
Un Mariage Imposé, Un Amour Retrouvé
Chapitre 3
Alexandre retourna dans son bureau, le cœur lourd mais l'esprit clair. Le bruit du verre brisé résonnait encore à ses oreilles, symbole de la rupture définitive avec son passé et avec l'illusion d'affection qu'il avait pu nourrir pour Chloé. La réalité de la situation était crue, brutale. Il était seul, entouré d'ennemis.
Monsieur Lambert le regarda, le visage plein d'inquiétude.
« Que s'est-il passé, Alexandre ? Vous êtes pâle. »
« C'était Chloé, » dit Alexandre d'une voix dénuée d'émotion. « Elle a fait une offre. Et je l'ai entendue comploter avec mon cousin Théo. »
Il raconta brièvement la teneur de la conversation, les conditions humiliantes, le plan pour le dépouiller de tout. Le visage de Monsieur Lambert s'assombrit.
« Ces gens n'ont aucune décence. »
« Ils n'ont aucune limite, » corrigea Alexandre. « Ce qui signifie que nous ne devons en avoir aucune non plus. »
L'urgence de la situation revenait le frapper de plein fouet. Le délai de trois mois fixé par le conseil d'administration n'était plus une contrainte abstraite, c'était un compte à rebours avant sa propre dépossession. Chaque jour qui passait était une victoire pour son oncle Marc et ses complices. Il devait agir, et vite.
« Le mariage... » commença Monsieur Lambert. « C'est notre seule option viable pour le moment. Mais avec qui ? »
Alexandre fit les cent pas dans le bureau. Les agences matrimoniales ? Trop risqué. Une annonce ? Impensable. Il avait besoin de quelqu'un de fiable, quelqu'un d'inattaquable. Mais qui ?
Soudain, une idée folle, un souvenir enfoui, remonta à la surface. Une histoire que son grand-père lui racontait parfois.
« Monsieur Lambert, mon grand-père a-t-il déjà fait des affaires avec une famille du nom de Chevalier ? »
Le conseiller familial fronça les sourcils, cherchant dans sa mémoire.
« Chevalier... Oui, bien sûr. La famille Chevalier. Des titans du commerce international. Votre grand-père et le vieux Monsieur Chevalier étaient de grands amis, presque des frères. Mais... ils se sont perdus de vue après un désaccord il y a de nombreuses années. Pourquoi ? »
« Mon grand-père m'a parlé d'un pacte, d'une promesse. Une sorte de... contrat de mariage entre nos deux familles, pour sceller une alliance commerciale. Il disait ça en plaisantant, mais... et si c'était vrai ? »
L'idée semblait tirée d'un roman d'un autre siècle, mais dans sa situation désespérée, Alexandre était prêt à explorer toutes les pistes.
« Un contrat de mariage ? » Monsieur Lambert semblait sceptique, mais intrigué. « C'est hautement improbable, Alexandre. Mais... tout est possible avec votre grand-père. Laissez-moi vérifier dans les archives. »
Pendant que Monsieur Lambert se plongeait dans les vieux registres poussiéreux conservés dans le coffre-fort du bureau, Alexandre attendait, le cœur battant. C'était un espoir mince, presque ridicule, mais c'était un espoir.
Après ce qui parut une éternité, Monsieur Lambert revint, tenant un vieux document jauni à la main.
« Je n'arrive pas à y croire, » murmura-t-il. « C'est bien réel. Un accord de fiançailles, signé par votre grand-père et Henri Chevalier. Il stipule que 'le premier héritier apte de la génération d'Alexandre Dubois' s'unira à 'la première héritière apte de la génération correspondante de la famille Chevalier'. C'est vague, mais c'est légalement contraignant. »
Un immense soulagement envahit Alexandre, rapidement suivi par une nouvelle vague d'anxiété.
« Qui est-elle ? L'héritière Chevalier ? »
Monsieur Lambert retourna le document.
« L'accord a été signé il y a plus de vingt-cinq ans. La famille Chevalier a une fille, je crois. Léa Chevalier. Elle doit avoir votre âge. Mais... l'accord est ancien. Et il y a un autre problème potentiel. »
« Lequel ? »
« Le terme utilisé est 'héritière apte'. Dans certaines vieilles familles, cela peut parfois faire référence à la matriarche si aucun descendant direct n'est jugé... approprié. La veuve d'Henri Chevalier, par exemple. Elle doit avoir plus de soixante-dix ans. »
L'image d'un mariage avec une femme de l'âge de sa grand-mère traversa l'esprit d'Alexandre. C'était absurde, mais le conseil d'administration, mené par son oncle, pourrait s'en servir pour invalider le mariage. L'incertitude était un poison.
Pourtant, c'était sa seule carte.
« Activez-le, » dit Alexandre avec une fermeté qui surprit même Monsieur Lambert. « Envoyez une notification officielle à la famille Chevalier. Faites-leur savoir que la famille Dubois a l'intention d'honorer l'accord. Quelle que soit la personne, c'est mieux que Chloé. C'est notre meilleure défense. »
Il était déterminé. Il épouserait une inconnue de soixante-dix ans s'il le fallait pour protéger ce que ses parents avaient bâti. Sa décision était prise, et un poids sembla s'alléger de ses épaules. Il avait un plan.
La journée n'était pas encore terminée. Alors qu'il s'apprêtait à quitter le bureau, sa secrétaire annonça une visite inattendue.
Chloé Martin entra, sans y avoir été invitée, un sourire arrogant aux lèvres.
« Alors, Alex, tu as réfléchi à ma proposition ? »
Elle le regarda de haut en bas, comme si elle l'achetait déjà.
« J'ai changé d'avis, » dit-elle d'un ton léger. « Cinquante millions, c'est un peu bas. Faisons-en soixante-quinze. Et je veux une nouvelle voiture. Une Rolls-Royce. Rose. »
Elle fit un tour sur elle-même.
« Après tout, la future Madame Dubois doit avoir un certain standing. »
Son arrogance était sans bornes. Elle ne doutait pas un seul instant qu'il allait accepter. Elle le voyait déjà à genoux, la suppliant. L'image qu'il avait entendue dans la conversation avec Théo lui revint en mémoire et une colère froide le saisit.
Il la regarda, un léger sourire aux lèvres, un sourire qui ne monta pas jusqu'à ses yeux.
« Chloé, » dit-il d'une voix calme. « J'ai une bien meilleure offre sur la table. »
---
Vous aimerez aussi





