
Le Devoir de Détruire
Chapitre 3
Je suis restée figée dans le couloir, le froid du sol en pierre remontant dans mes jambes. Je ne sentais plus rien. Le son de leurs ébats était une torture qui me vrillait les tympans. Je suis retournée dans notre chambre comme une automate.
Cette nuit-là, je n'ai pas dormi. J'ai regardé le plafond, chaque seconde qui passait gravant leur trahison plus profondément dans mon cœur. Au lever du jour, une décision glaciale s'était formée dans mon esprit. C'était fini. Je devais partir.
J'ai attendu qu'il soit sous la douche pour prendre les documents que j'avais préparés. Une convention de divorce par consentement mutuel. Je l'ai glissée habilement dans une pile de papiers financiers concernant le domaine, des contrats qu'il devait signer en urgence ce matin-là.
Quand il est sorti, une serviette nouée autour de la taille, il m'a souri.
« Bien dormi, mon amour ? »
J'ai hoché la tête, un mensonge de plus.
Il s'est assis à son bureau, a parcouru rapidement la liasse de documents. Arrivé à la dernière page, celle de la convention de divorce, il a à peine jeté un coup d'œil. Il a attrapé son stylo.
« Je dois me dépêcher, j'ai une réunion importante. » Il a signé avec un paraphe rapide et confiant. En me rendant le stylo, il a murmuré : « Je ferais n'importe quoi pour toi, tu le sais. »
Le dégoût m'a submergée. J'ai ravalé la bile qui me montait à la gorge.
Les jours suivants ont été un supplice. En public, Jean-Luc continuait de jouer son rôle de mari parfait, refusant ostensiblement toute discussion sur le "problème Chloé". Mais chaque nuit, j'entendais les mêmes bruits. Le grincement du parquet, la porte qui se referme doucement. Il allait la rejoindre. Et je restais seule dans notre lit immense et froid.
J'ai commencé à dépérir. J'ai perdu du poids, des cernes sombres se sont creusés sous mes yeux. Ma peau est devenue presque transparente. En contraste, Chloé rayonnait. Elle avait un éclat nouveau, une assurance triomphante. Elle portait la trahison comme un bijou.
Ma propre mère, venue passer quelques jours, n'a rien vu de ma souffrance.
« Amélie, tu as l'air fatiguée. Tu devrais faire des efforts. Un homme comme Jean-Luc a besoin d'une femme épanouie à ses côtés. Ne sois pas si égoïste. »
Sa belle-famille me traitait avec un mépris à peine voilé, me reprochant mon "ingratitude" et ma "paranoïa" lorsque j'osais émettre la moindre plainte. J'étais seule, complètement seule.
Un soir, lors d'un autre dîner insupportable, Chloé a posé sa main sur son ventre avec un sourire radieux.
« J'ai une nouvelle à vous annoncer, » a-t-elle dit, son regard cherchant celui de Jean-Luc. « Je suis enceinte. »
La joie a explosé dans la pièce. Ma belle-mère a pleuré de bonheur. Mon beau-père a ouvert une bouteille de champagne millésimé. Jean-Luc s'est tourné vers moi, son visage une étude de fausse surprise et de tendresse forcée.
« C'est un miracle, n'est-ce pas, mon amour ? » m'a-t-il murmuré. « Nous allons élever cet enfant ensemble, comme si c'était le nôtre. Ce sera le symbole de notre famille unie. »
Il me prenait pour une idiote. Une idiote aveugle et docile. Une colère froide, pure et tranchante, a commencé à grandir en moi.
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