
Trahisons
Chapitre 2
Autour de la maison, Belgique
Laura
En parcourant mon nouvel environnement en compagnie de Lucas, je réalise à quel point notre repaire est isolé. Une brise légère fait virevolter mes cheveux rouges que j’emprisonne dans le capuchon de mon hoodie avant de glisser ma main dans celle de Lucas.
— Raconte-moi ce qui s’est vraiment passé, Laura.
— J’ai adoré cette nouvelle ville. Another Way est une métropole hypermoderne où sont testées toutes les inventions des scientifiques de l’Organisation. Les gens sont cordiaux, sympathiques et bienveillants. J’y ai été très bien accueillie.
— Que s’est-il passé avec Spike ?
L’émotion de Lucas est palpable, il ne tient pas en place, il ouvre et ferme les poings dans un mouvement automatique et son souffle s’accélère imperceptiblement. Il est amoureux et sent qu’il s’est passé quelque chose avec Spike. Je ne lui ai jamais caché mon attirance pour ce « garçon ». Entre eux deux, je ne savais qui choisir.
— Tu sais que nous avons eu une dispute virulente à propos des contrôles que l’Organisation exerce sur chacun de ses membres, dis-je d’une petite voix.
— Je me rappelle que tu étais très affectée par cette situation lorsque tu m’as téléphoné. Et que tu te posais des questions quant à l’allégeance de Spike à Green Way.
Me balançant d’un pied sur l’autre, le regard rivé au sol, je tourne autour de la question.
— Ce que je ne t’ai pas dit, c’est qu’après cette discussion mouvementée, nous nous sommes réconciliés…
Je ne sais pas comment lui dire que j’ai couché avec Spike. Lui dire aussi que je ne comprends pas pourquoi Spike s’est littéralement enfui le lendemain matin et ne m’a jamais rappelée. Je me sens tellement bête et humiliée et stupide… Ma poitrine se gonfle et les larmes me montent aux yeux. Comment ai-je pu me mettre dans une situation pareille.
— Réconciliés ? Comment ça ?
— Tu me connais, je suis assez passionnée…
— C’est le moins qu’on puisse dire !
— Durant la dispute, je me suis déshabillée pour me mettre au lit…
— Pardon ?
— Et est arrivé ce qui devait arriver.
Je n’ose pas le regarder et m’évertue à analyser les morceaux de brindilles qui jonchent le sol. J’ai froid et je voudrais me blottir dans ses bras. Je voudrais tellement qu’il comprenne et me rassure.
— Tu veux dire que tu as couché avec lui ? me dit-il froidement.
— Lucas, je ne t’avais rien promis…
— C’est vrai et ça règle la question. Tu as fait ton choix !
Il se retourne et se dirige vers la maison sans même un regard. Je suis effondrée.
Forêt de pins, Belgique
Laura
Je n’ai pas envie de rentrer… besoin de faire le point…
Apercevant un tronc d’arbre coupé, je m’y installe un moment et profite de la douce chaleur de ce début de printemps.
Je repense à ma conversation avec Lucas. Passé le sentiment de culpabilité que je ne peux m’empêcher de ressentir, je trouve que sa réaction ne lui ressemble pas. Il m’a toujours dit qu’il m’attendrait et que, quelle que soit ma décision, nous resterions amis. Ici, il ne me laisse même pas le choix… et m’abandonner sur place dans un mouvement de colère n’est pas un comportement normal pour le Lucas que je connais. La situation atroce qu’il a traversée ces dernières semaines a dû l’affecter plus que je ne m’y attendais. Je me promets de faire tout ce que je peux pour lui redonner le sourire… même s’il ne veut plus m’adresser la parole.
— Laura, Laura, attends-moi ! crie Bastien.
— Bonjour Bastien, lui dis-je un peu désarçonnée par ce brusque retour à la réalité.
— Bonjour Laura. Comment vas-tu ? Et que penses-tu de notre nouvelle demeure ? Je suis heureux que tu sois rentrée, j’avais très peur pour toi après l’épisode de notre extermination ratée.
— Je suis contente de l’apprendre, lui dis-je très surprise par cette rencontre fortuite. Je ne crois pas que l’Organisation s’en serait prise à moi. Pour je ne sais quelle raison, ils me considèrent comme une des pierres angulaires de leur programme.
Passant mon bras en dessous du sien, je l’entraîne et nous nous promenons le long du chemin.
— En effet, c’est bizarre. Je sais que tu es exceptionnelle, mais ils donnent l’impression que tu es carrément indispensable.
— Ce serait une bonne idée de découvrir pourquoi et d’utiliser cette information pour déjouer leurs plans. Peut-être que Diego et son équipe pourraient nous aider.
— Certainement !
Diego a pris contact avec moi lors du gala organisé par Fergusson pour rassembler, à New York, tous les sujets ayant participé à l’expérience Jeunesse Éternelle. D’emblée, il m’a annoncé vouloir protéger les ratés, autrement dit, les sujets pour lesquels l’expérience n’avait pas donné le résultat escompté. Mes amis et moi avons entre 17 et 22 ans au lieu des 25 ans prévus.
Les événements des dernières semaines m’ont rendue plus suspicieuse.
— Comment m’as-tu trouvée ? Nous sommes à plus de cinq kilomètres de la maison !
Tout rouge, Bastien semble désorienté par ma question.
— Hum, hum… en fait, j’ai utilisé le système de traçage de ta puce car j’avais vraiment envie de te voir. Ne te fâche pas s’il te plaît.
Il sait que je tiens, par-dessus tout, au respect de ma vie privée. Si j’ai accepté que Jake m’installe un système de localisation, c’est à cause du danger que représente l’Organisation et certainement pas pour que mes amis suivent mes allées et venues à la trace !
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