
Le cri du cœur - Tome 1
Chapitre 2
1
Different worlds
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours craint l’eau. Je prenais mes douches en cinq minutes, montre en main. J’évitais les bains et j’avais en horreur les piscines. L’eau était, pour moi, synonyme de danger, d’abandon et de perte. Cependant, l’immensité de la mer m’a toujours fascinée. La mer en elle-même m’a toujours attirée. Elle pouvait être calme et sereine et la minute d’après, déchaînée et en colère. Elle était pleine de mystères. La pluie me faisait le même effet. J’adorais rester sous ses flots. J’avais l’impression qu’elle reflétait mon humeur. La pluie m’anesthésiait. Mais dès que l’orage arrivait, je sursautais et la pluie devenait mon ennemie. Elle m’effrayait et me rappelait trop de souvenirs angoissants. J’aimais pouvoir me dire que j’étais parfois comme la mer ou la pluie. Je pouvais être cette immensité calme et rassurante. Mais j’étais capable également de tout engloutir sur mon passage et de ne laisser que le silence derrière moi.
J’avais profondément aimé deux hommes dans ma vie. Et comme l’océan que j’étais, je les avais avalés puis recrachés sans scrupules. Je ne savais pas trop ce que je faisais à l’époque. Enfin, si, plus ou moins. Je me cherchais. Mais c’était une quête qui avait laissé beaucoup de traces. Je pensais que toute la vie, on se bousculait, on s’explorait, afin d’y trouver un sens. Afin de pouvoir vivre pleinement, sans remords. Alors c’était ce que je faisais. Je vivais, je tombais amoureuse, je commettais des erreurs, je pardonnais. Et plus important encore, je me pardonnais.
Joséphine
Je travaillais à La Rose des Sables,un magasin de chocolats depuis un an maintenant. Je m’y plaisais et cela me permettait de payer mes études en communication et marketing. Mon appartement était situé dans un quartier calme au rez-de-chaussée et j’avais un adorable chat, Toulouse.
Aujourd’hui, mon collègue Pierre, était très en forme ! J’avais donc passé une agréable journée et je rentrais chez moi d’excellente humeur. J’ouvris la porte de mon immeuble, puis la porte de mon appartement, beaucoup trop calme quand on savait que j’avais une coloc particulièrement bruyante. Toulouse miaula entre mes jambes et l’écho de mon « putain » résonna dans l’appartement maintenant vide. Ma coloc m’avait cambriolée. J’aurais dû m’y attendre. On se prenait la tête tout le temps en ce moment et elle n’était pas la personne la plus fiable que je connaissais.
Elle était même partie avec les rideaux et les poubelles ! Je me mis à rire. Un rire hystérique et incrédule. Après le rire, les larmes se pointèrent.
— Non Joséphine, tu ne pleureras pas. C’est juste un petit souci, tu vas t’en sortir
Je n’avais pas assez d’argent pour me racheter de nouveaux meubles, mais au moins elle m’avait laissé le lit et le canapé que j’avais achetés ! Ma sœur Laure profita de ce super moment de gloire pour passer me faire un coucou.
— Merde, Jo, qu’est-ce qui s’est passé ?
— Marion s’est tirée. Avec tous les meubles. Et les poubelles aussi d’ailleurs.
— Ça va aller ? Et pourquoi elle a fait ça ? Je pensais que vous vous entendiez bien ?
— En fait, pas tant que ça. C’était compliqué ces derniers temps…, soupirais-je.
— Bon, donne à manger à Toulouse et remets ton manteau. On va boire un verre et oublier un peu ce début de soirée catastrophique.
Je me suis donc laissé entraîner par ma petite sœur de vingt ans, étudiante infirmière, dans un bar appelé Dernier bar avant la fin du monde. Après quelques bières, je me sentais déjà mieux et j’avais retrouvé le sourire.
— Alors, comment se passent tes cours, sœurette ?
— Pour le moment, ça va ! J’ai juste une matière de première année à repasser à la fin du semestre. Mais ça me prend la tête.
— Et les petits vieux dont tu t’occupes ?
— Le week-end dernier, j’ai dû laver toute la chambre d’un charmant vieux monsieur. Il avait étalé toute sa merde partout. Il avait aussi arraché sa sonde. Rappelle-moi pourquoi je fais ça ?
— Parce que tu aimes ton prochain ?
— Je suis maso. Je ne vois que ça…
Après la bière, nous sommes passées aux cocktails et nous avons continué à discuter de nos boulots respectifs en rigolant trop fort et en buvant beaucoup trop. Mais c’était une chouette soirée. J’annonçais à ma sœur que j’allais régler nos boissons et je me suis avancée vers le bar avec ma carte. J’ai dû crier pour me faire entendre par-dessus la musique et les voix trop fortes autour de moi
— Vos consommations ont déjà été réglées, m’annonce le barman.
Étonnée, j’ouvrais et je fermais la bouche, un peu comme un poisson hors de l’eau.
— Pouvez-vous me dire qui les a payées ?
— Un jeune homme qui doit avoir votre âge. Il a dit qu’il vous connaissait.
Il y en avait au moins pour une cinquantaine d’euros quand même… J’annonçais un vague merci au barman et allai rejoindre ma sœur qui m’attendait à notre table. Elle n’était plus seule. Trois mecs l’avaient rejointe et discutaient avec elle. Je souriais en la regardant. Laure était une jolie jeune femme et les hommes s’en rendaient tous compte. Elle était une brune d’un mètre soixante-dix, avec les mêmes yeux bleus que les miens, des taches de rousseur parsemaient son nez fin et deux fossettes agrémentaient son visage d’ange. Elle avait récemment ajouté une grosse mèche rouge sur ses cheveux. Les hommes, quant à eux, déchantaient rapidement quand ils l’entendaient les rembarrer. Elle avait un sale caractère, la famille s’en était accommodée. Les hommes un peu moins… Je ne savais pas ce qu’elle leur avait dit, mais ils étaient repartis à leur table avec un sourire penaud.
— Quelqu’un a déjà réglé nos boissons.
— Ah bon ? Qui ça ?
— Bonne question, le barman n’en sait pas plus… Au fait, qu’as-tu dit aux mecs pour les faire fuir avant que j’arrive ?
— Juste que je côtoyais souvent de la merde ces derniers temps et que je n’avais pas envie d’en côtoyer ce soir.
J’explosai de rire, ce qui me valut quelques regards de la part des hommes en question.
— Bon allez, viens madame la comique. J’ai commandé un Uber, il arrive.
On prit la route, direction la sortie. Juste avant de franchir la porte, je sentis mes petits cheveux sur ma nuque se redresser. J’avais l’impression que l’on me fixait intensément. Je me retournai et ne vis personne à part une ombre s’éloignant entre les différents clients du bar. Je secouai la tête, confuse et entrai dans l’Uber à la suite de ma sœur. Arrivées à la maison, on se mit en pyjama et dormit d’une traite jusqu’au lendemain.
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