
Le Devoir de Détruire
Chapitre 2
Le dîner de famille au domaine viticole de Bourgogne était toujours une épreuve. L'air était lourd, chargé de traditions et d'attentes non dites. Mon mari, Jean-Luc, était assis à côté de moi, l'image même du gentleman parfait. En face, ma sœur aînée, Chloé, veuve de l'associé de Jean-Luc, jouait avec sa fourchette, son visage empreint d'une tristesse étudiée.
Son mari était mort dans un accident de voiture il y a un an. Un drame qui avait resserré les liens déjà étroits entre nos deux familles.
Soudain, ma belle-mère, matriarche de la famille et gardienne de l'héritage, a posé ses couverts. Le silence est devenu total.
« Chloé est seule maintenant, » a-t-elle commencé d'une voix qui ne tolérait aucune interruption. « Le nom de son mari, notre partenaire de toujours, ne doit pas s'éteindre. Jean-Luc, tu as un devoir. »
J'ai senti un frisson me parcourir.
« Tu feras un enfant à Chloé. Pour perpétuer la lignée. »
Le choc m'a coupé le souffle. J'ai regardé Jean-Luc, mon cœur battant à tout rompre.
Ma belle-mère a tourné son regard glacial vers moi. « Amélie, tu es une femme raisonnable. Tu comprendras. C'est par compassion pour ta sœur, par devoir envers cette famille qui t'a tout donné. Tu fermeras les yeux. »
Mon esprit a tourbillonné. Toute ma vie, j'avais été l'ombre de Chloé. Notre mère l'avait toujours préférée, la voyant comme une artiste fragile et talentueuse, tandis que j'étais la fille pragmatique et sans histoire. Mon mariage avec Jean-Luc était ma seule victoire, mon seul havre de paix. Il m'avait choisie, moi. Il m'avait placée au-dessus de tout. Cet amour était la seule chose qui me validait, la seule chose qui me donnait de la valeur à mes propres yeux.
Jean-Luc s'est levé brusquement, sa chaise raclant le sol en pierre. Ses yeux lançaient des éclairs.
« Mère, comment osez-vous ? » sa voix a tonné dans la grande salle à manger. « Amélie est ma femme. Jamais je ne lui infligerai une telle humiliation. Jamais ! »
Il s'est tourné vers moi, a posé un genou à terre et a pris mes mains tremblantes dans les siennes. « Amélie, je t'aime. Personne ne te fera de mal tant que je serai là. »
Des larmes de soulagement ont coulé sur mes joues. Il était mon héros, mon protecteur. Il m'avait défendue contre sa propre famille. Ce soir-là, je l'ai aimé plus que jamais.
Plus tard dans la nuit, incapable de dormir, je me suis levée pour boire un verre d'eau. Le château était silencieux. En passant devant le couloir de l'aile des invités, où Chloé logeait, un bruit suspect a attiré mon attention. Un gémissement étouffé.
Poussée par une curiosité inquiète, j'ai avancé sur la pointe des pieds. La porte de la chambre de Chloé était entrouverte. J'ai jeté un coup d'œil à l'intérieur.
Et mon monde s'est effondré.
Jean-Luc était là. Avec Chloé. Dans son lit. Leurs corps étaient enlacés. Sa démonstration de loyauté n'était qu'une farce. Une performance. La trahison était là, nue et brutale, sous mes yeux.
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