Couverture du roman Balade en terre sainte

Balade en terre sainte

8.9 / 10.0
Dans Balade en terre sainte, suivez Alexandre à travers Bruxelles à la fin du XXe siècle. Ce modern novel explore la résilience et l'amitié entre la Grand-Place et Ixelles. Découvrez cette romance fiction books où chaque rue révèle un passé riche et des destins croisés.
Résumé de Balade en terre sainte
À travers le regard d'Alexandre, ce roman nous plonge au cœur de Bruxelles à la fin du XXe siècle. Véritable hommage à la capitale et ses dix-neuf communes, le récit suit une déambulation urbaine de la Grand-Place à Ixelles, en passant par Matonge et Saint-Gilles. Norbert Bosdeveix-Calla-Greco signe ici une œuvre où se mêlent tragique, résilience et amitié. Cette balade romantique explore la mémoire d'un passé proche, célébrant l'âme unique de chaque quartier bruxellois.
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Balade en terre sainte Chapitre 1

À Marie-Reine, Émilia, Lucien et Carmelo…

Bruxelles, Michel, Minaa, Carlo, Mariusz et moi

1

Inséparables…

Bruxelles, commune de Saint-Gilles, vendredi 6 juin 1997. La pluie et le vent agressent avec panache la devanture du café. À chaque assaut, j’ai le sentiment que l’entrée vitrée va exploser comme du cristal sur un sol carrelé. Des mètres cubes d’eau et des souffles dantesques se déversent sur les vitres du Florentin. Je suis aux premières loges, partagé entre la stupeur et l’émerveillement. Ce déluge m’effraie par sa violence et sa sauvagerie mais curieusement, je ne peux m’empêcher d’être ému et respectueux devant la grâce des éléments déchaînés. Je n’imaginais pas en venant travailler ce matin être confronté à un attentat naturel mêlant le sublime et l’effroyable.

Il est neuf heures et les quatre consommateurs à l’abri des intempéries bénissent le Florentin et leur sauveur. Il y a des moments comme celui-là dans la vie où on se sent l’âme d’un super héros sauvant l’humanité d’un ouragan meurtrier. Le serveur sauveur super héros du jour c’est moi, Alexandre Bertron. J’ai vingt ans, une gueule d’ange, les yeux verts et j’avoisine les deux mètres pour quatre-vingt-quatorze kilos. Comme tous les héros, j’ai aussi mes faiblesses : je suis un tantinet maladroit et un brin rêveur.

Assis au bar sur un tabouret, il y a J.P., J.P. pour Jean-Pierre mais tout le monde l’appelle J.P.. C’est un grand bonhomme assez maigre, toujours mal rasé avec sa casquette verte et blanche vissée sur la tête, été comme hiver. Il est sympathique et a toujours un bonjour et un sourire aimable quand il franchit la porte. Ce matin, il discute avec Étienne notre livreur de boissons à qui nous offrons un verre après chaque livraison. Les deux hommes évoquent leurs idées politiques et la façon dont est gouverné le pays. Ils déplorent la mentalité et l’esprit séparatiste des nationalistes flamands. Néanmoins, des éclats de rire jaillissent de leur conversation notamment quand J.P. imite de façon volontairement très caricaturale notre Premier ministre Jean-Luc Dehaene. J.P. est en grande forme ce matin et les deux hommes n’en finissent pas de faire les idiots. Toutefois, Étienne ne tardera pas à partir pour poursuivre sa tournée.

Deux femmes d’une trentaine d’années sont installées à une table au fond du bar. Elles sont arrivées à vive allure, les cheveux et le visage trempés, après s’être laissé surprendre par la tempête. La rousse peignée au carré a gardé sa fine doudoune rose et noire sur ses épaules. Elle frissonne encore malgré le chocolat chaud qu’elle boit. L’autre jeune femme à la longue chevelure blonde, buvant un combo, semble réchauffée. Elles regardent l’extérieur avec découragement, désespérant certainement que vienne une accalmie. Je n’ai pas le souvenir de les avoir déjà vus, c’est peut-être la première fois qu’elles entrent ici.

Il y a aussi ce vieillard énigmatique aux cheveux blancs, au regard mélancolique et à l’accent italien, qui semble perdu dans ses pensées. Il vient assez régulièrement portant toujours un costume, un tee-shirt noir et des baskets blanches. Mal rasé, sans jamais un sourire, il m’inspire pourtant de la sympathie. Il y a quelque chose de touchant dans son regard. J’y perçois beaucoup d’humanité. Il semble avoir tout perdu et paraît indifférent à ce qui l’entoure. Je me demande même s’il a remarqué qu’il y a une tempête à l’extérieur. Je l’imagine bien ancien expert-comptable ou contrôleur des impôts ou pire encore : retraité des pompes funèbres. En tout cas, il n’a pas l’air causant, c’est à peine s’il m’adresse la parole pour me demander un verre de vin blanc. Les deux clientes, rescapées des eaux, le scrutent discrètement du coin de l’œil en échangeant des sourires complices et moqueurs. Elles n’ont jamais dû voir un contrôleur des impôts croque-morts expert en comptabilité de près. Ainsi, les deux grandes attractions de ce vendredi matin sont la tempête et le vieil homme. Pour une fin de semaine, ça commence à faire beaucoup.

Finalement, vers midi, le déluge commence à faiblir, laissant derrière lui des abris bus, des vitrines extérieures, des voitures et des rues d’une propreté impeccable. Cette lessiveuse cyclonique, genre de tornade nettoyante à cet avantage d’être hygiénique. Ce matin, le Florentin se sera offert une séance musclée de lavage par ventilation naturelle et projection d’eau de pluie ; tel un diamant, il brille de mille éclats. C’est un café de quartier chaleureux, réputé pour ses concerts de jazz les jeudis soir et ses délicieux combos. J’ai beaucoup d’affection pour ce lieu dans lequel je travaille à mi-temps depuis trois ans. J’aime l’atmosphère qui y règne ; des gens de tout horizon et de toutes origines s’y croisent. Il a su traverser les années en gardant son identité et son âme. Le bar en bois massif lui donne un caractère bien trempé. Il est ossu, rassurant, convivial et on y sert les meilleurs combos de la Terre. Le combo est un volcan orgasmique : un fond de grenadine, une moitié de jupiler, un quart de limonade et un dernier quart de lait de soja. Il se consomme de préférence bien frais avec des glaçons.

Certains week-ends, je fais des infidélités au Florentin en travaillant en tant que portier au Fuse, une discothèque bruxelloise rythmée au son de la musique électronique.

Le mauvais temps du matin laisse la place à un après-midi plus clément sans rafale ni pluie battante. À treize heures, une bande d’étudiants est venue. Les quatre garçons et les deux filles d’une vingtaine d’années ont l’air de bien se connaître, se charriant à tour de rôle, usant de répartie et d’humour. L’un deux, le plus grand, s’est mis à faire des imitations et déclenche chez ses camarades un fou rire interminable. Les gars ont siroté leur bière pression et les filles leur combo. Ils ont apporté par leur bonne humeur un vent de folie au Florentin. C’est émouvant d’être le témoin privilégié du bonheur et de la légèreté de cette jeunesse bruxelloise.

La mélancolie et l’incompréhension sont elles aussi au rendez-vous, comme en témoigne ce vieil homme qui était encore présent au café ce matin. Les gens viennent consommer et amènent avec eux leurs humeurs, leurs personnalités, leurs besoins d’être écouté, de parler… ils insufflent de la vie. Ceci étant, la palette des humeurs se décline à volonté. Certains clients peuvent être adorables et d’autres exécrables.

Je me souviens de cette dame d’une cinquantaine d’années qui m’avait agressé verbalement l’année dernière en me reprochant d’être trop lent et maladroit. Certes, du haut de mes deux mètres, j’avais été gauche en renversant son thé sur son chemisier mais l’attente était due au grand nombre de clients ce samedi-là. J’avais répondu poliment à son agressivité et à ses reproches par des excuses sincères et un sourire embarrassé. Ma réponse avait provoqué chez elle des regrets concernant son impulsivité. D’ailleurs, elle revenait trois jours plus tard et m’offrait pour se faire pardonner une petite boîte de chocolats à la liqueur.

Ainsi va la vie au Florentin avec des rapports humains très souvent cordiaux, mais aussi parfois avec des tensions et des reproches.

J’ai une vie plutôt tranquille Eh bien rodée. Je m’autorise un sacro-saint rituel une fois par semaine, le jour variant selon mon emploi du temps professionnel. En effet, l’après-midi en question de quatorze à seize heures je suis injoignable : j’ai un plaisir récupérateur, je dors ! Ma chambre est alors fermée à double tour et mon portable éteint. Ces deux heures par semaine, je ne suis présent pour personne sauf bien sûr en cas d’urgence. À ce sujet, petit aperçu de la notion d’urgence pour mes parents chez qui j’habite : un mercredi après-midi, quatorze heures quinze, Pascale ma mère et Gilles mon père, affolés, frappent à la porte de ma chambre.

— Alex. Viens vite, viens vite, viens voir à la télé !

— Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Il y a un problème ? répondais-je inquiet et à moitié endormi.

— Viens vite, ha là là, viens vite voir ! dit ma mère.

Je me presse d’aller voir l’impensable, l’incroyable, le grave et l’urgent donc !

— Ha mince, ça vient de finir ! c’était un reportage sur Arromanches-les-Bains, s’exclame mon père déçu.

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Table des matières de Balade en terre sainte

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