Couverture du roman Le Monstre que J'Aime

Le Monstre que J'Aime

8.4 / 10.0
Au cœur d'un village terrifié par une bête meurtrière, Liora jure de venger sa mère. Bravant l'interdiction de chasser et un mariage forcé, elle mène une existence secrète pour traquer le monstre aux yeux d'or. Pourtant, sa rencontre avec la créature bouleverse ses certitudes. Entre trahisons familiales et désirs interdits, la frontière entre prédateur et proie s'efface. Liora devra choisir son destin : accomplir sa vengeance ou succomber à cet amour sombre et dangereux.

Le Monstre que J'Aime Chapitre 1

La première fois, personne n'arrivait à croire ce qui se trouvait sous leurs yeux. Pourtant, cette scène d'horreur ne fut pas dévoilée dans la rue principale, ni au cœur du village, mais au bord du vieux pont de pierre où personne n'osait s'attarder. Le sang s'étalait en nappes épaisses sur le sol gelé, plus abondant que ce que l'œil pouvait supporter, mais curieusement, les corps manquaient cruellement à l'appel. Ce n'est que lorsqu'un hurlement déchirant fendit l'air, celui du mari de Mme Morgane Elorya, que la vérité éclata : c'était elle, cette femme autrefois lumineuse, désormais méconnaissable, étendue là, son visage à peine identifiable sous le masque macabre de sang et d'ossements.

De ma cachette, lové contre le mur glacé couvert de mousse, mes pieds engourdis par le froid mordant, je n'apercevais qu'un fragment de ce cauchemar, la brume de mon souffle se figer en cristaux dans l'air gelé. Pourtant, cette image suffira à hanter mes nuits, gravée dans mon esprit comme une blessure profonde, un souvenir indélébile. On ne retrouva jamais celui ou ce qui avait semé un tel carnage, mais le village tout entier ne parla plus que de cette horreur pendant des jours entiers, terrifié par l'ombre qui planait.

La deuxième fois, la peur s'installa plus profondément. Les habitants passaient leurs nuits blanches à tenter de déchiffrer le lien entre la première victime, Mme Elorya, et la nouvelle, M. Hélios. Malgré l'écart d'un mois entre les meurtres, les similitudes glaçaient le sang : deux cadavres déchirés, mutilés à l'extrême, comme si une bête démoniaque s'était acharnée sur eux. Des murmures se répandirent sur une créature bestiale rôdant dans les ténèbres, trop monstrueuse pour être humaine. Ce qui changea le plus, cependant, fut la réaction des villageois : malgré le manque cruel de ressources – ni argent, ni nourriture, ni vêtements pour survivre à l'hiver – ils commencèrent à ériger des murs autour de leurs demeures. Certains bâtissaient en bois, d'autres en pierre, tandis que les plus désespérés pillaient tout ce qu'ils pouvaient pour dresser une barrière protectrice. Mon propre père, désespéré, abattit notre dernier arbre pour renforcer notre maison, s'accrochant à une sécurité illusoire face à l'inconnu.

Puis vint la troisième fois, celle où les chuchotements se transformèrent en cris de terreur. Les sorcières du village furent accusées, leurs voix murmurant qu'une porte interdite avait été ouverte, libérant une malédiction noire qui frappait sans pitié la terre et ses habitants. La prophétie qu'elles déployaient annonçait la famine, les récoltes ratées, et la mort lente et certaine sous les griffes du monstre nocturne, jusqu'à ce que le sang seul recouvre les rues désertées. Après cette terrible annonce, le village se vida peu à peu. Deux familles partirent en quête d'un refuge loin de cette malédiction, mais leurs maisons furent saccagées, pillées par ceux qui n'avaient plus rien à perdre et espéraient survivre en s'appropriant ce qui restait.

Le mois suivant, ces familles revinrent. Mais ce qu'elles rapportaient n'était pas l'espoir, plutôt l'horreur absolue : leurs corps, ensanglantés et mutilés, certains décapités, furent exposés à la vue de tous. Le village éclata en sanglots, réalisant qu'il n'existerait aucun échappatoire. Je me souviens encore du regard d'une des filles, une expression figée de désespoir qui me glaça le sang, comme un reflet de la terreur qu'elle avait ressentie face à la créature.

À partir de ce moment, la folie s'empara du village. Les gens cessèrent d'écouter les sorcières, préférant cacher leur nourriture, creusant un fossé invisible entre riches et pauvres, qui devint bientôt un abîme infranchissable. Les vivres de mon père furent pillés, mais il avait eu la sagesse de dissimuler une grande partie des récoltes précédentes, un trésor qui maintint quelques familles en vie.

Quelques mois plus tard, un sinistre schéma s'imposa : la malédiction frappait implacablement une fois par mois, toujours lors des nuits de pleine lune. Jamais plus d'une victime à la fois, sauf quand quelqu'un osait s'approcher ou tenter de fuir la bête. Dans ce cas, personne ne survivait jusqu'à l'aube. Des témoins parlaient d'un monstre colossal, aux griffes et crocs aussi larges que des pommes de pin, d'autres évoquaient des ailes noires et une queue tranchante comme une lame, certains même décrivaient une entité insaisissable, une brume noire flottante, une ombre mouvante avide de sang. Quelle que soit la forme, une seule certitude demeurait : la peur qu'elle inspirait surpassait tout ce que nous pouvions imaginer.

Pourtant, c'était le regard vide de la fille que je ne pouvais oublier. Cette nuit-là, j'ai basculé dans la terreur la plus pure, mes crises de panique me tenaillant seul, dans le silence glacial. Mais lorsque le soleil se leva, une résolution nouvelle s'imposa à moi : je ne partirai pas sans combattre, même si la défaite était certaine.

Nous n'avions pas grand-chose là où je vivais, mais mon père possédait un jeu de couteaux de ses ancêtres, et mon frère un vieux jeu d'archerie qui ne lui manquerait pas grâce à l'année fastueuse que la haute société offrait à ses soldats entraînés.

Je n'oublierai jamais ce premier matin où, alors que le soleil se levait à peine, j'ai surpris mon frère en train d'affûter un de ses vieux arcs dans un coin poussiéreux de notre modeste maison. Son regard était dur, mais une étincelle d'espoir brûlait dans ses yeux fatigués. Je sentais au fond de moi une détermination nouvelle, un feu secret que je n'avais jamais connu. Le simple fait de tenir un arc m'attirait irrésistiblement, même si je savais que la société où nous vivions ne permettait pas à une fille de s'armer ni de chasser. Pourtant, cette interdiction était le plus petit des obstacles face à ce que j'allais devoir affronter.

La première fois que j'ai décoché une flèche, elle s'écrasa à plusieurs mètres de la cible, mais au lieu de me décourager, ce raté a déclenché en moi un besoin obsessionnel de contrôle. Je me suis promis de recommencer jusqu'à maîtriser chaque tir, jusqu'à ce que chaque flèche soit un cri de ma révolte. Ce qui aurait dû n'être que de brefs instants de jeu devint de longues heures d'entraînement acharné, transformant la forêt avoisinante en mon royaume interdit, et la chasse en un secret que je gardais jalousement.

Mais le plus dur n'était pas la douleur des échecs ou les dangers tapis dans l'ombre des bois, c'était de mentir à ma famille sur la provenance de la viande que je ramenais. Malgré notre condition modeste, on attendait de moi que je respecte les codes de la haute société, et une jeune fille digne ne pouvait en aucun cas manier une arme. Elle devait rester une image parfaite, réservée aux futurs prétendants, prête à devenir une épouse docile et une mère douce. Si jamais on découvrait mes escapades, les punitions seraient sévères, et mon arc m'aurait été arraché sans retour.

Alors, j'ai tissé une toile de mensonges : je racontais que la viande venait d'un boucher du sud du village, en échange de services rendus à sa femme trop faible pour s'en occuper elle-même. Mais ma mère, avec son flair implacable, avait tôt fait de deviner que la vérité était bien différente. Ce jour-là, à mon retour de chasse, j'ai trouvé la maison étrangement silencieuse. Ma mère se tenait debout dans le petit salon, accompagnée d'un homme deux fois plus âgé que moi, rendant la pièce encore plus étouffante.

Continuer la lecture

Table des matières de Le Monstre que J'Aime

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
Ch. 6
Ch. 7
Ch. 8
Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
all

Vous aimerez aussi

Romans Nouvellement Sortis

Couverture du roman Le secret de mon épouse parfaite
8.3
Yigol Novak, modeste livreur sans ressources, voit son destin basculer après avoir secouru la riche et énigmatique Suri Drew. Contre toute attente, elle l'épouse et transforme sa vie par un pouvoir singulier : chaque mensonge qu'elle prononce sur la grandeur de son mari se réalise instantanément. Devenu puissant malgré lui, Yigol doit naviguer entre sa nouvelle fortune et les secrets de son épouse. Mais l'origine de ce don et le passé de Suri menacent de tout anéantir.
Couverture du roman L'épouse négligée
9.0
Mariée à Alan Barnes depuis cinq ans, j'ai vécu chaque anniversaire dans l'indifférence totale. Mon mari remplaçait l'affection par l'argent, prétextant que je pouvais tout m'offrir. Pourtant, il s'investit corps et âme pour Fiona, son amie d'enfance rescapée d'un incendie. Quand je découvre une photo d'eux célébrant leur complicité sur Internet, la coupe déborde. Face à cet homme qui privilégie sa pitié pour une autre, je décide de tout lâcher : elle peut garder ce minable.
Couverture du roman Les filles du Président
9.7
Henriette, la fille du Président, se distingue par une beauté exceptionnelle. Alors qu'elle mène sa vie sous les projecteurs, le destin provoque sa rencontre avec Michel Smith. Ce dernier est un homme brisé et profondément marqué par le deuil. Depuis la perte tragique de son épouse Sofia, qui a péri alors qu'elle portait leur futur enfant, Michel a fermé son cœur à toute émotion. Entre cette héritière influente et cet homme dévasté, une histoire imprévue se dessine.
Couverture du roman Les Liens Du Destino: Un contrat avec le cow-boy
8.0
Jack Colt, éleveur texan renommé, ressent un vide malgré sa réussite : le besoin de fonder un foyer. Face à lui, son ami Clayton, criblé de dettes, lui propose un pacte singulier : épouser sa fille Charlotte pour effacer ses créances. Marquée par les abus de son père, Charlotte découvre auprès de Jack un refuge inattendu. Entre doutes et pressions extérieures, ce mariage de raison se transforme peu à peu en une idylle sincère, offrant à chacun une chance de guérison.
Couverture du roman Mon neveu mort-né
9.4
Ma belle-sœur a survécu à une grossesse risquée grâce à mon insistance pour une césarienne. Pourtant, elle a convaincu son fils, né fragile, que j'étais responsable de sa santé précaire pour capter l'héritage. Empoisonné par ces mensonges et les moqueries de ses pairs, mon neveu a fini par nourrir une haine mortelle à mon égard. Un jour, il a versé du pesticide dans mon verre, m'observant agoniser sans aucun remords pour prix de mon aide passée.
Couverture du roman Propriété Exclusive de mon Mari PDG
7.9
Xaviera, bannie à la campagne par les siens, cache une volonté de fer derrière une santé fragile. Pour obtenir 65 % des actions de sa famille et se venger, elle doit se marier. Au Bureau des affaires civiles, elle propose un pacte à un PDG influent, lui aussi contraint à une union arrangée. Entre complots financiers et secrets du passé, ce duo d'affaires s'engage dans une lutte de pouvoir impitoyable. Mais dans ce jeu de dupes, leur alliance forcée pourrait bien les consumer.
Chapitres
Lire
Partager