Couverture du roman De l'amour à la haine : Résurgence

De l'amour à la haine : Résurgence

9.2 / 10.0
Au pays d'OCEAN, la princesse Zoulia et Marc, chef de guerre ennemi, s'aimaient en secret malgré les conflits. Pourtant, une trahison simulée transforma leur passion en une haine féroce, alors que Zoulia portait leur enfant. Des siècles plus tard, Marc, devenu immortel, voit ressurgir son passé. Sa bien-aimée revient d'entre les morts sous une fausse identité pour anéantir sa vie. Entre secrets et rancœur, Marc parviendra-t-il à briser le cycle des mensonges et sauver les siens ?

De l'amour à la haine : Résurgence Chapitre 1

la prestance et l'élégance ont toujours fait bon ménage. Marc BOBO l'a toujours su. Placé devant son grand miroir aux abords diamantés, il ajustait son costume noire sans jamais trouver satisfaction. Il savait qu'une touche finale manquait, celle d'un regard autre que sien. Il desserra et resserra sa cravate, enlèva et remit la veste, rapprocha son visage encore plus près du miroir pour contrôler la couleur de ses yeux, de ses dents et même celle de sa peau en discutant de la vie passée avec son reflet.

Marc : le monde a bien changé, aujourd'hui il y'a toutes ces choses luxueuses... À mon temps on se mirait lorsqu'on rencontrait une flaque d'eau quelque part. Aujourd'hui on a miroir géant... À mon époque...

Un éclat de rire survint derrière lui et il se retourna d'une demie pirouette. Sa fille aînée se rapprocha pour l'aider à être plus présentable. Elle savait son père vieux d'une quarantaine d'années et ne comprenait pas pourquoi il parlait d'époque alors que le miroir n'était qu'une invention du siècle dernier. Alima BOBO est son nom.

Alima : papa, il faut lire des bouquins sur l'histoire du miroir et tu comprendras qu'à ton époque, le miroir existait déjà depuis plus de cinquante ans... Tu as encore mis la cravate de travers, pourtant tu es devant le miroir.

Marc : avec tous les problèmes qui existent sur cette terre, je vais aller lire des livres sur le miroir ? Et puis où se trouve ta mère ? Je suis obligé de m'habiller seul comme ça à cause d'elle. Elle ne sait pas qu'une femme doit habiller son mari ? C'est pour venir me demander de l'argent après ça ?

Alima : elle habille les enfants. C'est toi même qui a dit qu'on devait être prêt avant huit heures.

Marc : donc elle préfère les habiller plutôt que de m'habiller ? Tout ça parce qu'elle a chassé la troisième femme de ménage.

Fatima : papa, il faut avouer que tu regardes trop le derrière de toutes les femmes de service qu'on prend ici. Il faut un peu changer ce comportement. Ça met maman mal à l'aise et du coup elle se met à les détester.

Marc : c'est elle qui se fait des idées pour rien. Elle est bien trop jalouse. Et puis même pourquoi est-ce que tu t'en melles ? Ça te concerne en quoi ? Tu as quel âges pour parler des histoires des grands ? Hein ?

Alima : on va chercher une autre femme dès la semaine prochaine. Moi même je vais m'assurer que tu te tiennes bien avec elle. C'est d'abord une mère qu'on va prendre.

Marc : vous cherchez également l'argent pour la payer. Il y'a les jeunes filles partout qui chôment, vous voulez mettre une mère dans ma maison ? Ta mère ne me laisse pas, tu veux ajouter une autre mère ? Mon argent ne finance pas la qualité la.

Alima : voilà... J'ai fini avec ta cravate. Tu es beaucoup mieux ainsi. On doit déjà partir. Maman et les jumeaux sont certainement déjà prêts.

Marc : démarre la voiture et installez vous. Je discute un peu avec ta mère et on vous rejoint. Dis lui de me retrouver dans la chambre.

Alima : d'accord papa, il ne faut pas oublier de prendre nos billets d'invitation.

La jeune dame s'en alla, remuant ses petites fesses dans sa tenue moulante et attirante. Marc regardait sa fille et souriait au ciel, heureux de la voir heureuse. Sa conversation avec son épouse concernait la nouvelle femme de ménage qui devait absolument être recrutée dans les trois jours qui suivaient...

À plusieurs dizaines de kilomètres de la résidence BOBO, dans une maisonnette faite de terre rouge battue au toit empaillé, aux deux minuscules fenêtres en bois et à la mince porte basse, vivait une petite famille pleine de vie et de joie malgré la situation financière plus que précaire.

Les herbes vertes qui bordaient la maison étaient d'une part le reflet de cette situation assez courante dans la contrée et d'autre part le résultat d'une paresse sans égale de cette jeune dame aux courbes mignonnes, tenant en main un bout de couteau qui devait l'aider à tailler les mauvaises herbes.

Du haut de ses vingt et cinq années de vies, Robyn avait les mains nouées autour de ses hanches, le visage froissé et une colère qui grimpait de plus en plus. Elle se murmurait sa rage à elle même en faignant de travailler à chaque fois qu'un coup de vent donnait l'impression que la porte allait s'ouvrir.

Robyn : tous les jours, on me traite de bonne à rien mais dès que je trouve un petit travail, on refuse que j'aille postuler. À la place, je dois couper les herbes avec le couteau. Tout ça pour que je n'aille pas à la fête de tout à l'heure alors qu'on m'a donné une invitation pour venir être serveuse. Un pointage comme ça, elle refuse parce qu'il y'a la famille BOBO là-bas. En tout cas... Personne n'est venu sur terre vivre dans la pauvreté. Je vais y aller. Je vais sauf que y aller...

Ses murmures semblaient traverser les murs car elle avait entendu sa mère y répondre d'une voix plus colérique que la sienne. Ma'a Jacqueline, une femme de la quarantaine, encore pimpante et répondante, était la mère de Robyn et de trois autres enfants cadets. Après avoir collé son oreille à la minuscule fenêtre de l'intérieur pour entendre les murmures de sa fille aînée, elle ne pouvait rester indifférente. Elle avait décidé d'y répondre avec ce tong froid et grondant dans mères aux couleur d'ébène.

Ma'a Jacqueline : FINIS DE FAIRE LES MURMURES, TU ME NETTOIE LES ALENTOURS DE LA MAISON. TU NE VAS PAS TRAVAILLER POUR CETTE FAMILLE ET TU N'IRAS PAS À CETTE SOIRÉE. OU JE SUIS TA MÈRE, OU JE NE SUIS PAS TA MÈRE. C'EST PAR MES FESSES QUE TU ES SORTI, C'EST DANS MON VENTRE QUE JE T'AI PORTÉ ET TANT QUE TU SERAS DANS MA MAISON, C'EST MOI QUI VAIS PRENDRE LES DÉCISIONS POUR TOI. CHERCHE LE TRAVAIL AILLEURS.

en écoutant les dires de sa mère, Robyn avait tellement serré le couteau dans sa main qu'elle s'était tranchée le doigt. Elle avait tout de suite lâché l'ustensile avant de porter son doigt dans la bouche tout en répondant à sa mère sous le même tong.

Robyn : JE VAIS ALLER À CETTE SOIRÉE ET JE VAIS POSTULER POUR CET EMPLOIE. TOI MÊME TU SAIS QUE TOUT CE QUE TU FAIS, C'EST DU PERD TEMPS. LA FAMILLE BOBO EST UNE GRANDE FAMILLE, ILS SONT RICHES ET TRÈS RESPECTUEUX. IMAGINE ON ME PREND LÀ-BAS, ON NE VA PLUS JAMAIS MANQUER DE NOURRITURE. ON AURA PLUS À MANGER UNIQUEMENT LES PETITES MIETTES QU'ON MANGE ICI. MAMAN, POURQUOI EST-CE QUE TU REFUSES MÊME ? TU M' AS DIT DE TROUVER UN JOB DESCEND ET C'EST CE QUE JE SUIS EN TRAIN DE FAIRE.

Ma'a Jacqueline : C'EST À MOI QUE TU RÉPONDS COMME ÇA ? LES MIETTES ? LES MIETTES QUE JE T'AI NOURI AVEC ? LES MIETTES QUE JE NOURRIS TES FRÈRES ET SŒURS AVEC ET MÊME TON ENFANT SANS PÈRE ? HEIN...

Robyn : non maman... Ne prend pas ça comme ça... Je ne voulais pas parler dans ce...

Ma'a Jacqueline : tu as déjà tout dit et j'ai déjà tout compris. J'ai compris que la vie est ainsi faite et que l'ingratitude est dans la nature humaine. Attends que ton père rentre du travaille, je vais tout lui raconter. Moi ta mère, je te parle et toi tu réponds jusqu'à dire qu'on vit de miette. On va voir les miettes que tu vas manger aujourd'hui. Considère que les miettes sont finies.

Robyn n'était guère touchée par les mots de sa mère. Elle était habituée à la voir s'emporter pour un mot de trop ou mal positionné. Elle abrégea la conversation qui venait de tourner au vinaigre et se mit à couper les herbes en pensant à sa vie sans dessus dessous. N'eut été sa force de caractère, elle aurait pu tomber dans toutes formes de dépressions profondes mais elle tenait le coup.

À son âge, toutes jeunes femmes auraient aimé avoir un travail stable, une mari ou un fiancé avec ou pas d'enfant. Au sien, elle n'avait que ces herbes à couper comme travail et un jeune garçon de cinq ans sans géniteur, ou plutôt au géniteur perdu dans la nature. Le cœur de la jeune dame saignait à chaque fois qu'elle se commémorait sa petite histoire d'amour. Jusqu'à ce jour, elle n'avait toujours pas fait le point. La trahison dont elle pensait avoir été victime était encore fraîche dans son cœur. Elle vivait avec une rage sans pareille qui allait être la porte d'entrée du monde obscure en elle.

En taillant les herbes épineuses, elle se revoyait galoper au cheval avec son bel amoureux sous la lune de minuit en pleine plage, après avoir fugué de la maison depuis plusieurs jours. Elle se revoyait, à ses vingt ans, se donner à lui au petit matin de quatre heures, jouissant de toutes les promesses qu'il murmurait dans son oreille en lui faisant ardemment l'amour. Les souvenir de la bague de fiançaille étaient encore frais dans sa tête, elle ne comprenait toujours pas à quel moment tout avait basculé.

Perdu dans ses pensées, elle ne s'était pas rendu compte à quel moment de toutes petites mains s'étaient nouées autour de son cou. Avant qu'elle n'eut le temps de se retourner, le petit enfant avait bondi sur son dos, hurlant de joie. Elle se leva avec lui en essuyant sa goutte de larme et en le suppliant de descendre de son dos.

Robyn : Bobi, descend tout de suite... Je t'ai déjà dit de ne pas me déranger quand je travaille. En plus j'ai le couteau en main.

Bobi : maman, attend je reste encore un peu. Tu sais que ton dos ça fait comme le cheval. Un jour je vais acheter une gros gros gros cheval et je vais courir sur la plage avec et je vais te porter derrière.

Elle ne pouvait nier l'évidence. Tant sur le visage que dans la nature profonde, cet enfant était une copie conforme de son géniteur. En lui, elle le voyait. Elle aurait pu le détester mais le trop plein d'amour d'une mère avait pris le dessus. Elle lâcha son couteau et renvoya ses bras à l'arrière pour le soulever et le mettre à son aise.

Robyn : je te laisse sur mon dos pour quelques minutes à une seule condition.

Bobi : maman, demande moi même la lune. Je vais fabriquer l'échelle pour aller chercher ça. Même le soleil hein, je vais venir avec.

Robyn : après tu vas m'aider à tailler mes herbes avant d'aller te laver.

Bobi : maman... Je veux bien tailler les herbes mais... Me laver? Yoill maman... Ça va enlever tout le remède de mes yeux. En plus ça va aussi glacer tout mon corps et...

Robyn : descend alors vite...

Bobi : ça va alors, je vais me laver mais petit seulement hein.

Après avoir fait le tour de la cour avec son bout d'homme sur son dos, elle le posa, essoufflée. Il prenait de l'âge et du poids. Il n'était plus le petit enfant avec qui elle faisait le tour du quartier à vendre de tout pour survivre.

Robyn : voilà... Tu es bien rester sur mon dos. Maintenant, tu dois travailler avec moi. Ne coupe pas les herbes qui piquent hein.

L'enfant se baissa tout doucement, tendant ses bras à l'avant pour chercher l'herbe sans jamais baisser la tête. Il tatait pour les ressentir, sous le regard attristé de sa mère. Elle avait beau serrer le cœur pour vivre avec, elle ne comprenait pas pourquoi malgré sa situation des plus pitoyables, le seigneur lui avait fait don d'un petit ange aveugle.

Bobi : maman, je sais que tu me regardes au lieu de travailler. Je sais que tu es aussi en train de penser à mes yeux. Pourtant je t'ai déjà dit que même si je ne vois pas avec mes yeux, je peux voir avec toutes les autres parties de mon corps. Tu crois que je fais comment pour savoir que tu me regardes ? Hein ? Maman même quand je dors hein, je vois tout.

Robyn esquissa un léger sourire, baissa la tête pour taire sa larme avant de continuer le travail. Avec son fils, elle avait rendu la grande cour plus propre que jamais. Alors qu'il fallait couper les toutes dernières herbes, le téléphone de Robyn avait sonné. Elle s'était faite discrète pendant un court instant, laissant son couteau sur place.

Bobi baladait ses mains sur le sol et rencontra le couteau. Il l'avait ramassé bien que sachant qu'il n'en avait pas le droit. Il l'avait rapproché de ces dernières herbes sans prendre le temps de se rassurer qu'elles n'étaient pas épineuses. Dans l'excitation de finir le travail pour obtenir des applaudissements de la part de sa mère, il avait envoyé les mains dans la touffes d'épines. La déchirure sur les mains l'avait fait revenir brusquement et la panique lui avait fait lâcher le couteau sans manquer de se trancher la paume. Ne supportant pas la moindre douleur, il avait poussé un hurlement de détresse à l'endroit de sa mère.

Bobi : MAMANNNNN J'AI DÉCOUPÉ MES MAIN

Le téléphone lui était tombé des mains pendant qu'elle se retournait vers lui. Découvrant que les mains de son fils signaient en abondance, elle l'avait accompagné dans ses cries, alertant sa mère et une bonne moitié du quartier.

Robyn : maman... MAMANNNNN... VIENS VITE... Bobi... Qu'est-ce que tu as fait ? Tu saigne partout...

Bobi : maman ce n'est pas moi, c'est le couteau. Je ne voyais même pas et c'est venu me couper seulement. Maman ça fait trop mal.

Ma'a Jacqueline qui avait perçu la situation de loin avait fait un tour au champ pour y cueillir les herbes qu'il fallait. Elle les mâcha et dès qu'elle fut devant l'enfant, elle les cracha et les oignit sur les mains de celui-ci. Les saignements s'arrêtèrent tout de suite.

Robyn : je lui ai pourtant interdit de...

Ma'a Jacqueline : quitte là... Tu appelles ma nourriture les miettes et dès que tu as un petit problème, on entend seulement Mamaaaa... Mamaaa... Passez à la maison.

Les étrangers qui étaient restés à quelques mètres de la scène s'éloignaient un à un lorsque le regard foudroyant de Ma'a Jacqueline croisait le leur. Tout le monde la craignait et la respectait.

Ma'a Jacqueline : vous regardez quoi ? Vous n'avez pas de vie ? On vous a dit qu'on partageait le riz sauté ici ?

Elle se rendit compte que certains, un peu plus têtus, étaient toujours sur place.

Ma'a Jacqueline : vous êtes toujours là ? je ramasse le cailloux ?

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