
Premier round
Chapitre 2
Je rentre du sport, comme tous les soirs, et je m'admire à travers le miroir.
J'adore ce reflet. Un visage séducteur : ma barbe de trois jours assombrit mes traits et mes cheveux denses se chamaillent en quelques mèches rebelles. Un corps athlétique : des muscles abdominaux bien visibles – le fameux 6-pack – et des biceps qui roulent. En résumé : beau gosse et sexy.
Je me prends en selfie, sous plusieurs angles, torse nu, pectoraux contractés, choisis le plus attrayant et le poste sur plusieurs réseaux sociaux après y avoir ajouté des filtres. J'attends les tags, les likes, qui ne tardent pas à se multiplier – mes followers sont fans et actifs – et dès que j'en suis rassasié, je file sous la douche.
À vrai dire, ma vie me plaît.
Mes parents ont financé mes cinq années d'études et mon dernier lieu de stage m'a garanti un emploi à temps plein. J'ai signé mon contrat le jour de mes vingt-six ans dans un cabinet d'expert-comptable où mes capacités ne sont plus remises en doute. Mes horaires sont souples, ce qui me permet de concilier vies professionnelle et privée d'une façon idéale. Mon salaire, très convenable, me rend apte à honorer les factures, payer mes sorties nocturnes, mon adhésion mensuelle à la salle de sport et remplit généreusement mon frigo.
Dans ce tourbillon glorieux, je n'ai à déplorer que mon célibat. Le coup de foudre, les étoiles dans les yeux, les papillons dans le ventre, j'en ignore les effets. Quelques filles m'ont fait tourner la tête, mais aucune n'a su conquérir mon cœur. Alors je me distrais, une nuit ou deux, deux semaines ou trois, le temps de partager maints restos, une idylle, la couette. Le temps qu'elles comprennent que l'aventure s'achèvera bientôt. Je laisse tantôt un goût amer, tantôt un doux souvenir ou tout bonnement une vérité absolue : je ne suis pas le prince charmant.
Bien évidemment, je n'ai jamais eu cette prétention !
Néanmoins, je sais en mon for intérieur que le jour où je croiserai la femme qui saura m'apprivoiser, je serai capable du meilleur pour lui prouver jour après jour mon réel engagement. Me battre pour elle.
C'est l'image que j'ai de l'amour. Ce sentiment qui a bercé toute ma jeunesse. Mes parents m'ont élevé au sein d'un foyer uni et aimant, débordant d'affection. Mon père, un homme bâti dans le roc, m'a appris à aimer les femmes, à les choyer, tout en imposant son statut, sa place de chef de famille. Ma mère, délicate et attentionnée, m'a fait promettre de les respecter, de les écouter et d'être l'épaule sur laquelle elles peuvent se reposer.
Ainsi, je prendrai le temps qu'il faudra pour trouver la bonne, car le schéma patriarcal que m'ont offert mes parents est celui que je construirai à mon tour.
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