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Couverture du roman Le plus glorieux des immortels: Dies illa, solvet saeclum in favilla

Le plus glorieux des immortels: Dies illa, solvet saeclum in favilla

Au cœur d’un univers primitif, un mystérieux Inconnaissable et le maléfique Ialdabaôth façonnent une communauté de mortels. Leurs ambitions égoïstes déclenchent un conflit permanent, mêlant faux miracles et jugements arbitraires. De ces luttes naissent des cultes divergents, portés par des personnages attachants incapables de freiner la cruauté humaine. Ce récit cosmogonique explore une question vitale : l'humanité peut-elle transmuter le mal en espoir ou est-elle vouée à l'extinction ?
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Chapitre 2

Partie I

Il était une foi

Chapitre 1

L’inconnaissable, enlumineur de vies

Quand AZO osa

Ce récit, au pouvoir germinatif fertile, va prendre corps dans un monde lointain que d’aucuns appellent parfois monde Azoïque, ou Hadéen, là où les turbulences se mêlent avec l’intemporel et là où l’autre n’existe pas, dans le gigantisme de mouvements cosmiques. C’est donc là, dans l’immensité d’un monde stellaire, que musardait celui dont on dira plus tard qu’il avait été, parmi les enlumineurs de vies : le plus glorieux des immortels. Aujourd’hui celui-là on le nommait dans un chuchotis de lèvres, car on ne le connaissait pas plus que ça. On croyait vaguement qu’il vivait quelque part à l’écart des autres, bien que les autres on ne les ait jamais vus. La seule chose qu’on affirmait de lui c’est qu’il œuvrait au façonnage d’objets volumineux. Par facilité on disait que c’était un artiste, un créateur et même un peu plus que cela dans la mesure où ses créations, si elles étaient toutes quasiment identiques, étaient, une fois terminées où en cours d’être terminées, placées en lévitation les unes par rapport aux autres, de telle sorte qu’elles puissent former un ensemble qui réponde à une recherche qui lui était propre.

Cette faculté qu’il avait de maîtriser la gravitation de ses objets faisait de lui quelqu’un d’à part, de troublant, d’inspiré, de satanique peut-être ! Et comme tous ceux qui tentent, qui testent, qui expérimentent, qui rêvent, lui n’était pas à l’abri de surprises, de disconvenues, de drames, mais après tout, à toujours vouloir tenter le diable, ne le rencontre-t-on pas tôt ou tard derrière le fardeau d’une croix !

Au mitan d’un jour d’oisiveté, ce quelqu’un, cette monade originelle, entreprit machinalement, sans même se mettre derrière sa table d’atelier, de façonner grossièrement, une nouvelle boule géante de gangue de terre qu’il essaya de mélanger avec plusieurs échantillons de matière qu’il préleva sur d’autres esquisses, qu’il avait à portée de main. Dans une gestuelle lente, il fit en sorte que cette grossière pièce sèche fut à peu près ronde, tout en ponctuant chacun de ses mouvements, de soupirs, comme s’il pressentait déjà et encore l’échec. Il ne savait pas au juste ce qu’il voulait en faire. Il avait naguère, quelquefois tenté ce type de composition en alternant leur dosage, mais sans grand succès. Ses créations et ses motivations lui appartenaient.

Dans ce qui semblait être un atelier de travail, des centaines d’œuvres prématurément abandonnées jonchaient le sol depuis une éternité, en attente d’une reprise, ou d’une utilisation quelconque. Ces échecs, ou en tout cas ce qu’il considérait comme des déboires, le mettaient régulièrement dans un état de déréliction, teinté de mélancolie qui le conduisaient à l’ennui.

Et quand il s’ennuyait, quand le tracassin s’emparait de lui, il en oubliait d’exister, de besogner et de reprendre inlassablement ses ébauches, ses études, qui pour certaines étaient déjà bien égrotantes. Savoir s’ennuyer était un autre art qui ne lui réussissait pas ! Cet état pathologique le tourmentait au point de provoquer chez lui un état bileux qui électrisait son voisinage, et que seul un agent vomitif pouvait tempérer. Il s’en rendait compte mais quand le dommage était commis, il était commis. Mais pouvait-on parler de dommage dans la mesure où lui seul pâtissait de ses écarts ! Quand la foudre l’hystérisait, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même alors, il allait s’ankyloser quelque part pour fuir le désarroi et quand il s’abandonnait, plus rien n’existait autour de lui et ça pouvait durer longtemps !

Certains travaux de son panthéon qui n’avaient pas trouvé grâce à ses yeux, avaient déjà fait les frais de ces colères et s’étaient retrouvés en de multiples morceaux épars, à ses pieds, dans un bouge aux relents de débâcle. Quelquefois, sous l’emprise d’une agitation exagérément ténue, il pouvait balayer d’un revers de main des années de travail. Alors, l’œil torve et les paupières scellées il fulminait sur sa condition avant de sombrer dans un abandon de soi. Mais lui ne comptait ni en mois ni en années, il ne comptait même pas du tout, à l’exception peut-être des débris de ses emportements qui se constataient dans une poussière à perte de vue, au-delà de son périmètre vital, dans son cosmos artistique, par-delà les photons et les galaxies.

Vivre seul, car il semblait vivre seul, n’était pas une sinécure, mais c’était sa vie et il l’avait acceptée comme telle, du moins le pensait-on.

Cet étrange quelqu’un, indistinct, indicible, innommable car il n’était personne qui existait avant lui pour le nommer, vivait de peu et se contentait a priori de ce peu.

Il n’avait qu’une obsession, que chacune des compositions qu’il pouvait délivrer de la pesanteur lui raconte une histoire, une histoire picaresque qui puisse lui inventer des souvenirs qu’il oublierait sitôt controuvés. Alors dans son capharnaüm, jour et nuit il se construisait un univers d’événements imaginaires qu’il tentait, à sa façon de faire vivre, avec plus ou moins de félicité.

L’intrigue bonimenteuse qu’il pourrait tirer d’une œuvre libérée devrait lui proposer la vision d’une créature, formée ou déformée mais animée, qui l’inviterait à une aventure dont il ne connaîtrait que le début. Puis, en fonction des prodromes que ses sens recevaient, il créerait alors des figurines aux silhouettes improbables, qui iraient d’une manière ou d’une autre composer avec cette créature. Et ainsi de balivernes en fables et de fables en chicanes son esprit s’émerveillerait, ses rires caverneux se densifieraient, et son existence deviendrait lumineuse. Cependant, à ce jour, aucune histoire à la dimension de ses espérances n’avait pu totalement étancher ses infortunes.

Il était en quelque sorte, un insatiable marionnettiste qui cherchait toujours et encore ses nerospatosqui chasseraient à jamais son ennui, un sémillant Ali Baba entouré d’une profusion féerique d’œuvres démesurées, cabossées pour certaines ou encore un premier Léonard de Vinci s’exerçant à la technique picturale du sfumato. Finalement, à son grand étonnement, aujourd’hui ce mélange eut l’air de le satisfaire.

Il y a des instants comme ça ! Les matières s’harmonisaient tellement bien qu’il se redressa énergiquement de sa couche et commença à s’intéresser à cette nouvelle ébauche qu’il porta sur un coin de son carré de travail. Il fit en sorte que cette boule de pâte argileuse à l’aspect lépreux fût bien ronde de telle manière qu’il puisse la contempler et l’étudier, sous toutes ses formes quand il la ferait tourner… si un jour il la faisait tourner ! Il la badigeonna d’une sécrétion salivaire acide pour apprécier la manière dont elle pourrait se déformer en tournant dans l’espace qu’il allait lui définir. Il la mouilla au point de faire se former des cimaises naturelles qu’il conserva, pour voir !

Pour tout dire, il s’était spécialisé, après avoir vainement tenté de parsemer çà et là son biotope de sphères de gaz brûlants issus de nébuleuses interstellaires, dans la création d’objets d’extérieur, d’une signature monochrome, qui gravitaient simplement sur eux-mêmes, une fois placés, suivant une étiquette bien précise dans un espace choisi. Ces nouvelles créations étaient apaisantes et il y trouvait beaucoup de poésie. C’était également une façon d’allonger le temps que de regarder les choses tourner. Il était pourrait-on dire, en permanence dans un désir de sublimer ses sujets, plus que dans la recherche de la beauté d’un geste.

Il travaillait avec méticulosité la surface de ses œuvres de façon qu’il n’y ait aucune imperfection à l’exception de quelques aspérités qu’il donnait à dessein à la matière, ce qui lui permettait de découvrir et redécouvrir en boucle son travail à chaque fois qu’il lui faisait faire une révolution. Il avait bien essayé de faire tourner des objets de forme cuboïde, mais sans succès. Ceux-ci peu à peu devenant étonnamment sphériques au fil de leurs révolutions !

Le maître semblait talentueux, d’un talent unique et surprenant qu’il ne partageait avec personne. Il est de ces artistes qui demeurent à tout jamais à la limite d’une folie qui dépasse tout entendement ! Le sublime de la créativité ne peut s’atteindre, laissait-il entendre, que lorsque l’artiste est purifié de toute scorie extérieure, de tout environnement nocif pour l’expression du lyrisme d’un acte. Saperlotte !

Il vivait ainsi en ermite dans son système quelque peu décalé, mais calé dans ses vues. On ne lui connaissait aucune compagne, aucun compagnon, ni même quelques autres présences, fussent-elles animales ou spirituelles. On ne lui connaissait définitivement aucune relation, à l’exception de celle évoquée au travers de, on-dit. Pestant sans motif contre les mauvais vents qu’il s’inventait, il tournait en rond, d’une manière maladive, avant chaque tentative de faire toupiller ses énormes pièces sans nom. Il passait ainsi d’interminables longueurs de temps à regarder évoluer ces corps qui étaient supposés lui inventer des contes, des fictions, des fables et c’est bien là que résidait la singularité de cet être sans âge, hirsute, qui semblait vouloir donner vie, si on peut dire, à des objets, non pas pour apprécier comme tout artiste la chose en tant que telle, mais pour en extraire un autre type de création romanesque, l’histoire ! Il attendait l’enchantement qui pourrait le surprendre. Et jusqu’alors, les résultats de ses extravagances l’avaient plutôt désillusionné.

Son lointain prétendu voisinage ne voyait en lui qu’un apprenti sorcier qui était autant sincère dans ses arts que malhonnête et retors dans les affabulations dont il tirait vanité. En effet, au-delà de son ermitage, au fin fond d’un Tartare brumeux baigné de lacs de soufre qui auraient émergé d’un chaos primordial, semblait exister un pauvre hère supposé tenir auberge ouverte, que l’architecte des boules remuantes refusait absolument de rencontrer au prétexte que cet incurable déstructuré, marmottait jours et nuits des patenôtres pour mettre le grappin sur des victimes de passage porteuses de gale sèche et d’ulcères malins, qui n’auraient alors d’autre choix que de s’installer à demeure dans cet endroit. Une secte ! Une gargote aux remugles incommodants ! Au fil des temps, ce fils de Bélial, qui avait, semblait-il, à de nombreuses reprises, proposé à notre artiste de pactiser, n’avait accusé de la part de ce dernier que des fins de non-recevoir !

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