps était une prison. Des tubes, des fils, des bips monotones. J'étais un réseau de capteurs et de respirateurs, attachée à ce lit d'hôpital, le plafond blanc pour seule perspective.

La mort était une ombre patiente dans le coin de la pièce, attendant que mon souffle s'éteigne. Je la sentais se rapprocher. Chaque battement cardiaque plus faible que le précédent.

Les infirmières entraient et sortaient, des visages fatigués et lointains. Elles faisaient leur travail, sans un regard personnel. Sans une once de reconnaissance pour celle que j'étais. Ou pour celle que j'avais été.

Mais je n'étais pas seule. Non, pas vraiment. La porte de la chambre voisine, parfois entrouverte, laissait filtrer des voix. Sa voix. La voix d'Alexandre.

Mon corps brûlait de l'intérieur. Chaque fibre, chaque cellule, hurlait en silence. Le virus rongeait, implacable, sans pitié.

C'était comme si un acide glacial se répandait dans mes veines, paralysant mes membres un à un. Mes poumons luttaient pour chaque bouffée d'air.

Je souffrais. Nous souffrions. Mon esprit, autrefois si vif, était déchiré. Une partie de moi essayait de s'accrocher, l'autre déjà en train de lâcher prise.

L'antidote. La seule dose. Celle que j'avais passée des mois à développer. À perfectionner. À risquer ma vie pour l'obtenir. Il me l'avait arrachée.

Le moniteur cardiaque ralentissait sa cadence. Bip... bip... bip... Les espaces entre les sons s'allongeaient, insupportablement.

Mes doigts ne répondaient plus. Mes paupières étaient lourdes, mais je refusais de les fermer. Je voulais voir la fin. Ou du moins, sentir l'air une dernière fois.

Puis, un long, interminable... biiiiiiiiiiiiiiiiip. Le silence succéda au chaos. Un silence définitif.

C'est à ce moment-là, au moment où mon cœur s'arrêtait, que j'ai entendu un son. Une clameur étouffée. Des rires, des chuchotements joyeux venant de la chambre d'à côté.

Candice allait bien. Elle était sauvée. Avec mon antidote. Le remède qui m'aurait sauvée, moi.

La fureur a jailli en moi, une vague brûlante qui ne trouvait aucun exutoire. Ce n'était pas juste. Je ne pouvais pas mourir comme ça, oubliée, remplacée.

Quelque chose s'est déchiré. Pas un muscle, pas un os, mais une sensation plus profonde, plus spirituelle. J'étais... légère. Je flottais.

Je voyais mon corps inerte sur le lit. Mais je voyais aussi la pièce, les instruments, les contours des objets avec une clarté nouvelle, étrange. J'étais là, sans être là.

Un mur. Une porte. Des obstacles insignifiants. Je pouvais les traverser, glisser à travers eux comme une brume. Libre. J'étais libre.

Je me suis dirigée vers la chambre voisine. La chambre d'Alexandre. La chambre de Candice.

Il la tenait dans ses bras. Sa tête reposait sur son épaule, son visage enfoui dans ses cheveux soyeux. Il la berçait doucement.

Il lui caressait le dos avec une tendresse infinie, des gestes que je n'avais pas reçus depuis si longtemps. Sa voix était un murmure doux, rempli d'inquiétude et d'amour.

Chaque caresse, chaque mot, était une lame tournant dans ma poitrine invisible. Ce n'était plus mon corps qui souffrait, mais mon âme.

Pourquoi, Alexandre ? Pourquoi moi ? Quand notre amour est-il devenu si fragile ?

Il n'avait pas même jeté un œil à ma chambre. Pas un mot, pas une question sur mon état. J'étais déjà morte pour lui, bien avant que mon cœur ne s'arrête.

Ses ressources, son pouvoir, sa fortune. Il avait tout mobilisé pour elle. Ses meilleurs médecins, les traitements les plus coûteux.

Pour moi ? Des lits publics, des promesses vagues, des regards évasifs. Tu es une scientifique. Tu trouveras une solution. C'est ce qu'il m'avait dit. Et je l'avais fait. Pour qui ? Pour elle.

Je lui avais tendu la main, invisible, pendant des jours. J'avais imploré son aide, son attention, juste une miette de ce qu'il offrait à Candice. Il ne m'avait pas vue. Il ne m'avait pas entendue.

Tu as toujours été jalouse d'elle, Léonore. Tu n'as jamais accepté notre passé. Ses mots résonnaient, ceux qu'il m'avait jetés à la figure quand j'avais essayé de lui parler de mes doutes sur Candice.

Tu l'as empoisonnée, n'est-ce pas ? Tu voulais la tuer pour me garder. C'était le mensonge qu'elle lui avait soufflé, ce mensonge qu'il avait choisi de croire.

Les médecins avaient hésité, avaient murmuré des doutes. Mais un regard d'Alexandre, un mot de sa part, et ils s'étaient tus. Son pouvoir était absolu.

Ne me mens pas, Léonore. Tes yeux te trahissent. Comme si mes yeux pouvaient parler, pouvaient se défendre contre ses accusations délirantes.

Il était Alexandre Levasseur. PDG impitoyable. Je n'étais que sa femme, sa propriété, sa scientifique de génie qu'il pouvait utiliser et jeter à sa guise.

Je me souvenais de mes derniers instants, de mes muscles qui se nouaient, de la douleur qui me déchirait. J'avais essayé de crier, de me débattre.

J'avais peur. Nous avions peur. Mon esprit s'était recroquevillé sur lui-même, un petit animal terrorisé dans l'obscurité.

J'avais voulu la protéger, cette essence fragile qui était moi. Lui dire que tout irait bien. Mais rien n'allait bien.

Juste une dose, Alexandre. Je t'en supplie. Laisse-moi vivre. Je l'avais pensée si fort, cette phrase, espérant qu'elle atteigne son esprit.

J'aurais tout fait. Je lui aurais pardonné ses mensonges, ses incartades. J'aurais été l'ombre qu'il attendait.

J'aurais renoncé à ma carrière, à mes recherches. À tout ce qui faisait de moi Léonore Maillot. Pour vivre.

J'avais cru, dans mon désespoir, qu'il verrait ma douleur. Qu'il verrait l'amour que je lui portais, même dans cet enfer.

Son rire avait été froid, sans joie. Un son qui résonne encore dans mon âme éthérée.

Tu es pathétique, Léonore. Toujours à quémander, toujours à te plaindre. Ses mots étaient des coups.

Tu as essayé de la tuer. Tu mérites de mourir. Chaque syllabe était un poison qui s'ajoutait à celui qui me tuait déjà.

Tu n'as jamais été qu'une ombre. Candice est ma lumière. Il m'avait effacée, d'un revers de main.

Meurs, Léonore. Et ne reviens jamais. Ce n'était pas une menace. C'était un ordre.

Ma vision s'est troublée, les bips du moniteur sont devenus des échos lointains. Le froid s'est emparé de moi, un froid qui n'avait rien à voir avec la température ambiante.

Mes lèvres ne pouvaient plus former de mots. Ma langue était lourde, paralysée. Seul mon cœur brisé pouvait encore crier.

Le virus avait atteint mon système nerveux. Des spasmes incontrôlables secouaient mon corps, des décharges électriques parcouraient ma colonne vertébrale.

Il avait regardé mon agonie, sans ciller. Sans une once de pitié. Son regard était vide, comme s'il observait un insecte insignifiant.

Ses yeux, habituellement si captivants, étaient emplis de colère et de dégoût. Un regard que je n'oublierai jamais.

Je te renie. Le lien. Le lien invisible qui nous unissait, même dans la discorde, s'est brisé net. Une déchirure plus profonde que n'importe quelle blessure physique.

Mon corps, mon esprit, mon âme. Tout s'est effondré en poussière, en même temps. Un crépitement douloureux.

Mon amour pour lui s'est éteint, non pas comme une flamme vacillante, mais comme un soleil qui explose, ne laissant derrière lui qu'un vide glacial.

Son dernier regard sur moi était rempli de mépris. Un regard qui m'a réduite à néant, même après ma mort.

Il fut un temps où ses yeux brillaient en me regardant. Des souvenirs, doux et amers, m'ont assaillie. Nos premiers rires, nos promesses sous la lune.

Tu es mon univers, Léonore. Je te protégerai toujours. Des mots, des mensonges.

Rien ne pourra nous séparer. Notre amour est éternel. L'éternité avait duré cinq ans.

Sa "lumière", Candice, avait brisé tout ça. Elle était arrivée, et notre monde avait volé en éclats.

Alexandre tenait toujours Candice. Ses doigts traçaient des arabesques sur sa peau. Un geste si intime.

Il s'assurait qu'elle était bien couverte, que l'oreiller était confortable. Chaque détail comptait pour elle.

Comment te sens-tu, ma chérie ? Est-ce que la douleur est passée ? Sa voix, si douce, si pleine de sollicitude.

Moi, j'étais là, sans vie, sans voix. Et il ne s'en souciait pas. Mon sacrifice était vain.

Candice a soupiré, une petite plainte délicate. Ses yeux clignaient, comme si elle était encore trop faible pour la lumière. Une performance parfaite.

Alexandre l'a serrée plus fort, son visage assombri par l'inquiétude. Il ne voyait pas le jeu. Il ne voulait pas voir le jeu.

Elle n'a rien fait de mal, Léonore. C'est toi qui l'as provoquée. Il avait toujours pris son parti, toujours.

Tu devrais t'excuser. Pour tout. S'excuser d'être vivante, peut-être ?

Des murmures ont traversé les murs. Quel homme dévoué. Il ferait n'importe quoi pour elle.

C'est le véritable amour, ça. Pas comme son mariage forcé. Ils parlaient de moi, sans le savoir. Ou peut-être que si, et ils s'en fichaient.

Candice a rougi, un petit rire étouffé. Elle a enfoui son visage dans la poitrine d'Alexandre, comme une enfant timide.

Alexandre n'a rien dit. Il a laissé les rumeurs voler, les jugements se former. Mon honneur était sacrifié sur l'autel de sa nouvelle idylle.

C'est triste pour Maillot. Mourir seule comme ça. Une infirmière, un peu plus âgée, la voix empreinte d'une pitié lointaine.

Elle n'avait personne. Pas de famille. Seule. La vérité. Cruelle.

Alexandre n'a rien entendu. Il n'a rien voulu entendre. Son monde tournait autour de Candice, et mon existence était déjà effacée.

J'avais entendu, un jour, qu'il avait dit à un associé : Léonore ? Oh, elle est... absente. Absent. C'est tout ce que j'étais.

Absente. Un mot si léger pour une vie détruite. J'avais été si naïve. Si stupide de croire en un amour qui ne m'avait jamais vraiment choisie.

Il ne voyait qu'elle, ne pensait qu'à elle. Candice était son soleil, et j'étais l'ombre qu'il avait chassée.

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Table des matières de Le Fantôme De L'Épouse Oubliée

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