
L'atome souriant - Opéra cosmique
Chapitre 3
Pourquoi ressasser toutes ces questions, ces pensées encore terrestres ? Je voudrais que ces choses se conservent quelque part, aux confins de l’Univers…
Existe-t-il un homme, une femme ou une forme d’esprit pour me percevoir ?
Une pensée intelligente, inconnue, supérieure à celle de l’Être ?
Dans l’affirmative, je voudrais que ce soit une femme. Je leur ai consacré les moments les plus agréables de toutes mes vies antérieures. Me blottir au plus secret, au plus profond de l’une d’elles à son insu. Continuer à palpiter en elle, à vivre par la force de la pensée créatrice. Un viol plein d’amour, de douceur et de respect dont elle n’aurait jamais à souffrir…
Je dois cesser d’émettre pendant un bref instant : sept millions d’années terrestres (à quelques secondes près), pour capter un message important de Celui qui semble être « Le Maître du Cosmos »
Retransmission parfaite, sans parasites, par temps clair. Verdict : j’ai été plus souvent bon que mauvais dans ma dernière vie. J’ai beaucoup souffert dans toutes mes incarnations (d’après leurs livres de comptes, moi, je ne m’en souvenais plus).
J’échappe donc au pire : l’errance infinie dans les sphères inférieures.
Mais j’ai une mise à l’épreuve : ma sexualité, de bon aloi dans mon existence dernière, mais trop désordonnée dans mes vies précédentes, me vaut de nombreux malus.
On me reproche notamment quelques faux-pas dans la Rome Antique : je fus l’Empereur Héliogabale, le plus grand homosexuel de l’Histoire (il était fou, ou « folle » !) ; sous la Renaissance : une « Inquisition » (comme Juge !) et surtout, une guerre de Religions pas très « catholique » !
Moi si tolérant, grands Dieux ! Aurais-je pu faire ça ?
Je suis donc placé en « liste d’attente », avant d’accéder à une sphère plus élevée. Je suis commis à la circulation des Esprits au Carrefour du Cosmos… Rude tâche, sans commune mesure avec les agents de la voie publique sur Terre. L’Univers ici est surencombré depuis le Commencement des Temps : rien à voir avec la Place de la Concorde un jour de semaine, à dix-huit heures.
Si tous les Esprits étaient des corps solides, il y aurait à déplorer des millions d’accidents quotidiens, à condition de pouvoir mesurer en journées, car ils se déplacent à des vitesses très supérieures à la lumière, sans aucune limitation comme sur les autoroutes.
Aurais-je le bonheur de croiser les plus grands courants de la Pensée Universelle ? Moïse, Platon, Confucius, Mahomet, Spinoza, Rabelais, Cervantès, Shakespeare, Molière, Voltaire, Hugo, Tolstoï, Pasteur, Chaplin, où êtes-vous, dans ce monstrueux embouteillage galactique ? Comment occupez-vous votre Éternité ?
Avez-vous des contacts avec les autres formes vivantes et pensantes de l’Univers ?
Je reprendrai contact très prochainement : trente secondes, ou deux milliards de vos mesquines petites années terrestres, à mon premier jour de congé…
Bons baisers du Cosmos.
L’atome souriant
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