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Couverture du roman Pourquoi? Parce que nous sommes les filles !

Pourquoi? Parce que nous sommes les filles !

Face à l'injustice, une jeune femme déterminée décide de s'attaquer frontalement aux discriminations sexistes. Prête à braver tous les interdits et à enfreindre les lois établies, elle se lance dans un combat acharné pour l'égalité. Son ambition dépasse sa propre réussite : elle souhaite mobiliser ses paires pour les aider à s'émanciper. Cette quête de liberté, parsemée d'obstacles majeurs, exigera d'elle un sacrifice personnel profond et un courage exemplaire.
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Chapitre 2

Les trois femmes étant enceintes en même temps, elles attendaient le jour fatidique de l’accouchement.

Neuf mois plus tard, on ne savait pas si Balis était malchanceux ou chanceux : les femmes donnèrent naissances à des filles. Cette fois-ci en moins d’une semaine il encaissa la colossale somme de vingt - cinq millions de francs de dots. Toutes ces trois femmes eurent des fillettes très jolies. L’une a fait des triplets, l’autre des quadruplets, et la troisième des jumelles.

Ainsi, en moins de trois ans, Balis reçut la somme de trente millions de francs CFA, grâce à la naissance de onze enfants de sexe féminin, issues de cinq femmes.

Naissance des héritiers

Balis ne désespérait pas : « ce ne sont pas les femmes qui manquent », se dit – il. Il prit une sixième femme. Pour lui, s’il fallait aller jusqu'à vingt femmes pour avoir un héritier, il le ferait, il allait remporter le prix du prestige. La résolution était prise. Un fils lui donnerait honneur et supériorité. D’ailleurs l’argent n’était pas un problème pour lui, il avait déjà payé la dot d’une dizaine de filles.

La sixième femme vint. Cette fois-ci, le ciel ne fut pas sombre pour ce dernier. Lorsqu’il vit la sage-femme sortir de la cabane le bébé en mains, il était très heureux. Après les rituels, il entreprit d’organiser une grande fête pour l’arrivée de ce dernier. Elle se déroula en toute convivialité. Ses amis le félicitèrent pour son acharnement à avoir un fils.

La mère du garçon fut très honorée, elle était celle qui avait donné naissance au prince tant attendu. Elle était bichonnée et vénérée par toutes les autres. Son époux était toujours dans sa cabane, oubliant toutes les autres femmes qui commencèrent à être vertes de jalousie sans le manifester pour autant.

La mère du garçon eut plusieurs pagnes achetés en ville. Plusieurs jolies sandales que les autres n’avaient pas eues du tout.

Jadis, Naïmatou dont le diminutif était Naï, fut l’enfant préférée de papa et de sa mère qui l’aimait beaucoup. Pour eux, elle était la plus belle de toutes. Mais depuis l’arrivée du garçon, le père avait délaissé Sadiatou et sa fille Naïmatou qui étaient gênées face à cette situation.

Un jour elle vint près de sa mère et lui posa quelques questions qui exprimaient ses incompréhensions:

- Maman, pourquoi papa ne vient plus me prendre pour la promenade ?

- Naï, ton papa est très occupé pour l’instant, mais bientôt il sera de nouveau avec toi.

- Non maman, je vais aller le retrouver dans sa cabane !

- Non ma fille ! C’est interdit ! Il est le seul à venir ici, l’inverse ne peut point se produire.

- Pas même toi ? Tu ne peux y aller toi aussi ?

- Evidemment !

- Pourquoi maman ?

- Il y a des choses que tu ne peux encore comprendre à trois ans. Sois patiente, plus tard tu les appréhenderas. Sais –tu que les filles ne marchent pas avec les hommes ? Il n’y a que les garçons qui le font.

- Oh ! Pourquoi ? Ce n’est pas juste ! Est-ce mauvais d’être une fille, maman ?

- Non ! Mais la fille est différente du garçon en tout !

- Je ne saisis pas maman !

- Qu’est-ce que tu veux comprendre ?

- La différence entre une fille et un garçon.

- Le garçon est formé pour être chef de famille à l’avenir, alors que la fille est formée pour être femme au foyer et rien d’autre. De plus, une fille ne traîne ni ne joue dehors, elle reste toujours à l’intérieur de la maison.

- Je ne perçois pas toujours la différence.

- Naï, lâche- moi avec tes questions. J’ai l’impression d’être devant un tribunal.

- Un tribunal ? C’est quoi ?

- Et ça recommence ! Attends d’être grande. Tu approuveras !

- Je veux comprendre !

- Non ! Va jouer dehors, tu es ennuyeuse !

- Mais tu viens de dire qu’une fille ne traîne et ne joue pas dehors !

- Ok ! Aide maman à retirer quatre mesures de riz du sac.

- Oui maman.

Naïmatou était très intelligente, sa maman et les habitants de la localité l’aimaient beaucoup.

La petite fille partit toute triste, elle alla retirer le riz du sac posé au coin de la cabane. Sa maman était ravie de la voir l’aider. Mais sa tristesse l’émouvait, elle souhaitait vivement qu’elle puisse la saisir sans poser des questions. La maman essayait de la persuader, toutefois elle oublia qu’un enfant pose toujours des questions, afin de mieux percevoir son entourage, son milieu de vie. Elle essaya une fois de plus, mais en vain !

- Naï, viens ici. Tu grandis déjà et bientôt tu iras chez ton futur époux.

- Oui maman.

- Donc, tu dois apprendre les bonnes manières.

- C’est quoi les bonnes manières ? - Etre une bonne femme au foyer.

- Donc, tu es une mauvaise femme au foyer ? - Pourquoi dis-tu cela ?

- Papa est toujours avec l’autre maman !

- Oui, elle a accouché d’un enfant mâle.

- En définitive pour être une bonne épouse, je dois faire un garçon ?

- Naï tu es hyper lassante avec tes questions. Aide maman à présent et ne cherche pas à tout

En toute docilité, elle aida sa maman à porter de l’eau, à faire la vaisselle, à tamiser le couscous, etc.

Le papa qui était pourtant très présent, fit pratiquement six mois sans mettre les pieds dans la cabane de sa mère. La petite était tourmentée, elle se demandait comment son papa pouvait rester plusieurs mois sans la voir et sans en être gêné.

Sept mois plus tard, Kaliba, la mère de Balisou, l’unique garçon de la famille, était enceinte pour la deuxième fois. Sa destinée était vraiment rose : une fois de plus, elle honora son époux en enfantant un autre garçon. Monsieur Balis en fut comblé. Cet autre garçon l’amenait à rejeter totalement et définitivement Naï qui était déjà déprimée par l’absence prolongée de ce dernier.

Plus tard, Kaliba eut encore le privilège qu’aucune femme n’eut eu en étant enceinte pour la troisième fois.

Cette fois, il n’y avait pas que le ciel qui la bénissait, mais aussi la terre et la nature : elle accoucha des triplets, trois beaux garçons. Ainsi en quelques temps, elle avait donné cinq garçons à Balis.

On eût dit que les cellules sexuées Y de Balis étaient bien rangées quelque part dans un coin de ses bourses pour attendre la venue de Kaliba.

Kaliba était devenue une reine, au propre et au figuré, la référence même de la localité. Elle recevait des éloges de tous. Les autres femmes se sentirent diminuées face à elle, ce coup de maître venant de sa part les avait intimidées en les rendant vertes. Celles qui avaient eu le courage d’aller à la seconde grossesse pour les unes et à la troisième pour les autres, avaient récidivé une fois de plus le déshonneur d’aligner des filles. D’aucunes disaient que Kaliba était une sorcière et d’autres préféraient se dissimuler dans le silence. Quant à cette femme, elle était celle qui était couronnée, elle incarnait bien le rôle de l’épouse la plus affectionnée.

Quand les femmes se disputaient, Sadiatou, la maman de Naï, jouait l’unificatrice. De toute évidence, c’était elle la première épouse, par conséquent c’était à elle de le faire. Elle allait chez toutes celles (ses coépouses) qui avaient besoin d’assistance dans leur hutte respective pour donner un coup de main. Elle et Kaliba devinrent proches, si proches que leur amitié et leur proximité devinrent un sujet d’admiration pour les unes et un mystère pour les autres. Elle laissait souvent ses deux filles aller prêter main forte à la maman des trois nouveaux nés.

La non/sous scolarisation

Naï avait six ans et le fils aîné de Kaliba trois ans lorsque le papa décida d’inscrire celui – ci à l’unique école de la localité qui se trouvait à deux kilomètres de la concession familiale.

Les filles n’avaient pas droit à l’éducation : les futurs conjoints de ces dernières avaient donné la ferme interdiction de ne point les scolariser. Lorsque le futur époux versait la dot à la naissance, il décidait de la scolarisation ou non de sa future épouse. Ainsi quatre - vingt quinze pour cent des beaux-fils refusaient que leurs épouses sachent lire ou écrire.

La majorité des filles de la famille n’étaient pas instruites. Pour celles qu’on pouvait qualifier de chanceuses, celles dont les époux n’avaient pas exigé la sous – scolarisation, leur niveau d’étude ne ressemblait pas à grand-chose. Celle qui avait le privilège d’aller à l’école, si on peut le dire, elles y allaient deux jours sur cinq et une année sur trois, puis s’arrêtaient là. Elles arrêtaient carrément les classes avant d’atteindre le cours moyen première année. Elles ne pouvaient juste lire et écrire que quelques phrases et syllabes de la langue française ou anglaise, avec une main d’écriture semblable à celle d’un enfant de deux ans qui apprend à former les premières lettres.

Une maman avait pour mission d’enseigner sa fille à bien tenir une maison, à bien faire les mets, à prendre parfaitement soin de son futur mari et surtout à faire l’exploit de l’honorer en donnant naissance à un garçon. Cette dernière exigence n’était pas toujours chose évidente.

C’est avec des pagnes et des sandales différents, correctement assorties à son vernis que Kaliba conduisait son fils à l’école, ce qui la rendait outrecuidante. Elle se voyait complètement supérieure aux autres femmes, pas seulement vis – à – vis de ses coépouses, mais également de toutes les femmes incapables de donner un garçon à leur mari. Elle était enjolivée par son époux et tout le monde n’avait d’yeux que pour elle. Elle se disait : même les femmes qui viendront après elle ne pourraient atteindre son standard, vu qu’elle avait uniquement des fils.

Là-dessus elle n’avait pas du tout tort : son époux prit quatre autres femmes lorsque ses enfants cadets avaient dix ans, c’est – à – dire environ douze ans après son arrivée. Il prit pour épouses des jeunes femmes de 25 et de 27 ans qu’il avait déjà dotées depuis longtemps. D’après les coutumes du village, elles étaient déjà considérées comme vieilles en entrant dans un foyer. Généralement, les filles se marient ici dès l’âge de douze, treize, quinze ans. Ce n’était pas le cas pour elles, bien qu’elles fussent déjà dotées. Kaliba était défiante : les nouvelles femmes lui avaient ravi le titre de vedette.

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