
Trahisons
Chapitre 3
Siège de l’Organisation, Another Way
La salle de contrôle des participants à l’expérience Jeunesse Éternelle est immense et bouillonne d’activité. Depuis la fuite de Laura et des autres ratés, tous travaillent d’arrache-pied pour retrouver la trace de la puce implantée dans la tête de chaque sujet testé.
— Quel est le résultat de vos recherches ? demande Lizy à Bart Jones, le gardien de Laura.
— J’ai activé toutes les procédures d’urgence et, jusqu’ici, rien ne bouge. Impossible de la retrouver.
Sans les données transmises par ce petit appareil, les scientifiques ne peuvent plus localiser les sujets et encore moins contrôler leurs paramètres vitaux. Or lorsqu’on fait une expérience aussi pointue, les inconnues sont nombreuses et personne n’est à l’abri d’un problème médical potentiellement sérieux.
Fergusson, leader charismatique à tendance dictatoriale, ne décolère pas.
— Je ne comprends pas, Lizy, qu’une équipe scientifique de votre niveau se soit fait berner par une bande de gamins !
— Des gamins qui ont un âge mental et une expérience d’adultes d’une quarantaine d’années, tous supérieurement intelligents, Monsieur Fergusson !
Il lance un regard mauvais à son employée et fait le tour de la salle, prenant la peine de saluer chaque gardien par son prénom. Il a beau être à la tête d’une entreprise gigantesque, Fergusson connaît l’histoire personnelle de chacun des employés présents ici, tout comme il connaît le parcours de tous les testés de Jeunesse Éternelle.
De retour auprès de Lizy, il s’enquiert des risques encourus par Laura.
— C’est difficile à dire. Nous venons de faire l’upgrade de leur programme et n’avons aucun recul. Il ne nous reste qu’à espérer que tout se déroule sans encombre.
Forêt de pins, Belgique
Laura
Je n’arrive pas à garder mon calme devant tant de stupidité ! Mon sang ne fait qu’un tour !
— Comment as-tu osé ? … Comment as-tu pu me faire ça alors que tu connais ma phobie du contrôle ?
— Je suis désolé mais j’avais vraiment besoin de te parler, répond Bastien agressivement.
— Je suis curieuse de savoir ce qui peut justifier cette atteinte à ma vie privée ?
Devant sa mine exaspérée, une nouvelle bouffée de colère monte dans ma poitrine et c’est au prix d’un effort surhumain que je parviens à me maîtriser.
— Quand tu es dans cet état-là, ça ne vaut même pas la peine de discuter.
S’il n’était pas mon ami, je l’aurais déjà étripé. C’est d’ailleurs peut-être ce que je vais finir par faire. C’est avec une voix crispée et sourde que je lui réponds.
— Tu veux dire que tu viens de me pister jusqu’ici en utilisant des moyens peu louables pour, finalement, refuser de me dire ce qui était à ce point important ! Tu te moques de moi ?
Le rouge lui monte aux joues et il hausse le ton.
— Arrête de monter sur tes grands chevaux, Laura. Je sais, et tout le monde sait, que tu es parfaite et que tu ne ferais jamais une chose incorrecte. Mais dis-moi, comment justifies-tu le fait de coucher avec deux hommes totalement amoureux de toi, en même temps ?
Je reste bouche bée. Non mais, pour qui se prend-il ? Il ne respecte aucune des règles qu’on s’est fixées, il va expressément à l’encontre de mes demandes et en plus, il m’insulte pour faire passer la pilule. Non mais, je rêve !
— C’est vraiment très bas comme remarque et ça prouve que tu n’as aucun argument pour justifier ton attitude. Je te croyais plus intelligent que ça. Et maintenant, si tu permets, je vais continuer ma promenade sans être polluée par ta présence.
J’accélère le pas et le laisse ruminer seul au bord du chemin. J’ai le cœur qui bat et les larmes aux yeux. C’est vraiment dégoûtant de me jeter mes doutes à la figure. D’autant que je ne m’étais engagée ni vis-à-vis de Lucas ni vis-à-vis de Spike. Et puis, qui est-il, ce Bastien qui flirtait avec toutes les filles de son lycée, pour venir me faire la morale.
Perdue dans mes pensées, je sursaute et fais un bond en sentant quelqu’un me prendre la main. Passé le choc, je vois Bastien à côté de moi.
Je me retourne rapidement en tentant de dissimuler mes larmes et lui dit, assez sèchement, de me laisser tranquille.
Il me rattrape et court à côté de moi. J’accélère. Il me dit :
— Je comprends ton point de vue, je n’aurais pas dû utiliser ces données à mon profit.
Devant mon absence de réponse, il poursuit :
— Excuse-moi. Je n’aurais jamais dû te dire ce que je t’ai dit. C’était indélicat de ma part et je n’ai aucun droit de te juger.
— Et dire que je pensais que tu étais mon ami !
Je vois à son teint soudain blafard que ma remarque a fait mouche. J’en suis à la fois satisfaite et désolée. Je ne veux pas lui faire de peine mais je n’arrive pas non plus à avaler ce qu’il vient de me dire.
— Laura, s’il te plaît, arrêtons de nous disputer. Mes paroles ont dépassé ma pensée et, si nous continuons, nous pourrions dire des choses qu’il serait impossible d’oublier.
Il a vraiment l’air de vouloir enterrer la hache de guerre. Mais, quand je suis blessée et me sens trahie, j’ai beaucoup de mal à me calmer et à pardonner. Il me faut généralement quelques heures pour revenir à de meilleurs sentiments.
— S’il te plaît, Laura, dit-il visiblement triste.
— Je vais essayer d’oublier ce que tu m’as dit et te rappelle que je tiens par-dessus tout au respect de ma vie privée. Je vais d’ailleurs couper ce traçage et vous ne pourrez plus jamais me localiser !
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Nous ne pourrions plus te protéger en cas d’attaque par l’Organisation. Réfléchis-y, je t’en prie.
Je crois que je l’ai traumatisé. Ceci dit, il est temps que les gens comprennent le danger de ce type de contrôle et adaptent leurs comportements. Au moins, cet incident aura fait comprendre cette réalité à Bastien de manière beaucoup plus claire que tout discours théorique ! Finalement, je me sens un peu coupable de l’avoir mis dans cet état.
— Je te pardonne pour cette fois !
Un soupir de soulagement lui échappe et nous joignons nos poings fermés, scellant ainsi le retour à la paix.
Une brise salutaire vient soulever ma crinière et emplit mes poumons d’un air chargé de parfum de fleurs d’été. Un peu calmée, je lui demande ce dont il tenait tant à me parler.
— Tu ne devines pas ?
— Non, pas du tout.
— C’est à propos de Shayna.
— Que s’est-il passé avec Shayna ? Lui as-tu déclaré ta flamme ?
— Quelle flamme ? Il y a quelque chose qui brûle ?
S’il retrouve son sens de l’humour, c’est bon signe.
— Arrête de faire l’andouille, dis-je en lui assénant un coup dans les abdos.
— Oups, tu deviens violente, dit-il en riant. Il s’arrête et reprend son sérieux. Tu sais, j’ai vraiment cru que je ne me réveillerais plus lorsque le docteur Archibald nous a drogués. Quand tu sens la mort s’approcher, tu fais très vite le point sur ta vie, sur tes choix et surtout sur les personnes qui comptent. Ce fut un moment horrible. J’étais terrifié par la perspective de partir de cette manière. Entretemps, j’ai beaucoup réfléchi et, si l’expérience Jeunesse Éternelle m’a apporté quelque chose, c’est de vous avoir rencontrés toi et les autres. Je me suis fort rapproché de Shayna et j’ai des sentiments pour elle. Je ne sais pas encore si ces sentiments sont profonds et durables. J’imagine que l’avenir me le dira.
Bastien, sous ses airs superficiels, est un garçon qui réfléchit énormément. C’est important. En revanche, il a beaucoup de mal à lâcher prise et à se laisser aller. J’espère qu’à force de trop penser, il ne laissera pas passer la plus belle histoire de sa vie
— Je crois que tu comptes beaucoup pour elle.
— Je sais et ça m’effraye un peu.
Il faudra que je parle à Shayna pour qu’elle calme un peu ses ardeurs. Après mon fiasco tant avec Spike qu’avec Lucas, j’aimerais au moins aider Shayna et Bastien à être heureux ensemble.
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