
Refuser d'être marionnette de l’amour
Chapitre 3
Allongée sur le lit depuis peu de temps, j'ai soudain senti de puissantes mains m'enlacer par-derrière, avec surprise, je me suis débattue, mais l'étreinte s'est resserrée plus fortement, c'était Wells.
Il exhalait une forte odeur d'alcool mêlée à un parfum entêtant, la même fragrance nauséabonde que j'avais déjà sentie sur Anna. D'un geste emphatique, il m'a fait comprendre en mimant, « Joy, aujourd'hui c'est ta fête d'anniversaire ! Pourquoi es-tu partie sans même couper le gâteau ? Tu es fâchée ? Demain, je t'emmènerai voir notre nouvelle maison. Je t'en ai acheté un appartement entièrement rénové. Une fois mariés, nous y emménagerons. »
Puis, il me s'approchait pour m'embrasser, mais j'ai tourné ma tête vers ailleurs.
« Fais comme tu veux, mais je n'ai aucune envie d'y aller. »
Devant mon indifférence, Wells, surpris, m'a interrogée en langage des signes, « Joy, tu ne veux plus m'épouser ? »
Son allure d'habituelle autorité semblait si précieuse, si vulnérable à la fois… Si je n'avais pas su qu'il était responsable de mon handicap prolongé, je crois que j'aurais eu pitié de lui ! Mais pour le moment, j'avais trop envie de lui dire « non, je n'en veux plus. »
C'était lui qui m'a triché en premier, il a bien profité l'adultère avec sa maîtresse, tout ça m'a donné aucune envie de ce mariage, pourquoi osait-il de me poser cette question ?
Pourtant, je me suis tue, refusant de riposter. Connaissant son influence à Angers, je n'osais pas tout dévoiler, c'était possible que j'aille mourir ici.
Sous son regard insistant, j'ai fini par souffler, en désignant ma jambe, « J'ai juste un peu mal à la jambe. Allons-y demain. »
Notre appartement se trouvait à côté du parc central d'Angers, le quartier le plus cher de la ville, et avait été conçu par un architecte français. Chaque angle était arrondi pour éviter que je ne me blesse. Toutes les tables et les plans de travail avaient été baissés, pour que j'y accède aisément depuis mon fauteuil roulant. Wells avait pensé à tout… sauf à me redonner l'usage de mes jambes.
Le décorateur m'a décrit chaque aménagement, tandis que Wells traduisait religieusement en langue des signes pour moi. Devant les regards admiratifs des invités, il a posé la main sur mon épaule et, souriant, il a lancé, « Chérie, qu'en penses-tu ? Tu l'aimes ou non ? »
Je me suis tournée pour contempler la pièce. Je devais admettre qu'elle correspondait parfaitement à ce dont j'avais rêvé, je lui avais un jour confié vouloir une immense baie vitrée donnant sur un jardin de tulipes… Tous ces détails, il les avait retenus et réalisés.
Pourtant, ce manoir, aussi parfait, n'était qu'un décor vide en l'absence de l'amour sincère de Wells. Ce n'était pas un foyer, mais un simple logement.
« Joy, ce mur est réservé comme notre mur de photos. Chaque Noël, nous prendrons une nouvelle photo pour l'y accrocher, jusqu'à ce que nous vieillissions ensemble. »
J'ai croisé son regard empli d'amour, mon cœur s'est serré, j'ai failli l'interroger sur sa liaison… mais je me suis ravisée. En langage des signes, j'ai murmuré, « Ton amour pour moi… est-ce que c'est vraiment éternel ? »
Il s'est empressé de me répondre, comme pour m'éviter toute méprise, « Tu es la femme de ma vie, je t'aimerai pour toujours. »
Je me suis détournée, incapable de supporter ce mensonge, il avait déjà rompu nos vœux, et voilà qu'il me serinait des promesses, il pouvait me mentir sans difficulté.
Son téléphone a soudain vibré. Il l'a décroché, un sourire lascif aux lèvres, « Ne t'inquiète pas, j'arrive tout de suite… »
Puis, comme si rien ne s'était passé, il m'a présenté ses excuses, prétextant une urgence en entreprise, et m'a conseillé de continuer avec le décorateur. Pensant que je n'étais pas capable de l'entendre, il a entamé une conversation galante avec Anna, à voix haute, juste devant moi.
J'ai esquissé un rire amer. Quand le décorateur m'a demandé si je souhaitais des ajustements, j'ai simplement secoué la tête et demandé au chauffeur de me conduire ailleurs.
Je ne verrai jamais les tulipes de ce jardin éclore.
Je partirai le jour du mariage. À la cérémonie, il n'y aura que mon corps qui sera là, et je ne vais pas vivre dans cette maison, donc il n'aura rien à voir avec moi comment les décos vont être disposé.
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