
Schizo... et alors !
Chapitre 2
Le journal d’une fillette
J’ai sept ans et je sais faire parler les morts. C’est monsieur Barnabé qui me l’a appris. Je l’aime beaucoup ce vieux monsieur. Il m’a dit aussi qu’il va me donner ce qu’il a de plus précieux avant de mourir. Parce que je suis une petite fille suffisamment intelligente pour ne pas le décevoir. Alors, je vais être sage et réfléchie. Partout où je vais et en tout instant. C’est dur de savoir tout ça. Ce n’est pas facile non plus d’être riche comme monsieur Barnabé. Il dit qu’il est souvent seul et triste mais que c’est le secret de la richesse.
Voilà ma chambre. Mon intérieur. Il faut qu’il soit rangé, propre, que ça sente bon, comme à l’intérieur de chacun. Monsieur Barnabé dit souvent que si ton intérieur n’est pas beau, tu auras du mal à t’aimer toi-même. Et il faut s’aimer pour pouvoir aimer.
Pour être riche comme monsieur Barnabé, il faut observer. Ça demande de la concentration. Il dit qu’il en découvre tous les jours. Moi, j’ai besoin de savoir toujours plus. J’ai envie de tout connaître. Mais monsieur Barnabé me fait comprendre qu’il y a autant de mauvaises que de bonnes choses en ce monde. Alors, je dois faire la part… des choses !
Pour se comprendre, les humains ont besoin d’un truc qu’ils appellent « poésie ». Monsieur Barnabé m’a fait écouter une chanson de H.F. Thiéfaine qui dit : « Je ne trouve pas de mots assez durs pour te dire que je t’aime ». Je crois que cela va m’aider à mieux cerner les adultes. Monsieur Barnabé note dans un grand livre toutes les citations qui lui semblent expliquer la folie des hommes. Il écrit à ce sujet, toujours de Thiefaine : « La folie m’a aidé à ne pas être fou ». Monsieur Barnabé me dit qu’il fait ça pour moi. Ce livre sera le livre des morts. Mon héritage. Une trace de son esprit à travers l’histoire de l’humanité.
Je sais déjà faire parler les morts : « La vie ne vaut pas la peine d’être vécue sans Amour », Serge Gainsbourg. Il paraît qu’il était un poète malgré sa vulgarité. Eh bien, j’espère qu’il m’entend de tout là-haut. Je suis sa voix pour un instant. Et ce qu’il a écrit, ça fait partie de mon trésor. Des mots. Oui mais monsieur Barnabé dit que les mots sont plus forts parfois que les coups de poing. Il y a des mots qui sont précieux, qui ne s’en iront jamais.
Il me dit qu’il a grand appétit de lecture. J’ai du mal à le suivre mais il m’offre ce qu’il appelle de la bonne nourriture. Un livre ! Au lieu de bonbons et gâteaux, des mots qui se suivent et n’en finissent pas. Je vais le lire car je veux être riche comme lui.
Vous aimerez aussi





