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Couverture du roman Souffles d'amours interdites

Souffles d'amours interdites

Camilia et Julien bravent les interdits pour vivre leur passion au mépris des tabous. Prisonniers de deux cultures sectaires entre la France et l'Algérie, ils défient les règles pour s'aimer. Leur destin bascule pourtant dans la tourmente quand la pression sociale impose de sauver les apparences. Entre ruptures et sacrifices, notamment celui d'une mère, leurs principes sont mis à rude épreuve. Un récit poignant sur la lutte pour la liberté face à l'étroitesse d'esprit.
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Chapitre 1

À mes deux filles : Ambrîne et Maïssane

Prémices

La relation de deux êtres destinés à s’éprendre, l’un et l’autre s’entrelacent afin de former une unicité, celle-ci va gangrener l’existence des protagonistes. Malheureusement, ces deux cœurs ont aboli les remparts des sentiments et des interdits. L’univers dans lequel, ils évoluent ne leur concédera aucun manquement. Bien qu’issus du même sol, ils subiront les revers de leurs civilisations diamétralement opposées, résolues à les assembler. Ils y perdront plus que leur vie.

Alger,

Il lui sembla qu’une éternité s’était écoulée depuis qu’elle observait sa mère. Ces quelques mèches brunes qui s’étaient libérées de son foulard mauve, élimé à force d’être lavé, collaient à son visage. Elle parcourut du regard ces petites gouttes de sueur qui perlaient sur sa figure burinée, afin de s’abîmer sur le pan de son tablier. La jeune fille s’efforça de deviner les sensibles similitudes physionomiques qui déterminaient leur parenté. Sakina lessivait à grande eau la cuisine d’été, sa blouse bleue usée, ramenée sur ses hanches et coincée par l’élastique de son saroual s’amalgamait à ses cuisses. Seules les branches d’un vieil olivier faisaient office de parasol, limitant l’accès des rayons d’un soleil intrusif. D’une main malhabile, elle recoiffa machinalement son chignon. Elle déversa l’eau savonneuse, inondant ses pieds nus et envoya le balai repousser la mousse vers la rigole. Son regard jais parcourut la pièce pour s’immobiliser sur Camilia. Celle-ci se cabra, espérant se dissimuler derrière le tronc sinueux. La cour était baignée de lumière, malgré l’heure matinale. Un petit souffle d’air timide risqua une visite en dépit d’une température asphyxiante. Sakina achevait sa tâche lorsque le carillon résonna. Camilia se redressa et bondit en direction d’un corridor, le revêtement mural était constitué d’une tapisserie représentant un paysage marin. Il lui arrivait de s’y attarder, elle observait l’horizon, convaincue que la France s’y situait.

Camilia était vêtue d’une blouse orientale ornée de myosotis, ses cheveux noirs ondulés redessinaient l’ovale de son visage parsemé de petites taches de rousseur. Sa mère lui avait raconté que durant sa grossesse, elle s’était régalée de grains de café, mais l’adolescente n’y croyait pas du tout. Deux petites fossettes creusaient ses joues rosies, lui conférant un petit air mutin qui exaspérait sa mère. Ses yeux noisette s’illuminèrent lorsqu’elle découvrit le nouveau venu, elle chercha du regard celui qui faisait battre son cœur

« Lounes ! où est ton père ? » interrogea l’homme de type européen en l’avisant.

Camilia haussa les sourcils quelque peu déçue, sa mère n’appréciait guère qu’elle se manifeste, préférant la consigner aux travaux domestiques internes.

Sakina accourut et balbutia une phrase dans un français haché.

« Lui parti au souk ».

Elle adressa une œillade réprobatrice à sa fille, lui indiquant le chemin de la cuisine.

« Retourne travailler », ordonna-t-elle.

Camilia âgée de dix-sept ans ne comprenait guère les inquiétudes de sa mère, elle ne dérogeait à aucune règle, pourtant l’attitude de celle-ci à son égard demeurait inflexible. En comparaison de son petit frère Kalil, ses droits étaient restreints. Ses parents avaient interrompu sa scolarisation et avaient décrété, à la naissance de celui-ci, qu’elle serait plus utile à la maison. Que les enseignements inhérents aux filles musulmanes s’acquéraient dans le labeur et non, derrière les pages de livres diaboliques, en revanche les garçons étaient immunisés. Camilia soupçonnait ses parents de brider ses acquisitions en la muselant dans la rigueur éducative. L’ignorance était leur alliée, sa mère appréhendait que la curiosité ne rompe les chaînes conformistes.

Depuis quelque temps, l’Algérie française subissait les assauts de manifestations indépendantistes. Cela, Camilia l’avait perçu, elle ignorait quelle devait être sa réaction à cause de sa relation secrète. Mais de quels changements polémiquait-on ? Quelques soirs, elle épiait les discussions, observant ses parents qui s’alarmaient quant aux incidents et aux lendemains incertains. Fallait-il s’inquiéter ? Elle avait étudié la mine des maîtres de maison et les débats houleux concernant l’avenir des rapatriés.

En mille neuf cent soixante-deux, Camilia flaira les clameurs et la colère de la population, cette situation ne rassurait guère son appréhension. La famille Maillard, Camilia l’avait toujours côtoyée. Jusqu’à présent, il lui avait semblé qu’elle faisait partie de son existence. Pierre Maillard, le père, était avocat et officiait au tribunal d’Alger. Cela faisait dix ans que sa famille et lui étaient venus s’installer dans la villa Mansour. C’est durant cette période que la famille Achour fut engagée, les tâches domestiques et l’intendance leur incombaient. Avant cela, Lounes et Sakina travaillaient à la conserverie, mais celle-ci avait été vendue à des entrepreneurs. Pierre Maillard avait les yeux d’un vert très clair, il était d’âge mûr, sur son crâne subsistaient les vestiges d’une défunte crinière couleur miel. Son imposante stature favorisait sa fonction de magistrat. Françoise Maillard, son épouse, n’avait jamais travaillé et passait la majeure partie de ses journées en compagnie d’amies dans les salons de thé et dans les hammams. C’était une femme affable, ses cheveux blonds légèrement ondulés étaient coupés au carré, une tendance venue d’outre-Atlantique. Ses yeux émeraude dessinés en amande épousaient son visage opalin, Camilia admirait le maintien dont elle ne se départait jamais. Et, il y avait Julien Maillard, il avait hérité de ses yeux, c’était ce qui avait séduit Camilia, ses cheveux d’un blond vénitien se confondaient avec les petites tâches de son sur ses joues blafardes, Camilia les avait plus foncées, cette similarité avait amusé les parents qui leur avaient fait croire que c’était dû à un éternuement prénatal, balayant l’allusion aux grains de café.

La rencontre de Camilia et de Julien se déroula en mille neuf cent cinquante. Le petit garçon intrigué par l’ondulation de ses cheveux les lui avait empoignés violemment, celle-ci avait riposté en lui assénant un violent coup de pied.

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