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Couverture du roman Entre Ses Millions et Son Cœur

Entre Ses Millions et Son Cœur

Engagée comme nounou chez Connor, un père célibataire richissime et austère, Jane découvre un homme marqué par la vie derrière une façade de réussite. Malgré ses règles strictes, leur quotidien s'illumine au contact de la jeune femme. Entre les murs de cette demeure luxueuse, une complicité interdite s'installe, mêlant désir et respect. Jane saura-t-elle briser la solitude de ce millionnaire pour transformer ce lien professionnel en une véritable histoire d'amour ?
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Chapitre 1

« Mon cœur t'appartient. Dans cette vie et dans toutes les autres. »

Les mots flottent dans ma tête comme une musique douce. Je me plais naïvement à croire qu'ils viennent de Luka Arino, le meilleur ami de mon frère.

D'après ma copine la plus expérimentée, il est totalement normal de penser souvent à un crush. Mais la fréquence à laquelle je songe à lui est effarante. Je parie qu'en disséquant mon cerveau, on y trouverait bien plus d'images de ses yeux verts et de son sourire enjôleur que de mes cours scolaires. Une langueur s'est invitée dans mon esprit dès notre premier été ensemble il y a trois ans. Depuis, elle s'accompagne d'une avide envie de le revoir et... de lui plaire. Il est évident qu'il dépasse le simple crush. Je ne rêve que de lui. Sous toutes les coutures de sa personnalité et tous les angles parfaits de son corps.

Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis inventé des scénarios dans lesquels nous dormons ensemble. J'aime m'imaginer dans ses bras, en particulier les nuits de pluie comme celle d'hier. En général, j'ouvre légèrement la fenêtre pour laisser le bruit et l'odeur des gouttes se faufiler dans ma chambre ; je me couche sous mes draps et prétends que les bras de mon énorme nounours sont les siens, que c'est sa chaleur qui me berce sous la couette. Je lui confie mes doutes d'ado impopulaire et mes envies futures pendant qu'il me serre contre lui et m'écoute sans me juger. Puis au réveil, je m'imagine qu'il relève mon menton, place délicatement une mèche de mes cheveux derrière mon oreille rougie d'embarras, coule ses yeux amoureux dans les miens et rapproche ses lèvres sensuelles pour les joindre aux miennes.

Ce matin ne fait pas exception. Éveillée mais les paupières fermées, je mime la scène de ce premier baiser que je ne visualise qu'avec lui.

Mon fantasme habituel est subitement interrompu par de larges doigts froids qui enserrent le contour de ma bouche et la tirent en avant. J'ouvre brusquement les yeux.

La vision de deux tentacules me fait les écarquiller davantage. Je balance vivement la tête de droite à gauche pour me libérer de l'emprise des doigts maléfiques. Aussitôt fait, je laisse échapper un cri qui brise d'un coup le ronronnement de Dipsy, ma chatte qui était venue s'endormir sur mon lit un peu plus tôt.

–               Teddy ! T'es stupide !

D'un geste plus résolu que fort, je pousse mon grand frère et l'escargot qu'il a mis en face de mon visage. Il ricane comme l'abruti qu'il est.

–               C'est mon anniversaire, me rappelle-t-il. J'ai le droit de faire ce que jeveux et tu sais que ce que je préfère, c'est te taquiner.

Il a toujours le droit de faire ce qu'il veut, de toute façon. Je retire d'un mouvement sec la couette pour m'en extirper, oubliant notre animal de compagnie qui se retrouve en dessous.

–               Grandis un peu, Ted ! le sermonné-je avec lassitude.

J'ai l'habitude de ses blagues hautement douteuses, mais elles ne me font plus rire depuis longtemps. Je n'ai peut-être pas d'humour, mais je ne trouve pas marrant de se retrouver les chaussettes collantes un lundi matin parce que mon grand frère a eu l'élégante idée d'enduire l'intérieur de mes chaussures de miel. Ou encore de finir en retenue, car ce diablotin a mis un réveil pour qu'il sonne pile-poil lors de mon cours d'anglais, en utilisant évidemment une chanson coquine. Je me rappelle encore le déni dans lequel j'étais plongée, ne comprenant pas moi-même d'où pouvait provenir le « I could fuck you all the time » qui résonnait dans ma salle de classe. Puis est venue la recherche de mon téléphone dans mon sac, et l'embarras qui glapissait en moi à mesure que les paroles redoublaient de vulgarité. Je l'ai sorti au moment où le rappeur a cru bon de nous révéler d'une mélodieuse et intelligible voix : « My dick is a pen, it's written all over her face1. »

J'ai su que c'en était fini de moi lorsque, les mains sur les hanches, M. Polpo m'a dévisagée et m'a demandé de lui en dire plus sur le genre de stylo dont parle la musique.

Devant les rires gras de mes camarades, j'ai fait ce que toute élève normale aurait fait : j'ai glissé comme un invertébré de ma chaise et feint de m'évanouir. Je ne comprends pas pourquoi ça n'a pas marché. Le soir même, je me chopais une heure de colle.

Chaque fois que je pense à cet incident, un frisson d'embarras me parcourt.

Je déteste mon grand frère.

En plus d'avoir hérité de tous les bons gènes de la famille, ce qui lui confère une popularité énervante au lycée, il s'amuse à me tourmenter, moi, sa sœur, invisible quatre-vingt-dix pour cent du temps.

Les dix pour cent restants ? Ça n'arrive que lorsqu'une de ces filles veut que je fasse la messagère auprès de lui. Après maintes parades en tout genre pour attirer son attention, elles viennent placer leurs derniers espoirs en moi. Je suis persuadée d'avoir reçu beaucoup plus de lettres que Harry Potter dans le premier film, sans parler des invitations qui ne m'incluent pas.

Une fois, il m'a demandé d'ouvrir une des enveloppes pour lui et j'ai honteusement cédé à la curiosité. Tina Tunder, la capitaine de l'équipe de foot féminin, y avait glissé des photos coquines d'elle. Ça doit être le seul truc qu'il a eu la vicieuse délicatesse de garder. Tout en me précisant fermement : « Ne fais jamais ça, Cherry. Tu es une fille bien, toi. »

J'ai baissé les yeux et approuvé doucement de la tête. C'est ce qu'ils disent tous : mes parents, mes grands-parents, mes oncles, mes profs, Teddy. Évidemment, je les crois, mais... plus je grandis, plus j'ai des doutes.

Une fille bien ne jalouserait pas les formes plantureuses de Tina ni le courage qu'elle a eu de prendre des photos aussi érotiques de chaque partie de son corps pour les offrir à un homme. Je ne suis une fille bien que parce que je n'ai pas la confiance ou l'audace d'être autre chose.

Je déteste mon corps.

Ma paume entrave le bâillement qui sort de ma bouche. Naïvement, les sens encore lourds de somnolence, j'ouvre en grand la porte de ma chambre et n'ai pas le temps d'éviter le pot rempli de liquide glacé qui me tombe dessus. Le rire de mon frère retentit de plus belle. Une fureur sourde gronde dans tout mon corps.

Je remarque l'escabeau dans le couloir et comprends qu'il a dû entrouvrir la porte quand j'étais encore couchée, et s'en servir pour placer le seau en équilibre sur la porte depuis l'intérieur de la chambre. Quand il s'agit de me torturer, rien ne l'arrête.

–               Ce n'est pas drôle !

Rien ne sert de parler avec lui. Je m'essuie les yeux, me précipite vers les marches, que je dévale deux par deux, et me dirige vers la cuisine, dans laquelle je suis sûre de trouver mes parents. Le premier des deux que j'aperçois, c'est mon père, les cheveux en bataille, une chemise avec des soleils sur le dos, en train de manger des pancakes. Dès qu'il me voit, il plaque sa paume en dessous de son nez, signe évident qu'il se retient d'éclater de rire. Pas longtemps, cela dit.

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