Couverture du roman Strangers

Strangers

9.0 / 10.0
Après un début passionné, Cali et Emma savourent une idylle qui semble parfaite. Pourtant, l'équilibre bascule quand l'entourage d'Emma s'immisce dans leur lien, révélant que chaque protagoniste cache sa part d'ombre. Confrontée à des secrets enfouis qu'elle aurait préféré ignorer, Emma se heurte au silence persistant de Cali. Entre promesses romantiques dignes du cinéma et zones d'ombre inquiétantes, elle doit affronter un passé dont personne ne sortira indemne.

Strangers Chapitre 1

Assise sur un fauteuil, un livre posé avec nonchalance au creu de mes jambes, je grignotais le restant de chips laissé par ma mère. Les rayons qui chauffaient doucement la peau de mes jambes annonçaient l'approche d'un été attendu comme toutes les années, avec impatience. Neuf mois de torture, assise derrière un bureau qui n'était même pas le mien, il avait fallu s'intégrer et repousser les nuits pour réussir. Je n'étais pas quelqu'un de travailleur ou même avec une envie d'apprendre mais j'avais eu cette ambition qui m'avait tirée vers le haut.

- Tu ne vois pas Jane ce week-end ? demanda ma mère en déposant deux verres d'eau fraîche sur la table marbrée.

Je marquai ma page d'un cornet et fermai l'ouvrage, le laissant gire sur mes jambes. Je me penchais pour attraper le verre déposé à mon intention et y portai mes lèvres, savourant la fraîcheur éphémère.

- Elle devait accompagner son frère pour un tournoi, il tenait à ce qu'elle soie là.

Ma mère hocha la tête avant de boire à son tour puis d'ouvrir son ordinateur portable sur ses genoux.

Jane était mon amie la plus proche avec qui j'avais partagé des choses fortes. Elle avait été là pour moi comme je l'avais été pour elle. Tout ce qui touchait à Jane se transformait en source de bonheur, un vrai rayon de soleil qui rendait des choses banales en quelque chose d'extraordinaire. J'aimais son excentricité et sa capacité à s'en foutre de tout.

- Maman, je ne trouve plus mon chargeur. Tu sais où il est ?

Mon frère. Un grand abruti de 1m80, cheveux foncés toujours en pagaille et un vocabulaire très raffiné. Il passe son temps à me rappeler qu'il est né avant moi et à venir squatter ma chambre car d'après lui, mon matelas est meilleur que le sien. C'est exactement le genre de mec que les filles évitent sans éviter : celui qui drague, ramène, baise et largue sans prétention.

- C'est ton chargeur chéri, pas le mien.

Règle numéro 1: quand on cherche quelque chose, toujours demander à maman. Parce que maman sait.

- Emma, c'est toi qui a prit mon chargeur ? me demanda-t-il en se penchant au-dessus de moi.

Je relevai les yeux vers lui quelques secondes avant de soupirer.

- Non Gab' mais d'après mes capacités intellectuelles surpuissantes et mon génie incontesté, je suppose qu'il doit être dans ma chambre vu que tu y passe le plus clair de ton temps.

Il leva un doigt et l'agita pour dire "pas bête" avant de filer dans la maison.

- Je devrais déplacer son lit dans ta chambre, dit ma mère d'un ton détaché.

- N'y pense même pas, lui répondis-je en rouvrant mon livre.

Elle ri légèrement mais je savais qu'elle en était capable.

Gabriel réapparu quelques secondes plus tard chargeur en main et ébouriffa mes cheveux sous mes protestations vaines.

- Merci sale merde, cantonna-t-il.

- Gabriel ! pesta ma mère, faussement en colère.

Mon frère lui déposa un chaste baiser sur la tempe avant de nous informer qu'il partait rejoindre ses amis sur la crique pour célébrer la fin des études. Ce que j'entendais moi c'était: " Je vais rejoindre mon cinquante-troisième plan cul et lui briser le coeur avant de me taper sa meilleure amie."

Un bruit de moteur s'estompa dans l'allée et le voilà parti pour un temps indéfini.

***

Quand mes yeux commencèrent à fatiguer, je posai mon ouvrage à mes côtés et profitai des derniers rayons encore chauds qu'offrait le soleil. Les yeux clos et le corps détendu, je laissai mon esprit s'abandonner à tout un tas de choses agréables. Mon téléphone vibra sur la table et j'attendis quelques secondes avant de vérifier qui pouvait bien m'écrire.

" Raph a fini 3e, il passe aux régionales. On se rejoint avant les cours demain ?"

Je relus le message deux ou trois fois pour que mon cerveau comprenne qu'il fallait que je réponde. L'ennui quand vous êtes occupé à ne rien faire pendant un long moment, c'est que votre cerveau passe en mode veille et que tout devient plus lent.

" C'est génial ! Oui, avec Maura ?"

Sa réponse affirmative ne se fit pas attendre longtemps et j'éteignis mon téléphone avant de me lever pour aller prendre une douche fraîche.

Maura était l'amie de Jane depuis les années collège, elles étaient devenues inséparables depuis. Notre trio était formé depuis bien longtemps déjà et notre dernière accroche remontait à si longtemps que je ne m'en souvenais même plus.

- Je risque de rentrer tard demain, je travaille sur un appel d'offre assez important et je dois le peaufiner pour mettre le plus de chances de notre côté.

- D'accord. Et papa ?

- Il est de service de nuit cette semaine. Quand tu rentreras, il sera déjà parti.

- Oh, d'accord.

Je refermai la baie vitrée derrière moi. Si la maison n'était pas climatisée, je pense honnêtement que j'aurais pu fondre sur le gazon.

J'allumais l'eau de la douche la laissant d'abord couler pour qu'elle ne soie pas gelée. J'ôtai l'élastique qui retenait mes cheveux en chignon et les laissai tomber sur mes épaules. Le miroir me tint tête quelques minutes avant que je ne me décide à entrer sous la douche, l'eau tiède coulant sur le visage.

***

Une bise matinale sur les joues de Jane et je vins m'asseoir face à elle tout sourire.

Chaque début de semaine, Jane, Maura et moi nous retrouvions au café en face du lycée pour déjeuner, histoire de bien commencer la semaine. On se racontait nos week-end autour d'un chocolat chaud ou d'un café avant de commencer l'ennui total de 8h.

- Maura n'est pas là ? demandai-je.

- Non, je ne sais pas où elle est.

- Merde.

Jane haussa les épaules et me raconta la façon dont son frère s'était qualifié la veille avec admiration. C'était bien la seule personne que je connaissais qui s'entendait avec son frère. Elle et lui s'aimaient inconditionnellement et je me surpris à l'envier un peu. Non pas que je déteste Gabriel mais il pouvait se montrer incroyablement lourd parfois.

- Bon, on y va ? dit-elle en finissant sa tasse.

- Let's go.

Je pris mes affaires posées sur la banquette et m'extirpai de celle-ci. Dehors, le ciel était couvert, si bien que je me reprochai de ne pas m'être plus habillée. En arrivant au lycée la sonnerie retentit annonçant le début de la journée. La masse d'élèves présente dans la cour quelques minutes plus tôt commença à se dissiper de droite à gauche pour rejoindre son bâtiment.

- On a quoi là ? demandai-je à mon amie.

- Maths.

- Super...

Elle soupira et me tint la porte pour que j'entre. Je la remerciai d'un regard et débutai une excursion à travers la foule pour atteindre les escaliers. En passant devant la vie scolaire, un surveillant m'interpela :

- Emma ? Tu peux venir deux minutes s'il-te-plaît ?

Je fis signe à Jane de monter sans moi, ce qu'elle fit après m'avoir adressé un signe de la main.

Les élèves commencaient à être de plus en plus rares au rez-de-chaussée pendant que j'attendais, assise sur une chaise. Je détestais ce genre de situation. Je détestais attendre tout simplement. Sur la chaise face à moi, une autre fille de mon âge bougeait nerveusement la jambe. Elle abordait une expression entre l'agacement et la nervosité. Ses cheveux foncés étaient relevés en chignon, dégageant les traits fins de son visage. Elle était habillée typé 80 en émanant une certaine classe. Jouant avec sa bague, elle semblait marmonner. Soudain elle leva la tête vers moi, rencontrant mon regard.

- Tu sais combien de temps ils vont encore nous faire attendre ?

Elle avait dit ça d'un ton sec et cassant, détruisant toute sympathie du premier abord. Je n'avais jamais vu quelqu'un reflétant autant d'émotions dans de si beaux yeux.

- Pas longtemps j'espère.

Elle hocha la tête et sa jambe reprit son occupation.

- Ça va pas ? demandai-je hésitante.

Elle soupira puis regarda à droite et à gauche avant de dire :

- Je sais pas, je suis convoquée par la CPE.

- Ça craint, t'as fais quoi ?

- J'ai frappé quelqu'un.

- Ah, dis-je, ça se comprend.

- Elle l'avait mérité.

Toute personne ayant déjà frappé a sorti cette excuse. Mais la vérité c'est que personne ne méritait d'être malmené, même pas la pire des ordure. Car malmener quelqu'un en venait à nous réduire à la peur.

- Si elle l'avait mérité, tu t'en sortira bien. N'aggrave juste pas ton cas en t'énervant, ils pourraient le retenir contre toi.

Sa jambe s'arrêta, réduisant au silence le coin attente. Elle se recula sur son fauteuil et me sourit sincèrement.

- T'as probablement raison.

Nous nous regardâmes silencieusement quand elle lâcha :

- Cali.

- Emma.

C'était brut, clair. La porte s'ouvrit :

- Emma ? Viens, entre.

Je me levai, adressant un dernier regard à Cali et passai devant le surveillant. Quand je sortirai, elle ne sera probablement plus là mais quelque chose me disait que je n'avais pas fini d'entendre parler d'elle.

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