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Couverture du roman Un décembre assassin

Un décembre assassin

Après le meurtre brutal de ses parents, Morwenna Alviti intègre une famille bretonne aux lourds secrets. Cherchant à la fois bonheur et vérité, elle croise la route d'Arsène Dubreuil, un commandant de police torturé et obsessionnel. Ce duo singulier tente de lever le voile sur les mystères qui les oppressent. Entre trahison et passion, parviendront-ils au bout de leur quête ? Un périple intense où chaque révélation exige un prix élevé au cœur d'une Bretagne ténébreuse.
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Chapitre 2

Les cris, les supplications, lui revenaient en observant Jean, elle s’assit silencieusement dans le fauteuil, faisant face à l’homme qui lui avait arraché ses parents.

Ce douloureux passé arriva sans ménagement au fond de son esprit torturé, et au creux de son ventre, noué. Le mal, le souvenir du mal l’envahit, et telle une bête infâme la brûla en passant de son ventre à sa gorge.

Jean voyait bien que son esprit était troublé, elle était là mais finalement ailleurs en cet instant. Le vieux gitan resta silencieux.

Elle ferma un instant les yeux et se revit cette nuit de décembre 2001, sur le parquet rugueux et froid de leur chambre d’enfant, son frère Stuart dans ses bras. Elle ne sut si c’étaient les deux qui tremblaient dans les bras l’un de l’autre ou si l’un d’eux secouait l’autre dans son tremblement de frayeur. Ce souvenir angoissant s’était au fil des années transformé en cauchemar récurent. Et elle l’avait fait mille fois ce terrible cauchemar ; se revoyant au sol, prier pour que les hurlements cessent, pour que les bruits de coups, de cris et de chute s’estompent, et enfin prier pour que tout cela soit un simple cauchemar. Un instant dans son esprit, elle revit la lumière vive de l’étage s’allumer, elle avait encore en mémoire le souvenir de ce filet de lumière agressif passant sous les deux centimètres entre la porte et le sol de leur chambre. Celui-ci signifiant implicitement que l’horreur approchait d’eux à grands pas. Elle y était encore près de quinze ans après. La petite fille qu’elle était fermait les yeux, serrant Stuart le plus fort possible : « ça va aller Stuart, bouche tes oreilles ». Stuart écrasait ses paumes de mains contre ses oreilles ce soir-là… Puis elle se souvint des derniers bruits les plus angoissants, le hurlement d’agonie de sa mère, puis le bruit d’un coup de feu. Puis plus rien. Le silence était revenu, elle avait vu par le dessous de la porte l’ombre des pieds d’une personne, un homme, il avait tenté une seconde d’ouvrir la porte de leur chambre, sans insister, puis avait dévalé les escaliers pour enfin sortir. Elle se souvint s’être décrochée avec peine de Stuart, s’être approchée de la fenêtre, avoir vu distinctement malgré la nuit, et grâce au lampadaire de leur cour, l’allure de cet homme qui fuyait la propriété. Ce dernier fit une chose, une seule, il se tourna vers la fenêtre de leur chambre, et elle l’avait vu distinctement… Jean… L’ami de la famille, cet homme d’une quarantaine d’années, barbu, costaud et imposant, il avait ensuite tourné les talons et fuit hors de chez eux, mais le pire restait à venir, ouvrir la porte… Ce qu’elle avait fait… Pour découvrir les corps inanimés et ensanglantés de ses parents, morts ; son père dans le hall de l’étage, et sa pauvre mère, le visage figé dans la mort, au bas de l’escalier, baignant dans une mare de sang.

L’horreur absolue…

Elle se souvint avoir contenu son hurlement en enfonçant ses deux index dans sa petite bouche, pour ne pas effrayer davantage son frère qui se relevait à peine dans leur chambre. Morwenna lui avait ordonné de rester là et de ne pas sortir, il s’était couché dans leur lit double sans avoir rien vu de la scène, pendant qu’elle avait pris le téléphone portable dans la poche de son père. Elle se souvint avoir glissé dans la flaque de sang autour du corps de celui-ci avec ses pieds nus, puis s’être éloignée des cadavres pour aller se réfugier dans la salle de bain, une pièce épargnée du drame.

Elle se souvint aussi avoir cherché dans la liste d’appels, un nom familier, rassurant. Sa tante, Viviana, la sœur de sa mère.

Morwenna se remémora cette conversation si courte avait-elle été.

— Allo ?

— C’est Morwenna.

— Morwenna ? Tout va bien ?

— Viens, ils sont morts, nos parents sont morts…

— Pardon ? Oh mon Dieu, Morwenna… Oh mon Dieu ma sœur ! sanglota sa tante. Stuart et toi ? Ça va ?

— Viens, Tata, répondit en pleurant Morwenna.

— J’arrive…

La jolie blonde aux airs froids et à l’âme impénétrable ouvrit les yeux, quittant par la même occasion cet effrayant souvenir ; elle observa Jean fumant son cigare près de la large cheminée en pierres. La petite fille qu’elle était à marcher dans le sang venait de disparaître de son esprit.

Bien qu’elle vînt de revivre dans son esprit la terrible soirée de décembre 2001, elle revint rapidement à la réalité du moment, et on était bien en décembre 2016… Et elle faisait face au tueur présumé de ses parents.

Morwenna resta fixer ses yeux bleus et affaissés par de larges et lourdes paupières.

Il avait l’air fatigué. Nerveusement, elle balança légèrement sa tête à gauche, puis à droite.

— Vous allez mourir, Jean… Ce soir, lui dit-elle droit dans les yeux.

— Je sais, tu veux me tuer, je ne me doutais pas, jusqu’il y a peu, que tu cherchais à obtenir cette vengeance depuis ta plus tendre enfance.

— Je viens reprendre ce que vous m’avez volé il y a quinze ans Jean.

— Que t’ai-je volé ?

— Vous avez volé ma vie, Jean… avoua-t-elle presque inaudible, elle sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine. Morwenna perdait pied, ses sourcils se froncèrent sous la tristesse du moment laissant apparaître la ride du lion sur son front pourtant lice.

Non il n’en est pas question, on n’attend pas près de quinze ans, avec rage de se venger pour fléchir le jour J. Impensable…

Elle se reprit.

— Mes parents ! s’écria-t-elle en se levant, sortant du même fait son couteau pour le tendre à quelques centimètres du cœur de Jean.

Ce dernier poussa un léger soupir dont lui seul en connaissait la signification, laissait-il place à la lassitude ? De ses faits ? De sa vie ? De la tournure du moment ?

— Morwenna, j’étais là mais…

— Mais quoi Jean ? Vous êtes sorti de ma maison juste après cette horrible bagarre ! Et quoi ? Vous êtes innocent ? Je ne le croirai jamais !

Elle approcha sa lame, mais hésita à l’enfoncer au fond de son cœur.

— Vas-y Morwenna, tue-moi…

— Je vais le faire, je vais venger ma famille !

— Alors ce n’est pas la bonne manière, car que Dieu m’entende je suis innocent de ce dont tu m’accuses ce soir, enfin… Pas coupable comme tu le crois.

— Comment osez-vous me mentir en cet instant ? s’agaça-t-elle en remuant nerveusement devant lui.

— Je ne suis pas ce tueur froid que tu as pu imaginer…

— Taisez-vous, Jean ! Taisez-vous ! hurla la jeune femme, tout en se revoyant petite, apeurée, et impuissante, deux larmes coulèrent sur ses joues.

— Je ne lui aurais jamais fait de mal.

— Quoi, à qui ? demanda-t-elle, tremblante, la main flageolante.

— Je ne lui aurais jamais fait de mal ! Impossible !

— À qui, bon sang, Jean ? s’énerva-t-elle en serrant sa mâchoire, prise entre une envie de l’écouter et celle de le tuer de suite.

— À elle, à ta mère.

— Vous voulez m’embrouiller c’est cela ?

Elle se balança d’un pied à l’autre, prise d’angoisse. Finalement était-elle prête à entendre les révélations de Jean ?

— Je n’ai pas fait cela, je ne voulais que vous protéger toi et ta mère.

— De qui ?

— Assieds-toi, Morwenna.

— Non ! Non ! répéta la jeune femme, engloutie par ses émotions. Elle se sentit happée par une vague d’amertume mêlée à un profond vide, celui qu’avaient laissé ses parents quinze ans plus tôt.

Je tremble trop… Ce n’est pas comme cela que je voyais ma vengeance… Pourquoi ?

Morwenna fit l’erreur de passer furtivement sa main sur ses yeux pour essuyer ses larmes.

Jean bondit soudain sur elle, réussit par l’effet de surprise à attraper le couteau, il agrippa de son autre main le cou de la frêle Morwenna, la collant contre son ventre rebondit.

Il posa la lame sur la carotide de la jeune femme.

— Tu vois, si j’avais voulu t’abattre, je l’aurais fait bien avant et très facilement, on ne s’improvise pas assassin, Morwenna… Tu vas apprendre plusieurs choses ce soir, celle-là en fait partie, dit-il sans haine ni colère.

Ils étaient si proches que Morwenna sentit le souffle de Jean derrière son oreille.

— Vous croyez ? Allez, montrez-moi que vous êtes un professionnel du genre ? Tuez-moi, finissez le travail, ainsi j’arrêterai de souffrir ! rugit-elle.

— Non, dit-il en l’écartant de lui, et baissant sa lame.

Je ne suis pas l’assassin que tu crois !

— Alors qui ? Qui êtes-vous, Jean ? Au-delà du père de l’homme que j’aime…

Morwenna revit le visage de son amour, son amour adoré, le seul être avec son frère à faire battre son cœur. Elle eut envie de le voir ce soir-là, envie de sentir cette chaleur inexprimable qu’il lui procurait, qu’il lui avait toujours procurée. Le visage mat et si beau de Luka envahit son esprit et son cœur énervé. Cet homme élégant au sourire si beau débordant d’amour et de tendresse. Elle se souvint qu’il était le fils de Jean, et que jamais il ne cautionnerait son acte. Elle décida de le chasser un court instant de son esprit, au risque de le perdre pour toujours… Sa tristesse prenait en cet instant toute la place.

Jean était si peiné que l’amour de son fils veuille sa propre mort, il pensa à eux, à ce couple dont il ne souhaitait que le bonheur, le vieux gitan se sentit ému par la tournure des évènements :

— Luka… Mon fils adoré… Mon fils préféré, même si je ne devrais pas dire cela… Tu l’aimes, je n’en ai jamais douté un seul instant, lui aussi t’aime comme un fou, et cela depuis toujours…

Il poussa un soupir puis reprit :

— C’est l’heure de passer à table je crois, je ne suis pas l’assassin de ta mère, mais j’ai tué ton père…

— Je le savais ! Pourquoi ne pas avouer pour maman, vous avez trop honte ? rétorqua-t-elle, les larmes jaillissant de ses yeux bleus emplis de tristesse. Les lèvres bleuies par le froid tremblaient, l’empêchant presque de parler de manière audible.

— Assieds-toi… Je t’en prie, il faut que je te parle, murmura-t-il, ému, tout en allant se servir sur le petit guéridon près de la cheminée un costaud verre de whisky. Un verre, Morwenna ?

— Oui Jean, dit-elle en s’asseyant, elle entendait son cœur dans sa poitrine, celui-ci était aussi agité que son esprit. Elle ne comprenait pas que Jean la traite avec égard après sa tentative de vengeance avortée. Elle décida de faire la seule chose qu’il lui restait à faire, écouter cet homme, écouter le père de son amour, Luka. Luka… Elle pensa à lui et son cœur se serra, comment un monstre comme lui avait-il pu engendrer un être si pur et si bon que Luka ? Luka…

En attrapant le verre, elle s’égara de nouveau dans ses sentiments entremêlés.

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