Couverture du roman Entre DEUX FRÈRES : L'Élu de mon Cœur

Entre DEUX FRÈRES : L'Élu de mon Cœur

8.3 / 10.0
À 24 ans, Maeve se dévoue à son frère Elias jusqu'à sa rencontre avec Tristan, un riche héritier. Cette idylle se brise quand, enceinte, elle découvre la cruauté de cet homme qui l'humilie au manoir familial. L'arrivée de Nicolas, le frère cadet bienveillant, change tout. Une attirance naît alors qu'il la protège des abus de son aîné. Entre la toxicité de Tristan et l'espoir offert par Nicolas, Maeve affronte un lourd secret de famille et une guerre fratricide totale.

Entre DEUX FRÈRES : L'Élu de mon Cœur Chapitre 1

•••Maeve 

Six mois après l'accident...

Je pose mes mains tremblantes sur le comptoir froid de la cuisine. Le silence de cet appartement me ronge de l'intérieur, comme un cancer qui grandit chaque jour un peu plus. Six mois. Six mois que maman et papa ne reviendront plus pousser cette porte d'entrée en riant, les bras chargés de courses et de projets pour le weekend.

Le bruit de la clé dans la serrure me fait sursauter. Elias rentre du lycée, son sac traînant par terre derrière lui. À seize ans, mon petit frère a déjà les épaules voûtées d'un homme qui porte trop de poids. Ses yeux, autrefois pétillants de malice, sont devenus ternes, comme s'il avait oublié comment sourire.

- Salut » marmonne-t-il sans me regarder.

- Salut. Ça s'est bien passé aujourd'hui ? 

Il hausse les épaules et se dirige vers sa chambre. C'est toujours la même routine maintenant. Nos conversations se limitent aux nécessités : « As-tu fait tes devoirs ? », « Qu'est-ce qu'on mange ce soir ? », « N'oublie pas de mettre ton uniforme dans le panier de linge sale ». 

Jamais nous ne parlerons d'eux. Jamais nous ne prononçons leurs noms. Comme si les éviter pouvait diminuer la douleur qui nous déchire les entrailles.

Je retourne à la préparation du dîner, encore des pâtes, parce que c'est tout ce que notre budget nous permet. Mes mains bougent mécaniquement, versent l'huile dans la poêle, coupent les oignons. Mais mon esprit est ailleurs, six mois en arrière, dans cette soirée pluvieuse de février.

« On revient dans deux heures, ma chérie » , avait dit maman en m'embrassant le front. « Surveille bien ton frère. »

Ils allaient au cinéma. Papa avait insisté pour que maman sorte de la maison, elle qui travaillait trop depuis qu'elle avait ouvert son salon de coiffure. « Tu as besoin de te détendre, mon amour » lui avait-il dit en la prenant par la taille.

Je les revois encore, papa ajustant l'écharpe de maman avant de sortir, elle qui riait de ses prévenances. Ils étaient si heureux, si vivants. Ils ne savaient pas qu'un chauffeur ivre les attendait au carrefour de Long Street.

« Maeve ? »

La voix d'Elias me tire de mes souvenirs. Il se tient dans l'embrasure de la porte, son manuel de mathématiques à la main.

- Je... j'ai besoin d'aide pour les équations du second degré. 

Mon cœur se serre. Papa l'aidait toujours avec ses maths. Ils s'installaient à la table de la cuisine après le dîner, et papa expliquait chaque étape avec une patience infinie. « Les mathématiques, c'est comme la musique, mon garçon » , disait-il. « Une fois que tu comprends le rythme, tout devient fluide. »

- Bien sûr » dis-je en éteignant le feu sous la poêle. « Montre-moi ça. 

Nous nous asseyons côte à côte, et je m'efforce de me souvenir de mes propres leçons d'algèbre. Mais les chiffres dansent devant mes yeux, flous à travers les larmes que je retiens.

- Tu ne sais pas non plus, hein ? » murmure Elias.

Sa voix est si petite, si résignée. Je voudrais le serrer dans mes bras et lui dire que tout va s'arranger, que nous nous en sortirons. Mais les mots restent coincés dans ma gorge.

- On trouvera un moyen » je murmure finalement. « On trouve toujours un moyen. 

Il hoche la tête, mais je vois bien qu'il n'y croit pas plus que moi.

Après le dîner, des pâtes trop cuites et des légumes en conserve, je fais la vaisselle pendant qu'Elias regarde la télévision. Le bruit de fond ne remplit pas vraiment le silence, mais c'est mieux que rien. Au moins, cela nous évite de penser.

On frappe à la porte. C'est Mme Kotze, notre propriétaire. Une femme sèche aux cheveux gris tirés en chignon strict, qui me regarde toujours comme si j'étais une gamine qui joue à la dînette.

- Bonsoir, Mme Kotze » dis-je en ouvrant la porte. « Que puis-je faire pour vous ? 

- Le loyer, Maeve. Il aurait dû être payé il y a une semaine. 

Mon estomac se noue. J'avais espéré qu'elle l'oublierait encore quelques jours.

- Je sais, je suis désolée. J'attends ma paie de fin de mois. Je pourrai vous payer dans trois jours, c'est promis. 

Elle plisse les yeux, sceptique.

- C'est ce que tu me dis depuis deux mois. Écoute, ma fille, j'ai de la sympathie pour votre situation, mais je ne peux pas faire de charité indéfiniment. Si tu ne paies pas d'ici vendredi, vous devrez partir. 

Vendredi. Dans quatre jours.

- Vous ne pouvez pas nous laisser un peu plus de temps ? S'il vous plaît, nous n'avons nulle part où aller. 

- Ce n'est pas mon problème, ma fille. J'ai une famille à nourrir, moi aussi. 

Elle tourne les talons et redescend l'escalier, me laissant là, tremblante, avec le poids de ses mots.

Quatre jours.

Je ferme la porte et m'appuie contre le battant. Mes jambes menacent de me lâcher. Comment vais-je trouver mille neuf cents rands d'ici vendredi ? Mon salaire au restaurant ne suffit déjà pas à couvrir nos frais courants.

- Qu'est-ce qu'elle voulait ? » demande Elias depuis le canapé.

- Rien d'important » je mens. « Juste pour vérifier que tout va bien. 

Il me regarde avec cet air qu'il a développé ces derniers mois, trop mûr pour son âge, comme s'il pouvait voir à travers mes mensonges.

- Maeve... on va devoir déménager, c'est ça ? 

Je voudrais lui mentir encore, lui dire que tout va bien se passer. Mais je suis fatiguée de porter seule tous ces fardeaux.

- Peut-être » j'admets. « Mais on trouvera une solution. On en trouve toujours. 

Cette fois, il ne hoche même pas la tête.

Plus tard, quand Elias est couché, je m'installe sur le canapé avec mes factures étalées devant moi. Électricité : Quatre cents rands en retard. Eau : Deux cent cinquante rands. Épicerie : Six cents rands minimum pour tenir jusqu'à la fin du mois. Et maintenant, mille neuf cents rands de loyer.

Sur ma feuille de paie du restaurant « Le Jardin Secret » je gagne deux mille deux cents rands par mois. Après déduction des transports et des frais scolaires d'Elias, il me reste à peine de quoi nous nourrir.

Mes yeux se posent sur la lettre d'acceptation de l'université du Cap, pliée dans le tiroir du buffet. École de design graphique. Mon rêve depuis toujours. La lettre a été envoyée une semaine avant l'accident. Une semaine avant que ma vie bascule.

- Ma fille va devenir une grande artiste » disait maman avec fierté à toutes ses clientes. « Elle a un don, vous savez. Ses dessins sont magnifiques. »

Je replie la lettre et la range. Les rêves sont un luxe que je ne peux plus me permettre. Elias a besoin de moi. C'est tout ce qui compte désormais.

Mon téléphone vibre. Un message de James, mon collègue du restaurant.

« Salut Maeve. Diego cherche quelqu'un pour faire des heures supplémentaires ce weekend. Service de mariage. Ça t'intéresse ? »

Un service de mariage. Cela signifie de gros pourboires, peut-être assez pour couvrir le loyer. Je tape rapidement ma réponse.

« Oui, bien sûr. Dis-lui que je suis disponible. »

« Parfait. RDV samedi 14h pour le briefing. Prépare-toi, c'est un gros événement. Famille très riche.»

Famille très riche. Exactement le genre de clients qui laissent de généreux pourboires quand le service est impeccable. Je vais donner le meilleur de moi-même.

Je range les factures et vais vérifier qu'Elias dort bien. Il est recroquevillé sous sa couverture, son visage détendu pour la première fois de la journée. Dans son sommeil, il ressemble encore à l'enfant insouciant qu'il était avant.

Debout sur le seuil de sa chambre, je me fais une promesse silencieuse. Quoi qu'il arrive, je ne le laisserai pas tomber. Nous avons déjà perdu nos parents. Nous ne perdrons pas notre foyer.

De retour dans ma chambre, je m'allonge sur mon lit étroit et fixe le plafond. Dans l'appartement du dessus, les voisins se disputent encore. Dans celui d'à côté, un bébé pleure. Ces bruits qui m'énervaient avant me réconfortent maintenant. Ils me rappellent que nous ne sommes pas seuls dans cette ville, même si parfois j'ai l'impression que le monde entier nous a oubliés.

Demain, j'irai travailler au restaurant. Je sourirai aux clients, je prendrai leurs commandes, je ferai semblant que tout va bien. Parce que c'est ce qu'on fait quand on n'a pas le choix. On continue à avancer, même quand chaque pas fait mal.

Je ferme les yeux et essaie de m'endormir. Mais dans l'obscurité, je les entends encore, les voix de maman et papa qui résonnent dans cet appartement trop silencieux. Et je me demande combien de temps encore je pourrai faire semblant d'être assez forte pour nous deux.

Le sommeil finit par venir, peuplé de rêves où mes parents poussent encore la porte d'entrée en riant, où notre famille est entière, où demain n'est pas une montagne insurmontable à gravir.

Mais au réveil, la réalité m'attend toujours. Froide et implacable comme ce comptoir de cuisine sur lequel je pose mes mains tremblantes chaque matin, en me demandant comment nous allons survivre une journée de plus.

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