
Ton Nom Gravé sur Ma Peau
Chapitre 3
Les épaules de Giselle Lambert étaient maintenues avec une fermeté implacable. Elle se débattait en vain. À une heure aussi avancée, l'immeuble dormait profondément, et face à six ou sept hommes robustes, toute tentative de fuite relevait de l'illusion.
Les yeux embués de détresse, elle fixait l'ampoule nue du couloir, dont la lumière crue lui brûlait la rétine, tandis que Scarface parlait d'un ton sec :
- Mademoiselle Lambert, vous payez, et on s'en va.
- Nous avions convenu du début du mois prochain. Tu reviens sur ta parole.
Elle savait que résister frontalement ne ferait qu'aggraver la situation. Son seul espoir était de gagner du temps, d'élever la voix, de provoquer une alerte quelconque.
Agacé, Scarface claqua la langue.
- Donne l'argent et épargne-toi l'effort.
- Je ne peux pas réunir une somme pareille si vite. Accordez-moi une semaine, supplia-t-elle.
- Une semaine ? Après le mal que j'ai eu à te retrouver ? Si je te laisse filer, tu disparaîtras encore.
Il s'approcha, son regard glissant sur elle sans retenue.
Giselle était fine, presque fragile. Ses traits délicats, ses yeux sombres en amande, ses lèvres pleines et ses longs cheveux noirs accentuaient une douceur trompeuse. L'effort avait coloré ses joues. Scarface caressa sa barbe naissante, puis ricana.
- Pas d'argent ? Tant pis. Je te cède à une boîte de nuit. Avec ton allure, tu rembourseras vite.
- Je t'en prie... laisse-moi encore un jour. Je te jure que je paierai.
- C'est fini, grogna-t-il.
Il lui saisit la main et la plaqua contre un lecteur biométrique. Un bip retentit. La porte s'ouvrit.
- Faites-la entrer.
Elle fut tirée à l'intérieur de l'appartement. La porte claqua derrière eux. Le regard de Scarface s'assombrit, chargé d'une intention claire.
- Puisque tu finis là-bas, autant que les gars profitent avant.
Des rires gras remplirent la pièce. Giselle sentit la sueur couler le long de son dos. Ses dents tremblaient, mais elle se força au calme.
- J'ai encore de l'argent sur mon compte. Et ces bijoux... je peux les mettre en garantie.
Scarface examina ce qu'elle portait avec un sourire railleur.
- Tes babioles ? Tu me dois un million.
- Ils sont authentiques, insista-t-elle.
À cet instant, elle pensa à Henry Jefferson. Il avait rempli ses placards d'objets précieux qu'elle n'avait presque jamais portés. Les bijoux qu'elle avait ce soir-là lui avaient été imposés après une nuit passée sous son toit. Ils n'avaient jamais été à elle, vraiment. Elle s'était toujours dit qu'elle les rendrait.
- La robe vaut trois millions. Le collier est une pièce de Marcello, un créateur italien. Sa valeur dépasse largement cent millions.
Scarface observa plus attentivement. La tenue était effectivement d'une qualité irréprochable. Il balaya ensuite l'appartement du regard, trop modeste pour correspondre à une telle richesse. Il comprit.
Sa main partit sans prévenir. La gifle résonna. Une brûlure éclata sur la joue de Giselle, ses yeux se remplirent de larmes.
- Tu me prends pour un imbécile ? s'emporta-t-il. Des faux, voilà ce que c'est.
Les hommes s'agitaient, impatients.
- Patron, assez parlé. Allons-y.
Ses poignets furent immobilisés. Elle se débattit, ses jambes cherchant un appui. Scarface lui attrapa les mollets, son geste lourd et envahissant.
- Quel gâchis de la vendre, lâcha-t-il.
Un autre la tira brusquement. Dans un réflexe désespéré, Giselle lança sa tête en avant. Le choc fut sec. Un cri éclata. Le sang jaillit du nez de l'homme.
- Putain !
La brutalité redoubla. Elle se tortilla, visant encore, frappant à l'aveugle. Un craquement sinistre retentit, suivi d'un hurlement.
- Salope !
La frappe suivante l'atteignit de plein fouet. Désorientée, elle chancela, recula et heurta une table basse. Sa vision se troubla. Le monde se mit à tourner. Alors qu'elle sombrait, un bruit frappa à la porte. Une voix, nette, l'appela par son nom.
Henry Jefferson avait connu les balles et le sang sans jamais fléchir. Pourtant, en entrant et en découvrant Giselle étendue au sol, meurtrie, les vêtements en désordre, une peur inconnue le traversa. Ce qui aurait pu se produire s'il avait tardé ne méritait même pas d'être imaginé.
Son visage se ferma. Son pouce fit lentement tourner la bague qu'il portait. L'air sembla se figer autour de lui, lourd, oppressant.
Scarface et ses hommes, surpris, s'apprêtaient à protester. Puis ils virent la bague. Le silence tomba. Ils ne l'avaient jamais rencontré, mais ils connaissaient le symbole. En Sicile, on murmurait que voir Henry Jefferson faire tourner sa bague annonçait une fin atroce.
Pris de panique, Scarface lâcha Giselle et se précipita en avant, tombant à genoux.
- Henry... qu'est-ce qui t'amène ici ?
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