
Un Mariage Imposé, Un Amour Retrouvé
Chapitre 2
Le silence de la grande maison était lourd, presque solide. Il pesait sur les épaules d'Alexandre Dubois plus que le deuil lui-même. Ses parents, son frère aîné, tous partis dans le fracas d'un accident de voiture. Il restait seul, à vingt-six ans, à la tête d'une start-up technologique prometteuse, mais surtout, héritier d'une entreprise familiale que beaucoup convoitaient.
Le manoir Dubois, autrefois vibrant de vie, n'était plus qu'un mausolée rempli de souvenirs. Chaque couloir, chaque pièce, chaque objet lui rappelait ce qu'il avait perdu. La solitude était une présence physique, un compagnon froid et constant.
Son oncle Marc et son cousin Théo ne perdaient pas de temps. Leur convoitise était à peine masquée par des condoléances hypocrites. Alexandre les sentait rôder, comme des vautours attendant que leur proie s'affaiblisse.
La situation était déjà un cauchemar, mais elle allait empirer.
Monsieur Lambert, le conseiller familial et seul homme de confiance qui lui restait, était venu lui apporter les dernières nouvelles du conseil d'administration. Il avait le visage grave des porteurs de mauvaises nouvelles.
« Alexandre, il y a un problème. »
La voix de Lambert était posée, mais Alexandre y décela une pointe d'urgence.
« Un autre ? » répondit-il, la voix rauque.
« Le conseil a exhumé un vieux décret, une clause dans les statuts de l'entreprise rédigée par votre grand-père. »
Monsieur Lambert posa une chemise en cuir sur la grande table du bureau.
« Pour hériter pleinement de la direction et sécuriser votre position de PDG, vous devez être marié. »
Alexandre le fixa, incrédule.
« Vous plaisantez ? C'est une condition sortie du Moyen Âge. »
« Je le crains, non. Votre grand-père croyait en la stabilité familiale pour garantir la pérennité de l'entreprise. Le conseil d'administration, poussé en sous-main par votre oncle, a décidé de l'appliquer à la lettre. Vous avez trois mois. »
Trois mois pour trouver une épouse et sauver l'héritage de sa famille. C'était absurde. C'était un piège, et il savait qui l'avait tendu.
Comme si le destin voulait ajouter l'insulte à la blessure, son téléphone vibra. Le nom de Chloé Martin s'afficha sur l'écran. Son ex-petite amie. Ils avaient rompu il y a six mois parce qu'il ne supportait plus son obsession pour l'argent et le statut social.
Il ignora l'appel, mais elle insista. À la troisième tentative, il décrocha, agacé.
« Qu'est-ce que tu veux, Chloé ? »
« Alex, mon chéri... »
Sa voix était mielleuse, faussement compatissante.
« J'ai appris pour tes parents et ton frère. Je suis tellement désolée, c'est une tragédie horrible. »
« Merci. »
Sa réponse fut sèche. Il n'avait pas de temps pour ça.
« Écoute, Alex, je sais que c'est un moment terrible pour toi. Et j'ai entendu parler de cette... condition... pour l'héritage. »
Bien sûr qu'elle avait entendu. Les nouvelles allaient vite quand l'argent était en jeu.
« Je suis là pour toi. On pourrait... se remettre ensemble. Se marier. »
Alexandre sentit un frisson de dégoût le parcourir.
« Je sais que c'est soudain, mais pense-y. C'est la solution parfaite. »
Elle marqua une pause, puis sa voix se fit plus dure, plus calculatrice.
« Bien sûr, il y aurait des conditions. »
« Des conditions ? »
« Oui. Je veux cinquante millions d'euros en dot, le manoir Dubois transféré à mon nom, et une pension mensuelle d'un million d'euros, que nous restions mariés ou que nous divorcions. »
Alexandre resta silencieux, stupéfait par l'audace de la demande.
« Et... » continua-t-elle, savourant son pouvoir apparent, « tu devras venir me chercher chez moi, à genoux, avec une bague en diamant de dix carats. Tu dois me supplier de t'épouser devant toute ma famille. C'est le minimum pour l'humiliation que tu m'as fait subir en me quittant. »
Le silence au bout du fil était glacial.
« Alex ? Tu es toujours là ? C'est une offre généreuse. Je te sauve, après tout. »
Le mépris dans sa voix était palpable. Elle ne le voyait pas comme un homme en deuil, mais comme une opportunité, un portefeuille sur pattes qu'il fallait presser.
Alexandre se leva et marcha jusqu'à la fenêtre. Il regarda le parc de la propriété, un domaine que ses parents avaient entretenu avec amour. Il se souvint des week-ends passés ici, de son père lui apprenant à jouer au football, de sa mère lisant dans le jardin, de son frère et lui faisant des courses jusqu'au vieux chêne. Cet héritage n'était pas seulement une question d'argent ou de pouvoir. C'était l'âme de sa famille. Il ne pouvait pas le laisser tomber entre les mains de gens comme son oncle, et encore moins le partager avec une femme comme Chloé. Il devait se battre, pour honorer leur mémoire.
« Je vais y réfléchir, » mentit-il d'une voix neutre.
« Ne réfléchis pas trop longtemps, Alex. Mon offre ne tiendra pas éternellement. Et entre nous, qui d'autre voudrait d'un orphelin sous pression ? »
Elle raccrocha, le laissant avec un goût amer dans la bouche.
Il se sentait épuisé, trahi. Il se dirigea vers la cuisine pour se servir un verre d'eau, le cœur lourd. En passant devant le petit salon, il entendit une voix familière, basse et conspiratrice. C'était Chloé. Elle n'avait pas raccroché. C'était un appel en attente. Elle parlait à quelqu'un d'autre.
« Ne t'inquiète pas, Théo. Il est dans la poche. Il est tellement désespéré qu'il acceptera n'importe quoi. »
Théo. Son cousin. Bien sûr.
« Tu es sûre ? Cinquante millions, c'est beaucoup. »
La voix de Théo était pleine de cupidité.
« C'est une base de négociation, idiot. Une fois que je serai Madame Dubois, on aura accès à tout. On le plumera petit à petit. Ton père prendra le contrôle du conseil d'administration et je le contrôlerai, lui. On sera les rois. Il faut juste qu'il me supplie à genoux. J'ai hâte de voir ça, ce sera ma petite vengeance. »
Un rire cruel suivit.
Alexandre sentit le sang se glacer dans ses veines. Ce n'était pas seulement de l'opportunisme, c'était un complot. Une trahison orchestrée par sa propre famille et la femme qu'il avait autrefois aimée.
Le verre d'eau lui glissa des mains et se brisa sur le parquet.
Le silence se fit dans le petit salon.
« Alex ? »
La voix de Chloé, soudain inquiète, sortit du téléphone.
Il ne répondit pas. Il raccrocha.
La douleur de son deuil était toujours là, mais elle était maintenant recouverte par une couche de glace. Une colère froide et lucide remplaçait le chagrin. L'image de Chloé, souriante et manipulatrice, et celle de son cousin, faible et avide, se superposèrent dans son esprit.
Ils l'avaient sous-estimé. Ils le prenaient pour un jeune homme brisé et facile à manipuler.
Ils allaient regretter.
Le choc initial laissa place à une détermination nouvelle. La tristesse qui l'avait paralysé se transforma en une énergie sombre et puissante. Il n'était plus seulement en deuil, il était en guerre. Et il n'avait pas l'intention de perdre.
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