
Quand l'Amour Devient Cendres Vives
Chapitre 2
Point de vue d'Ulysse :
Pascale, ma meilleure amie, avait toujours dit que mon amour pour Ulysse était une maladie incurable. C'était un amour aveugle, dévorant, qui me rongeait de l'intérieur. Elle m'avait prévenue maintes fois. Elle m'avait suppliée de le quitter. Mais j'étais incapable de l'entendre.
Cinq ans plus tôt. C'était la nuit de notre "accident". Une nuit que Pascale avait orchestrée avec une détermination que je ne lui connaissais pas.
« Tu es folle, Pascale ! » avais-je murmuré, mon corps tremblant, quand elle m'avait poussée dans la chambre d'Ulysse après la fête de Noël.
« Folle ? C'est toi qui es folle de continuer à l'aimer en secret ! » Sa voix était un chuchotement féroce. « Il te voit même pas ! Ce soir, il te verra. »
Elle m'avait enfermée à clé, refermant la porte derrière elle avec un claquement sec. J'étais prisonnière. Prisonnière de cette pièce, de cette odeur de son parfum boisé qui me faisait tourner la tête, et de cette opportunité folle.
J'avais attendu. Le cœur battant à tout rompre. Puis il était entré. Grand, sombre, magnifique. Nos regards s'étaient croisés. Et le reste n'avait été qu'une succession de sensations, de désirs refoulés qui explosaient enfin. Une nuit. Une seule nuit.
Le matin, je m'étais réveillée dans ses bras, le soleil filtrant à travers les rideaux. Un bonheur pur, inattendu, m'avait envahie. J'avais cru. J'avais vraiment cru que c'était le début.
« Ulysse ? »
Il s'était tourné, ses yeux clairs me fixant sans émotion.
« Qu'est-ce que tu fais encore là ? »
La question m'avait gelée. Mon cœur avait fait un bond, puis s'est écrasé.
« Je... je pensais... »
« Il ne faut pas penser, Mélusine. » Il s'était levé, ramassant ses vêtements avec une indifférence désarmante. « C'était une erreur. »
Une erreur. Un mot. Un mot pour rayer notre nuit.
Quelques semaines plus tard, le verdict était tombé. J'étais enceinte. Mon bonheur s'était mêlé à une angoisse terrible. Comment annoncer ça à Ulysse ?
Quand je lui avais dit, sa réaction avait été glaciale.
« Tu as fait ça exprès, n'est-ce pas ? Pour le Ducrocq. »
Ses yeux s'étaient posés sur mon ventre plat avec un dégoût à peine voilé.
« Tu es une manipulatrice. »
Le mariage avait été une formalité, une obligation sociale. Il avait respecté les apparences. Puis il était parti. Cinq ans. Cinq ans à l'étranger, me laissant seule avec Tom. Seule avec mon amour idiot et sa haine grandissante.
J'attendais. Chaque jour, chaque nuit, je guettais son retour. Le loup en moi, lié au sien, me murmurait de l'espoir. Mais le lien, jadis si fort, s'était affaibli, se transformant en un fil ténu.
Et puis il était revenu. Il y a un mois. Avec Dahlia. Et Gérold.
Le lien qui nous unissait, cette connexion d'âme à âme, était devenue un mur de glace. J'essayais de le toucher, de lui envoyer une pensée, une émotion. Rien. Le silence. Seule l'écho de mon propre désespoir me revenait.
Il est entré dans la maison. Son regard, que je connaissais si bien, n'a pas cherché le mien.
Je me suis approchée de lui, ma voix calme, posée.
« Ulysse. Tom n'est pas bien. Il a de la fièvre, et il tousse beaucoup. Il a besoin d'un médecin. »
Son regard s'est enfin posé sur moi, teinté d'agacement.
« Gérold a eu peur avec le voyage. Il est fatigué. Je dois m'occuper de lui. »
Il s'est tourné vers Dahlia, qui tenait Gérold dans ses bras. Il a caressé les cheveux de l'enfant.
« Tom est avec Marie. Elle peut s'en occuper. »
« Il a besoin d'un médecin, Ulysse. » J'ai insisté, ma voix tremblante malgré moi. « Et il a besoin de son père. »
Il a levé un sourcil, un sourire moqueur sur les lèvres.
« Ne fais pas de drame, Mélusine. Et fais en sorte que Tom ne s'approche pas trop de Gérold. Je ne veux pas qu'il le dérange. »
C'était la goutte d'eau. La retenue s'est brisée.
« Le déranger ? Le déranger ? C'est votre fils ! Votre propre fils que vous abandonnez ! »
Ma voix s'est élevée, brisée par l'indignation.
« Il a été traumatisé aujourd'hui ! Vous l'avez vu ! Vous l'avez laissé ! »
Il a reculé d'un pas, son visage se durcissant.
« C'est ça le problème avec toi, Mélusine. Toujours des drames. Toujours à vouloir attirer l'attention. Dahlia est fragile. Et Gérold a perdu son père. J'ai une responsabilité envers eux. »
Une responsabilité. Le mot résonnait comme un couteau dans ma poitrine.
« Et Tom ? Votre fils ? Il n'est pas votre responsabilité ? »
« Tu as choisi cette vie, Mélusine. Tu as manipulé la situation pour m'avoir. Maintenant, assume les conséquences. »
Ses mots étaient des dagues. Je pouvais sentir le lien entre nous, ce fil invisible, se tendre, vibrer, puis se rompre avec un son assourdissant dans mon esprit. La glace s'est solidifiée, a craqué, puis s'est effondrée.
Mon loup intérieur a hurlé.
« Tu as détruit Dahlia, avec tes manigances. Tu as brisé sa famille. »
« Je n'ai rien brisé ! » Ma voix était un murmure désespéré. « J'ai juste essayé de survivre ! J'ai élevé votre fils seule, j'ai attendu votre retour comme une idiote ! »
« Tu n'as jamais compris, Mélusine. J'aurais toujours protégé Dahlia et son fils. Ils ont besoin de moi. Pas toi. »
Sa froideur était absolue. Les mots n'étaient plus des dagues, mais des balles qui transperçaient mon âme. Je ne sentais plus rien. Le lien, notre lien, s'était éteint. Complètement.
Mon cœur, brisé tant de fois, était enfin mort.
J'ai passé la nuit à veiller sur Tom. Sa respiration sifflante, sa petite main moite dans la mienne. J'avais lutté seule pendant cinq ans. Cinq ans à élever notre fils, à essayer de comprendre, à pardonner. Et pendant ce temps, Ulysse jouait au père de substitution pour le fils d'une autre femme.
Je les avais vus. Lui et Gérold. Aux entraînements de chevaux, aux matchs de football. Ulysse le portait sur ses épaules, riait avec lui. Des gestes qu'il n'avait jamais eus pour Tom.
Tom, qui cherchait désespérément un signe d'affection.
Tom, qui continuait de dessiner des pères et des fils, espérant un amour qui ne viendrait jamais.
J'avais déjà rédigé les papiers. Les papiers pour mettre fin au lien, pour rompre ce mariage. Ils étaient là, dans mon tiroir. Je les avais regardés tant de fois, hésitant. À cause de Tom. Parce que je savais à quel point il aimait son père.
Mais maintenant, son père l'avait abandonné dans les flammes.
Et je ne pouvais plus le laisser espérer.
Le crayon était dans ma main. Mes doigts tremblaient légèrement. Le moment de l'hésitation était passé.
Le lien est rompu, maman. Pas de retour en arrière possible.
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