
L'atome souriant - Opéra cosmique
Chapitre 2
Fini les contraintes terrestres ! Maintenant, le Temps n’a plus d’importance : mort il y a trente secondes ou un milliard d’années, vous en êtes au même point…
Pas de chef de bureau pour vous engueuler, pas de train à prendre en marche : le rythme est cosmique. Un opéra « cosmique ».
Pardon : j’ai toujours affectionné les très mauvais jeux de mots !
Quel repos ! Mais pas au début. Cela perturbe : rendez-vous compte, une telle harmonie, penser que cela ne finira jamais, cela déprime. Mais on se fait à tout, même au meilleur.
Pour l’instant, je suis en transit dans le Cosmos. On ne sait pas encore où je vais aller. Cela ne s’appelle pas vraiment « Enfer », « Purgatoire » ou « Paradis ».
Il paraît que c’est équivalent mais à plus grande échelle. Je dois attendre…
J’ai l’habitude : ayant toujours été une « personne déplacée » (par les « autres », d’ailleurs !) ça aide à patienter, mon statut d’homme de « nulle part ».
Je ne suis plus pressé de poser mes valises, comme du temps où je devais les porter à bout de bras… Fini le « Juif-Errant » !
C’est vrai, quand j’y repense, j’ai toujours été incongru partout où on me mettait. On avait beau limiter mes libertés, « barbeliser » mon champ d’action, mon espace vital, rien n’y faisait : je gênais toujours…
Je me souviens, dans ma dernière vie (celle que je viens de quitter aussi brusquement), que j’étais parvenu aux conclusions extrêmes de cette logique imposée…
J’étais tout enfant. Malgré la « concentration » la plus intense que je subissais – avec six millions d’autres –, cela ne « leur » suffisait pas encore. « Ils » voulaient vraiment nous réduire. Au minimum. En fumée. Nous faire disparaître, non seulement de la surface du globe, mais encore de la mémoire universelle…
Soyons réalistes : « ils » ont échoué dans les deux cas. « Ils » ne pouvaient pas gagner ce pari là, tout organisés « qu’ils » étaient…
L’extermination physique, massive, scientifique, ça, c’était possible…
Mais un Univers « sans nous », quelle folie !
À qui s’en seraient-ils pris « après » ? « Ils » auraient été bien embêtés…
Bien sûr, on peut trouver d’autres victimes, exploiter leurs différences à leur détriment
Il y en eut bien d’autres…
Mais il faut toujours faire valoir une couleur de peau, des cheveux trop crépus, des lèvres lippues, un mode de vie, une religion, que sais-je encore ?
« Nous », c’est la synthèse du tout : du solide ! Ça vient du fond du cœur et des tripes, comme du fond des âges.
D’ailleurs, les deux formes d’oppression ne sont nullement incompatibles…
Alors, où est la différence ?
Peut-on croire vraiment à « nos cheveux graisseux », à « nos nez crochus », nos « lèvres épaisses », notre « peau huileuse » ou même notre religion ? Certainement pas !
Il y en a de blonds, aux nez droits, aux lèvres minces, aux peaux claires et qui ne sont même pas croyants.
Qu’à cela ne tienne : on les assimile aux autres !
On dit de ceux-là qu’ils accaparent les meilleures places, car ils sont les plus « intelligents », donc, les plus dangereux !
Curieux racisme à rebours, qui nous concède un cerveau supérieur à celui des autres peuples
Je m’insurge encore, tout atome que je suis (le mot est malheureux), contre une telle assertion.
En tant que tel, je revendique hautement pour mes semblables et pour moi-même le droit à la connerie, la nullité crasse, bref, à la médiocrité rassurante.
Mais si l’Univers se fait à cette idée, il n’y a plus de racisme possible…
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