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Couverture du roman Balade en terre sainte

Balade en terre sainte

À travers le regard d'Alexandre, ce roman nous plonge au cœur de Bruxelles à la fin du XXe siècle. Véritable hommage à la capitale et ses dix-neuf communes, le récit suit une déambulation urbaine de la Grand-Place à Ixelles, en passant par Matonge et Saint-Gilles. Norbert Bosdeveix-Calla-Greco signe ici une œuvre où se mêlent tragique, résilience et amitié. Cette balade romantique explore la mémoire d'un passé proche, célébrant l'âme unique de chaque quartier bruxellois.
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Chapitre 2

Nous y étions allés il y a une dizaine d’années en vacances et revoir à la télévision les plages et les rues de cette commune du Calvados paraissait invraisemblable à mes parents. Je repartis aussitôt dans ma chambre légèrement agacé et impatient de retrouver la chaleur et le confort de mon lit.

Mon périmètre de vie se résume à la Belgique. Je n’ai jamais quitté mon pays, mis à part quand j’étais enfant et que nous partions l’été en vacances chez nos voisins français.

La Région de Bruxelles-Capitale est pour moi une Terre sainte remplie d’ondes positives et peuplée de bonnes âmes. Elle est sainte par sa bonté d’âme et par la chaleur humaine qu’elle procure. Bien sûr, je ne suis pas complètement naïf, la nature humaine peut être détestable et la capitale n’est pas épargnée. Cependant, elle reste fraternelle, débonnaire, chaleureuse et attendrissante. Pour toutes ces qualités, la Région de Bruxelles-Capitale est comparable à une sainte… une sœur Emmanuelle façonnée de pierres, de verdure et doublée d’un esprit charitable. Elle sait réchauffer les cœurs et divertir les âmes en peine.

J’aime errer dans ses ruelles, m’y perdre et m’y noyer jusqu’à plus pied. M’enivrer dans la rue des Brasseurs, bifurquer par la rue des Pierres. Sentir sous mes pieds les pavés de la rue des Harengs n’a pas son pareil. J’adore me fondre dans l’avenue de la Toison d’Or et m’imprégner de son effervescence, de ses odeurs et de ses humeurs. L’avenue Louise avec ses clinquantes vitrines, élégante et bourgeoise, ne me laisse jamais indifférent tant elle est irrésistible.

Le quartier africain Matonge, tout près de mon domicile, enclavé entre la chaussée de Wavre, la chaussée d’Ixelles et la rue de la Paix est ma deuxième demeure. Je vais souvent m’y balader et boire un verre chez mon ami Adélard Mayeto surnommé doudou. Actuellement, il y tient un bar mais a un beau et grand projet pour le futur. En effet, il souhaite dans quelques années retourner au Zaïre pour financer un dispensaire. C’est un humaniste au grand cœur.

Me détendre et flâner dans ses nombreux parcs me procure plus d’apaisement que tous les anxiolytiques réunis. Le parc, face au palais Royal, à quelques foulées de la station de métro Porte de Namur est mon lieu favori pour aller courir. Le parc Josaphat longeant le boulevard Lambermont à Schaerbeek est un havre enchanteur. Il est inspirant pour les artistes et une jeunesse parfois en perte de repères. Le square du Petit Sablon, mitoyen avec la rue de la Régence, est un charmeur hypnotisant. Sa fontaine sculptée laisse ériger les statues des comtes d’Egmont et de Hornes et son jardin est élégamment fleuri.

Et comment ne pas évoquer le Jardin Botanique, niché sur la commune de Saint-Josse-ten-Noode, si apaisant et charismatique. Il est évident que son accès par la rue Royale n’est pas le fruit du hasard.

La place Eugène Flagey, tout près des étangs d’Ixelles, est renversante et débordante de vie avec ses marchés et ses cafés. Quant à la place De Brouckère convoitée par la rue du Fossé aux Loups et par le boulevard Adolphe Max, la belle n’est plus à présenter… le grand jacques Brel l’a immortalisée dans sa chanson Bruxelles

C’est une joie sans cesse renouvelée que d’emprunter la rue de l’Hôtel des Monnaies entre mon domicile familial rue de Stassart et la commune de Saint-Gilles où se trouve le Florentin. Toutes ces artères sont populaires, colorées et enivrantes

La Région de Bruxelles-Capitale avec ses dix-neuf communes est un joyau de singularité et de mixité. La commune de Bruxelles quant à elle est défigurée par endroit, pas excessivement belle, mais d’un charme infini, tellement séduisante et populaire. Bruxellesde Dick Annegarn et Bruxellesde Jacques Brel évoquent le rayonnement de cette cité singulière. Elle est indissociable et complémentaire des dix-huit autres communes pleines de caractère qui sont Anderlecht, Auderghem, Berchem-Sainte-Agathe, Etterbeek, Evere, Forest, Ganshoren, Koekelberg, Jette, Ixelles, Saint-Gilles, Molenbeek-Saint-Jean, Saint-Josse-ten-Noode, Uccle, Schaerbeek, Watermael-Boitsfort, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre.

Il est bientôt quatorze heures, je m’apprête à quitter mon poste quand j’aperçois mon meilleur ami Michel qui me fait de grands signes de dehors. Je lève la main dans sa direction pour lui faire comprendre que je l’ai vu et que je vais le rejoindre. Malgré son bégaiement et son diabète, il ne se plaint jamais. Il a un humour absurde redoutable et est toujours prêt à rendre service. C’est mon meilleur ami, un ami fraternel de longue date. Nous étions à la crèche ensemble et déjà les meilleurs complices du monde. Je sors du Florentin, je m’approche de lui et m’aperçois vite, le connaissant bien, qu’il est surexcité. Le sourire jusqu’aux oreilles, il m’annonce que Minaa est garée dans la rue d’à côté et nous attend dans sa voiture pour aller à Breda. Il ajoute qu’un nouveau coffee shop vient d’ouvrir et que c’est l’occasion de fumer du bon cannabis et de passer un bon moment.

L’idée d’aller dans un coffee shop à la frontière Hollandaise ne m’inspire guère mais celle de retrouver Mimi et sa sœur Minaa me réjouit aussitôt. Bien qu’étant surpris par la destination et la dégustation choisies, j’accepte avec joie. Je ne peux rien leur refuser à ces deux-là.

Dans la voiture, nous nous racontons brièvement nos journées respectives. Les plaisanteries fusent de toutes parts tel un feu d’artifice un soir de fête nationale. Michel nous explique s’être inscrit sur un site de rencontres réservé aux personnes bègues. Il nous précise qu’il a sympathisé par échange de messages sur le site pendant trente minutes avec une certaine Simone. Et il ajoute que le temps économisé est une aubaine car ça aurait pris trois heures s’ils avaient dû faire connaissance oralement. Il est fier de sa blague, le bougre, et il n’a pas tort car elle nous fait rire. De toute façon, il y a quelque chose dans son ton et ses mimiques d’irrésistiblement drôle et d’une profonde humanité. Minaa, étudiante en psychologie, de deux ans son aînée, a toujours été sa protectrice tout comme sa complice. Elle est souvent avec Michel et moi, nous sommes un trio inséparable. Et comment vous dire, j’en suis ravi, voire comblé car comme l’écrit admirablement Michel Legrand «Elle fait tourner de son nom tous les moulins de mon cœur». La belle est malicieuse, délicate, spontanée, rayonnante et pleine de charme. Malgré toutes ses qualités, je ne lui ai jamais avoué mes sentiments car je ne veux pas gâcher une si belle amitié. Seul Michel est au courant de mon émoi pour sa sœur, il s’en était rendu compte de lui-même et je lui ai confirmé. Cependant, je lui ai fait promettre de ne rien dire. Le moment viendra un jour j’espère, mais je préfère attendre des signes de sa part me dévoilant une réciprocité amoureuse. Dévoiler ses sentiments, c’est se mettre à découvert et je n’y suis pas encore prêt. Assis sur la banquette arrière, j’aperçois les courbes de son visage dans le rétroviseur et en termes d’équivalence, j’ai l’impression de contempler un magnifique coucher de soleil. Le plus difficile étant de rester discret pour qu’elle ne réalise pas ma grande sensibilité à son égard.

À la périphérie de Bruxelles, à mon grand étonnement nous ne prenons pas la direction de la Hollande. Je questionne alors mes deux comparses qui finissent par m’avouer leur mensonge : ils n’ont pas prévu d’aller en Hollande mais sont décidés à passer le week-end à Ostende sur la mer du nord. Leur tante y possède un appartement et leur prête pour l’occasion. Reprenant le travail au Florentin le lundi matin, je peux aisément passer deux nuits sur la mer du nord. La perspective de cette belle parenthèse avec mes deux blagueurs préférés attise encore davantage mon sourire et ma bonne humeur du moment.

Nous écoutons les Beach Boys accompagnés de l’orchestre philharmonique du moteur diesel de la 106 Peugeot. La mer, la plage, un repas quelque peu alcoolisé, les yeux de Minaa, sa présence, la bienveillance de Michel, toutes ces choses et toutes celles auxquelles je ne pense pas, sont autant de raisons qui me ravissent. Nous chantons avec quelques approximations dans la tonalité et les paroles, mais avec beaucoup d’autosatisfaction et d’autodérision.

Je regarde, de temps à autre, défiler le paysage devant la vitre, dévoilant les modestes reliefs et l’apaisante verdure de notre plat pays. Cette succession d’images se poursuit inlassablement et berce en arrière-plan notre joyeux convoi.

Nous roulons à vitesse de croisière sur l’autoroute du bonheur quand soudain une voiture nous dépasse à vive allure, en nous frôlant, sans clignotant tel un ovni venu de nulle part. Elle passe tellement vite que je ne peux qu’apercevoir la couleur rouge de la carrosserie. Le bolide projeté à toute allure met fin à notre tour de chant calmant notre joyeuse ardeur et notre belle candeur. Minaa nous regarde d’un air entre le mécontentement et l’effroi en nous disant : –il est malade ce type!

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