Couverture du roman Premier round

Premier round

8.9 / 10.0
Quatre individus aux profils radicalement différents se retrouvent soudainement projetés au cœur d'un environnement impitoyable. Ignorant tout des raisons de leur présence et de l'identité de leur ravisseur, ils s'engagent dans une lutte acharnée pour rester en vie. Face au danger, ils devront affronter leurs démons intérieurs et leur propre part d'ombre. Jusqu'où seront-ils capables d'aller pour survivre ? Leurs principes résisteront-ils à cette épreuve ?

Premier round Chapitre 1

Mon verre de vin, un pessac-léognan d'un délicat rouge rubis, est toujours à portée de main. Quand je ne suis pas au travail, je bois. Pas au point de m'en rendre malade, bien entendu, mais assez pour me sentir bien. Oublier tous ces papillons noirs qui agitent parfois le creux de mon ventre... « L'alcool pâlit beaucoup de maux », m'a-t-on répété, tout gosse, tandis que ma mère rentrait saoule de ses fêtes sans modération entre copines.

Fils unique, j'ai appris à me débrouiller seul rapidement. À l'âge de neuf ans, plus personne ne m'accompagnait à l'école. Même le premier jour de la rentrée. À treize, je me préparais le dîner, mangeais et passais des soirées devant des jeux vidéo de type survival horror, attendant patiemment le retour de ma mère. Elle rentrait souvent tard, encore plus pintée que la veille. Mon cocon n'avait rien de familial. À seize, j'ai pris mon indépendance grâce à mon premier job : peintre en bâtiment. Je louais alors un studio dans les combles aménagés d'un couple de retraités, avec le strict minimum. Dix ans plus tard, je me délecte dans mon deux-pièces et suis désormais agent de sécurité dans une centrale nucléaire. J'assure mes fonctions la nuit.

Bien que le jour je dorme beaucoup, je consacre l'autre moitié de mon temps libre à peaufiner ma cave à vin, arrangée dans mon cellier. Un petit caviste me reçoit une fois par mois et me propose de découvrir de nouvelles saveurs, de nouveaux crus. J'ai un faible pour les vins terreux, à la robe foncée, avec un arrière-goût de végétaux, de sous-bois. Si la dégustation me convainc, je mets le prix et conserve les bouteilles pour les savourer à leur juste maturité. Sans attendre une occasion particulière. Occasion que je ne déclencherai pas... En revanche, il m'arrive également d'acheter de la piquette, pour m'enivrer à grosses lampées. Transmission sûrement maternelle.

Je n'ai pas d'amis, je n'en ai jamais eu. Au collège, évidemment, quelques potes avec qui je fumais à l'abri des regards, derrière une vieille usine abandonnée. Mais dès le premier jour de mon émancipation, je me suis confiné à l'intérieur d'une bulle, appréciant de plus en plus ces instants en retrait, loin des bains de foule et de toutes les facilités de la société. Je me suis accommodé à la vie solitaire, apprenant à m'en satisfaire.

Malgré cela, je me considère comme un garçon sympathique. Je m'entends de manière cordiale avec ceux qui m'entourent. Sans véritable effort. Je salue amicalement mes voisins et mes collègues, ceux qui prennent la relève à l'aube. Je téléphone une fois par semaine à ma mère, qui semble vouloir garder les mêmes habitudes qu'à l'époque de mes treize ans. Je crois volontiers qu'elle est rassurée d'entendre le timbre paisible de ma voix. Elle papote un quart d'heure et a toujours une anecdote agréable. Néanmoins, elle ne pose jamais de questions sur mon travail, ma santé, mes éventuelles relations... On n'évoque pas ces choses-là : chacun son intimité, comme un sanctuaire bien gardé. Secret. Le superflu nous suffit, nous apaise. On ne propose jamais de se voir plus que de raison. Nos rituels sont actés : le réveillon de Noël et les anniversaires, où j'apporte une bouteille de vin. La meilleure.

Mon père, lui, a disparu de mon existence depuis fort longtemps.

Je me souviens de son départ. Je revenais de l'école, réjoui d'être en week-end. Je l'ai surpris sur le parking de la résidence, remplissant le coffre de la voiture de plusieurs cartons et sacs de voyage. Il était stupéfait de me voir : il ne m'attendait visiblement pas si tôt...

Naïvement, j'ai cru qu'il nous préparait une surprise, un périple quelque part à la montagne. Lorsque j'étais tout petit, on allait souvent dans les Alpes, tous les trois, pour randonner à travers les cimes majestueuses. On dormait sous une tente, à la sauvage. On avait froid, alors la proximité de nos corps nous réchauffait. À l'instar d'une famille unie.

Seulement, je faisais erreur.

J'ai mis du temps à comprendre qu'on ne ferait pas partie de son évasion. Ni ma mère ni moi. Je me rappelle seulement de cette femme à la peau métissée, aux yeux pers, assise sur le côté passager, peut-être navrée, et mon père qui m'a pris dans ses bras et m'a glissé à l'oreille : « Dis à maman qu'il faudra payer le loyer avant la fin de la semaine. Je dois m'en aller quelques jours ».

Quelques jours : la blague.

Je ne l'ai plus revu et il ne m'a pas recontacté. Terminé : privé d'un père à dix ans. Simplement ces derniers mots en mémoire, un baiser furtif sur la joue et la vision d'une voiture qui s'éloigne. En trombe. Sans jamais faire demi-tour. J'ai monté quatre à quatre les escaliers menant à l'appartement, le cartable m'écrasant les épaules et cherché une lettre, un mot d'explication. Rien. Un abandon pur et simple.

S'en sont suivis l'incompréhension de ma mère, ses crises d'angoisse et de larmes, sa déchéance, l'ivresse... Et ma prise de conscience qu'il me faudrait apprendre à vivre seul.

Continuer la lecture

Table des matières de Premier round

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
Ch. 6
Ch. 7
Ch. 8
Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
all

Vous aimerez aussi

Romans Nouvellement Sortis

Couverture du roman Après ma mort, il piétine mes cendres
8.5
Trois jours après mon décès, l'annonce de ma disparition laisse Louis Richard de marbre. Trop occupé à enlacer une autre femme, ce richissime homme d'affaires rejette froidement l'appel de la morgue, exigeant qu'on procède à la crémation avant de daigner se déplacer. Ce n'est qu'une fois ma dépouille réduite en poussière que le milliardaire consent enfin à venir récupérer ce qu'il reste de moi. Une romance moderne sombre et déchirante sur l'indifférence.
Couverture du roman Dans un Sex-Shop : Piège ou Fantasme ?
9.6
En aidant sa mère dans sa boutique érotique, une jeune femme épuisée commet l'erreur de s'installer dans un fauteuil d'exposition très spécial. Prise au piège de ce mobilier insolite, elle se retrouve totalement incapable de bouger. C'est à ce moment précis que Xavier Droz franchit le seuil du magasin. Face à cette silhouette immobile, il commet une méprise incroyable : la prenant pour une simple poupée érotique, il s'approche et lui retire son short sans hésiter.
Couverture du roman Du faux mari au vrai magnat
9.0
Après deux ans d'union, Pauline Morel découvre l'effroyable vérité : son livret de famille est un faux. L'homme qu'elle aimait, Antoine, est marié en secret à une autre et s'est servi d'elle comme couverture, lui faisant même élever son propre enfant biologique. Décidée à se venger, Pauline récupère sa colossale succession légitime et disparaît. Pensant qu'elle reviendra ramper, Antoine est sous le choc lorsqu'elle réapparaît dans les médias, unie au plus puissant magnat du pays.
Couverture du roman Le Casse Routiers II
9.7
Face à l'absence de preuves, les autorités hésitent à lier le décès d'un prétendu Roumain aux récents drames. Pourtant, entre le lynchage d'un ancien routier devenu SDF à Prague, un meurtre violent dans les Alpes autrichiennes et l'attaque chimique mortelle ayant frappé un chauffeur dans le Jura, les connexions semblent troubles. Ce second volet plonge le lecteur dans un récit policier aux frontières du fantastique, où les faits divers cachent une réalité bien plus sombre.
Couverture du roman Le monde d'après
7.8
La Terre a fini par se soulever contre l'humanité après des siècles de pillage et de pollution. Ce réveil brutal a engendré des catastrophes naturelles majeures, anéantissant presque toute vie. Dans ce chaos sauvage dépourvu de lois, Pauline lutte quotidiennement pour sa survie. Son périple au cœur de ce monde dévasté est marqué par des confrontations périlleuses et des rencontres imprévisibles, où la nature humaine révèle ses aspects les plus sombres comme les plus nobles.
Couverture du roman Quand l'hiver renonce au printemps
9.4
Pour Luna Leroy, le compte à rebours a commencé. Déterminée à s'évanouir dans la nature sans laisser de traces, elle initie des démarches irréversibles pour effacer son existence administrative. Dans deux semaines, plus personne ne pourra remonter jusqu'à elle. Cette décision sans retour marque le début d'une quête de liberté absolue, où chaque seconde compte avant sa disparition définitive. Parviendra-t-elle à mener son plan à bien ?
Chapitres
Lire
Partager