
Un été plus chaud que les autres
Chapitre 2
Le prix à payer
Depuis plusieurs milliers d’années, les descendants du genre Homo Sapiens, curieux de ces kilomètres carrés de sable que lui offraient le vent, l’érosion, quelques pluies, ont tenu comme une démarche scientifique, peut-être aussi artistique, et surtout hautement sportive, la découverte de ces territoires hors norme. Certains sont à couper le souffle de beauté crue. Autant d’étendues faites de rocs, de sable, de surchauffes le jour et de froidures la nuit, avaient tous les atouts pour y attirer les amateurs d’efforts, de difficultés à vaincre, de paysages inviolés que sont le grand erg occidental, espace de dunes, ou les regs formés d’escarpements déchiquetés, rugueux. Le sable omniprésent est le résultat de l’inlassable travail de l’érosion éolienne au cours des millénaires. On y discerne même, par vent favorable, un ronflement musical si particulier qu’on le nomme le chant des dunes et qui prend rang de plein droit parmi les raretés et les bizarreries de notre Terre.
Une race de durs à cuire (c’est le mot) a pu adapter un genre de vie très austère dans ces plaines, ces couloirs, où un peu d’eau vaut plus cher qu’une rasade de whisky. Ce sont les touareg (targui au singulier), parfois appelés les hommes bleus. Ils assurent des transports de marchandises, composés souvent de plaques de sel, en utilisant le seul animal qui se soit adapté : le dromadaire. Noter que cet animal est un naturel du sable, d’apparition récente donc, et non de la civilisation antérieure. Bêtes et gens ont développé une frugalité légendaire, tant solide que liquide. Toutefois, il faut calculer les réserves avec une précision homéopathique, car une tempête de sable, un puits trop tôt asséché, des blessures mêmes bénignes remettraient la survie de la caravane en danger. Des parcours de quarante jours ont encore cours entre les lacs salés de l’Afrique de l’Est et le Maghreb ou la Mauritanie.
Cela dure depuis la nuit des temps et durerait encore autant si la climatologie demeurait stable. Elle en est plutôt cependant à poursuivre sa phase de réchauffement. Ma thèse n’est pas là. L’on sait aujourd’hui qu’un autre type de configuration des sols meublait le passé de cette présente désolation.
Les touareg d’abord, muets de naissance, puis les fous qui se penchèrent très tôt, au péril de leur vie, dans les enchevêtrements escarpés, torrides, asséchés, rapportèrent des observations de nature à mettre de nombreux cerveaux en ébullition. Il y avait des traces d’autre chose, des restes gravés, des inclusions, des glyphes et des pictogrammes très évolués qui n’avaient rien à voir avec les occupations minimales de survie des touareg, avec les très rares habitants cramponnés aux ombres comme des arapèdes à leur récif. Sortes de preuves ipso facto qu’une grande civilisation avait fleuri jadis en ces lieux. La surprise n’était pas mince. Cela constituait la certitude de la transformation totale d’une région ayant l’étendue des États-Unis. Nous devons supposer des forces en jeu considérables à l’échelle par exemple de celles d’une glaciation.
Qu’est-ce que c’est ? une glaciation (pas si rare) se déclenche à la suite d’une déperdition mal expliquée de la température pas nécessairement très forte, quelques degrés suffisent, disons entre cinq et huit degrés de moyenne générale terrestre. La planète demeure habitable en beaucoup d’endroits. (Pour les Inuits, c’est une glaciation permanente. Ils sont au froid ce que les touareg sont à la chaleur, forts de biologies quasi extrémophiles). Mais là, je force le trait. On assure qu’une glaciation commence non pas après un hiver froid, mais après un été froid. Je conserve un doute sur cette explication curieuse et… simpliste, voyant le phénomène beaucoup plus complexe. On joue avec l’outrance. Au reste, si son déclic causal semble, somme toute, assez mineur et mal cerné, ses conséquences en sont démesurées, que ce soit dans le temps ou dans l’espace.
La surcharge pondérale s’appuyant sur l’Europe au moins jusqu’à Paris (plus haut, moins haut, c’est selon l’intensité des phases), induit des balourds sur la rotation terrestre, surcharge les éléments de son manteau, l’obligeant à se rechercher un nouvel équilibre, installe un cycle météorologique différent plus axé sur les configurations extrêmes que sur les anticyclones polaires. Le pire est ailleurs : la rupture de l’ordonnancement compliqué des courants océaniques, lesquels sont considérés comme assurant la climatisation permanente de la planète. Ainsi le volume des eaux brassées étant énorme (presque toutes les eaux des océans), qu’il est très lent (plusieurs siècles), très compliqué (un nid de serpents), son action différente en surface et en profondeur, le retard des effets visibles s’échelonne sur mille ans, au moins. Cela augure que son reflet, les indications qu’on en tire, doivent être interprétés.
Si la fin de la glaciation est le moteur principal de l’assèchement du Sahara, elle est loin d’en être l’unique cause, car n’étant que le déclencheur principal de celui-ci. Des vents et des pluies de mousson bien établis maintenaient autrefois la zone protosaharienne dans les conditions idéales pour qu’y prospère une civilisation confortable et protégée des petits aléas quotidiens. D’où venait-elle ? Leurs effigies trônent sur les falaises à l’ombre comme celle de ma couverture travaillée en miroir, mais que je dois à Henri Lhote, lequel présenta parmi les premiers une théorie sur le peuplement de cette région. Il est aujourd’hui controversé. À la vue de ces élégantes « ladies » à dos de bœufs, la coiffure volumineuse et savamment apprêtée, qui me rappellent un peu les effigies magnifiques nommées « Les parisiennes » dégagées des cendres de l’éruption de l’île de Santorin, l’on reste baba en considérant l’écart de dates, 5 0001avec 1 500, et encore, l’estimation de Lhote me semble minorée et peu précise. Il semble impossible que le dessèchement à cette époque n’eût pas encore commencé. Or, ces « ladies » se promènent et paradent en ne semblant nullement sous la pression d’une difficulté à vivre. Œuvre d’imagination, de souvenir ? Qui donc imagine, ou se souvient s’il n’est plus là ? Il est plus logique de dater ces pétroglyphes de la même époque que les troupeaux de bubales, de bovins, les formes anthropomorphes nombreuses et d’une excellente qualité, que les idéogrammes incisés dans le grès, les « scaphandres », soit 5 000 années au moins. En outre, une image n’est point datable en elle-même et requiert pour cela des conditions rarement réunies autour d’elle.
Vous aimerez aussi





