
Un baiser pour ta liberté
Chapitre 2
Un sourire naît sur mes lèvres. Je sais exactement depuis quand, mais cette fois, alors qu'elle m'attire déjà vers le comptoir, ça ne me fait pas aussi mal que ça d'y penser. Le serveur vient vers nous rapidement. Visiblement c'est une habituée car il lui dit,
- Alors ma belle, la journée est finit ?
- Ouais, je viens avec ma dernière cliente du jour et surtout ma meilleure amie. Elle a besoin de se changer les idées, surtout après la torture que je viens de lui faire subir.
- Comme d'habitude alors ?
- En double beau mec.
- C'est partit, dit il en répondant au sourire de ma meilleure amie.
Je le vois mélanger les liquides dans un shaker avant de le secouer et de nous servir deux shoots d'une étrange couleur bleuté.
- Te poses pas de question, me dit ma meilleure amie alors que le serveur avance les verres vers nous. Je te jure que t'en mourras pas, sinon, j'y serais passé depuis un moment, dit-elle en prenant son verre à la main. Allez Emma, santé.
Je lui ai promis un verre et je dois dire que j'ai moi aussi envie de goûter à ce breuvage. On trinque alors que je le porte à mes lèvres. D'un regard, je vois Mélissa l'avaler d'une traite et j'en fais autant. Après tout, tant qu'on est toutes les deux, je ne crains rien. Aussitôt la brûlure de l'alcool se repent sur ma langue jusqu'à envahir ma gorge. C'est fort, bien plus que je ne le pensais et pourtant, ce doux frisson qui parcours ma peau n'est pas si désagréable.
Le bruit sec du verre contre le comptoir nous fait sourire toutes les deux. Synchro comme toujours même si on a pas pratiqué ce type d'entraînement depuis un moment.
- Alors t'es pas morte, me dit-elle avec un clin d’œil.
- Pas encore en effet.
- Un deuxième ?
- Je t'interdis de me tatouer quoique ce soit sous l'emprise de l'alcool que ça soit ton idée où la mienne. On est bien d'accord ?
- Parfaitement d'accord.
- Alors OK pour un deuxième.
Finalement, j'en bois quatre ou cinq. Je retrouve la sensation de sentir des hommes me regarder, me désirer même si ça me met légèrement mal à l'aise. Ce que je peux lire dans leurs yeux et aussi ce qui m'a perdu pour autant, je me surprend à sourire, à entrer de loin dans le jeu de la séduction.
La soirée est agréable, j'en viens à oublier la douleur de mon dos, à vrai dire, j'en viens à oublier toutes douleurs. La musique nous entraîne, et alors qu'elle me voit bouger doucement, elle finit par me prendre la main et danser avec moi. On a un peu trop but, ça n'est probablement pas l'endroit pour ça, mais on s'en fou. Ça n'a pas d'importance. On bouge en riant, en ne pensant à rien d'autres. Comme si toute cette putain d'année venait de disparaître d'un claquement de doigt.
Elle a raison. Je dois le quitter. J'ai encore le choix, avant qu'il ne soit trop tard.
Personne ne nous dit rien. En même temps, qui se plaindrait de voir deux nanas danser dans un bar. Je peux sentir les regards sur nous mais ça me passe juste bien au dessus de la tête. Je veux en profiter. Me vider la tête. Ne plus penser tout simplement. Nos éclats de rires se perdent dans la musique et le bruit de la clientèle. Mais ils raisonnent pour nous, pour nous deux. C'est la meilleure, depuis des années, la seule qui me comprenne vraiment sans que je n'ai à lui parler.
Il est plus d'une heure du matin quand elle m'appelle un taxi, hors de question de reprendre le volant. Je la serre contre moi, la porte est déjà ouverte, je suis prête à monter et pourtant, en la quittant les mots passent la barrière de mes lèvres,
- Merci pour tout et tu peux compter sur moi pour le festival. Je rentre et je le quitte. Tu as raison. Tu as toujours eu raison. Je croyais tellement que je pouvais tourner la page que j'en ai oublié que finalement, j'ai encore le droit de vivre. Merci de me l'avoir rappelé, merci de m'avoir fait sentir vivante pour la première fois depuis longtemps.
- Je te promets que maintenant que tu me l'as dis, tu ne risques pas d'y échapper. Je t'appelle dans quelques heures et t'as intérêt à l'avoir viré de chez toi sinon c'est moi qui vais venir Emma. Je plaisante pas. Je te laisserais pas sombrer. Tu m'as demandé mon aide pour ce tatouage et on sait toutes les deux que tu le fais pour commencer une nouvelle vie et ainsi tirer un trait sur ce qui te fait si mal. J'ai accepté alors tu peux me croire, je te lâcherais pas. On va prendre un pied d'enfer durant ces quatre jours et je te jure que c'est pas au sens littéraire que je parle, déclare t-elle avec un grand sourire.
- Ça marche, on se parle dans quelques heures Mélissa. Bonne nuit, lui dis-je en déposant un baiser sur sa joue.
Le chauffeur a déjà l'adresse, en refermant la portière, je lui fais un signe de la main. La voiture avance et presque par automatisme, je prends mon portable et découvre qu'il a essayé de m'appeler plusieurs fois. De nombreuses fois à vrai dire. J'ai vraiment fait n'importe quoi. Il ne mérite pas ce qu'il va lui arriver mais je crois que jamais je ne pourrais l'aimer. Jamais.
Étrangement, ce trajet me remet d'aplomb. Je sais que je ne peux plus reculer. Je ne peux pas me servir de lui et je ne veux plus souffrir. Je veux avancer et pour ça, je dois lui briser le cœur comme on l'a fait pour moi.
En entrant dans mon appartement, je le trouve sur le fauteuil, éveillé, à scruter son portable en attendant probablement une réponse de ma part.
- Je suis là, lui dis-je en m'avançant vers lui.
- Je sais, souffle t-il.
Il s'est inquiété, je peux le voir. Pourtant, en une fraction se seconde, sons sourire refait surface, me savoir là lui suffit. Seulement, à moi, ça ne me suffit plus.
- Je suis désolée, dis-je en m'installant à ces côtés. Je croyais que c'était ce que je voulais. J'y croyais vraiment, mais je n'ai pas fais le bon choix et à cause de moi, tu vas souffrir.
- Ne fais pas ça, dit-il en plantant son regard dans le mien. Je t'en prie, ne fais pas ça.
- Je m'en veux. Tu n'imagines pas à quel point. J'ai tout fait de travers. Je n'ai même pas d'excuses, j'ai vue en toi ma chance, la possibilité d'être sauvée sans réaliser que c'était à moi de le faire par mes propres moyens.
- Attends, tu as bus et peut être que..
- Que quoi ? C'est parce que j'ai un peu bu que je peux te le dire. Je suis désolée, vraiment désolée, tu es parfait, tu as tout ce qu'une femme peut vouloir mais.
- Mais ça n'est pas ce que toi tu veux ? C'est ça ? Tu as toujours tout fait pour laisser une barrière entre nous, comme si tu ne voulais pas te laisser approcher. Pourtant, je te jure que je peux t'aimer comme tu le souhaites Emma.
- Le simple fait que tu dises ça prouve que c'est impossible. Tu me connais c'est vrai, mieux que beaucoup de personnes. Je te l'accorde. Mais ça ne suffit pas. Je m'en veux de te faire ça. Je m'en veux tellement. Tu m'as sauvé et moi je dois t'abandonner pour continuer à avancer. Mais saches que pendant tout ce temps, je n'ai été qu'avec toi et uniquement avec toi.
- Tu sais que c'est faux. Il a toujours été là. Comme une ombre au dessus de nous, comme si tu le traînais à la manière d'un fantôme qui se serait agrippé à toi. Je ne sais pas ce qu'il t'est arrivé mais je sais que je veux tout faire pour te le faire oublier.
- Et pourtant, malgré une année, tu n'y est pas parvenue. Je suis désolée. Tu as le droit de m'en vouloir, de me haïr. Mais, je veux que tu partes. Je veux que tu sortes de ma vie, dis-je dans un souffle.
- Tu es sûr de toi ? Sûr de ça ? Tu ne te souviens pas dans quel été tu étais quand je t'ai rencontrée. Je me suis occupée de toi. J'ai tout fais pour te voir sourire à nouveau et maintenant, du jour au lendemain, tu décides de me quitter.
- Je sais. Ça n'a rien de juste. Ça n'a rien de bien et pourtant c'est tout à fait ça. J'aimerais que tu comprennes à quel point je m'en veux pour ça. Mais tu ne le comprendras sûrement que plus tard, quand tu auras trouvé ce que tu cherches.
Je vois cette étincelle dans son regard, celle de la colère. J'y suis prête. Je ne me laisserais plus jamais faire. Plus jamais. Et soudain, plus rien, un peu comme si il abandonnait, comme si il rendait les armes avant même d'avoir essayé de se battre.
- Envoies moi mes affaires s'il te plaît, dit-il en quittant la pièce.
Bien sûr que je le ferais. La porte d'entrée se referme sur lui, sur cette histoire qui n'a été qu'une illusion. Je lève les yeux au plafond, contemple cette lumière qui s'imprègne dans ma rétine. Le silence de mon appartement me fait du bien, c'est agréable. Vraiment agréable. Si bien que je me laisse aller et finit par m'endormir sans mon salon.
Mon portable sonne, bien trop fort à mon goût, il raisonne dans la pièce comme un appel à l'aide. J'ouvre les yeux difficilement et arrive à le récupérer avant de décrocher.
- Allô, dis-je d'une voix lamentable.
- Je te réveille, dit Mélissa sur un ton un peu trop enjoué.
- Dans le mille.
- Dis moi que tu l'as fais et que ça tient toujours pour ce week-end ?
- Je l'ai fais et ça tient toujours pour ce week-end.
- Géniale, cri t-elle alors que j'éloigne mon portable de mon oreille. Alors je viens te chercher jeudi soir, je nous réserve une chambre et si t'as besoin, tu sais où me trouver quand j'ai fini le boulot.
- Je vais attendre quelques jours avant de remettre ça Mélissa mais je serais prête jeudi soir, promis.
- Surtout, ne penses pas, agis, dit-elle. Suis mon conseil et tu verras, ça va bien se passer.
Plus facile à dire qu'à faire. Pourtant, hier soir, j'étais enfin bien. Ne plus penser, se laisser aller, ça m'a peut être perdu une fois mais ça ne veut pas dire que tout est finit. J'ai aimé me sentir désirée, j'ai aimé rire, j'ai aimé me rapprocher d'inconnu juste pour en apprendre plus, pour les découvrir. Je me suis sentit revivre tout simplement.
Je ne vais pas réfléchir, je ne vais pas penser, je vais avancer et oublier définitivement ce qu'il s'est passé.
Le jeudi suivant
Mélissa se présente comme une fleur à la maison. Visiblement sa semaine a été beaucoup plus agréable que la mienne. Car après son départ, j'ai eu le droit aux appels, aux textos, aux mails, aux messageries privés. Ce monde moderne est un enfer quand on cherche à s'éloigner définitivement de quelqu'un.
- Tu m'as promis je te rappelle, dit-elle en voyant ma tête.
- Merci pour le compliment, désolée si la semaine a été un peu dur. Mais je suis prête. Vides moi la tête pendant quatre jours. J'ai posé un congé pour ça, vaudrait mieux que ça en vaille la peine.
- Tu peux me croire, dit-elle tout sourire. Ça en vaut plus que la peine.
Vous aimerez aussi





