
Passionnément amoureuse d'un prêtre catholique romain
Chapitre 2
Après la dissipation de l’effroi, je volai de surprise en surprise en revoyant mes enfants, au premier plan, certes pas au grand complet, car deux d’entre eux, Christophe et Sophie n’y étaient pas. J’embrassais du regard ceux que j’avais sous les yeux, avant de leur adresser individuellement une longue accolade émue.
Je vis tour à tour Paula et Paul, à un petit pas de la trentaine, tout sourire, assis côte à côte, leur complicité de jumeaux n’ayant pas changé d’un iota avec l’âge. A la droite de Paul était assise Irina, son épouse qui tentait de maîtriser leur jovial petit Roman qui allait vers sa deuxième année. Après avoir serré très fort Paula, puis Paul et enfin Irina contre moi, je pris le remuant Roman dans mes bras et poursuivis ma tournée avec lui. Je constatai que Fernand, le mari de Paula, n’était pas aux côtés de son épouse, ni leurs deux enfants Guy et Lisa, respectivement âgés de cinq et trois ans. Je tombai dans les bras de Siméon qui était avec sa compagne Aurélie.
Mon petit Siméon, déjà vingt-six ans ! Que le temps passe vite ! Mais il avait toujours ce petit œil scintillant qui trahissait sa joie profonde, et ce rayonnant sourire de petit garçon, illuminant son beau petit visage, me rappelait les jeunes années de mon fils. Un peu plus loin, je vis Lydia et Violaine, mes deux petites perles. Elles étaient égales à elles mêmes, toujours aussi débordantes d’énergie, si communicatives d’enthousiasme, acclamant tout fait de tout cœur. Et cet air juvénile qui scintillait de ma deuxième et précieuse petite paire de jumelles me fit ressentir un frisson de fierté.
Malgré l’épuisement qui me terrassait et cette surprise qui me paralysait, la présence de mes enfants me fortifia et je ne pus cacher ma joie quand je les vis féliciter, avec un enthousiasme de gamins, leur benjamine de sœur pour avoir tenu le secret jusqu’au bout et pour avoir permis de faire de moi la victime de leur petite machination. J’étais même heureuse de l’entendre critiquer mes goûts et rappeler à ses sœurs combien elle détestait faire les courses avec moi. De toute façon, quoiqu’elles eussent pu faire ce jour-là, j’en étais tout simplement fière et heureuse.
Et tous ces visages tout autour ! Toutes ces personnes très familières que je n’avais pas revues depuis des lustres et dont, pour certaines, je n’avais plus aucune nouvelle, mon impardonnable oubli les ayant tout bonnement enfermées dans un compartiment de ma mémoire que je ne consultais plus.
Mais la plus grande des surprises fut la présence de Père Paolo, l’homme pour lequel j’avais dérouté aveuglément mon destin pour le fourvoyer dans le fond d’un nulle part.
Que de blessures ! Que de souffrances endurées ! Que de larmes versées ! Que de nuits d’insomnie ! Que de frustrations ! Ce jour me rappela tous les longs moments douloureux, ainsi que tous les petits instants de bonheur capturés à la dérobée, d’un passé qui, en réalité, n’est jamais resté bien loin de moi. Dès cet instant, la plaie béante que j’avais passé près de trois décennies à tenter de panser se rouvrit. Je me vis soudainement anéantie, mes fragiles garde-fous se brisèrent comme une digue sous la pressante poussée d’un bassin en crue.
J’étais plantée là, impuissante, figée, blême, flageolante et perdue, rattrapée une fois de plus par l’irrésistible vortex de ce passé que je me suis tant et tant de fois démenée à occulter. Décidément, ce jour n’était pas un jour comme les autres. Les crampes douloureuses, traînées toute la journée et que ma brève euphorie essayait de souffler comme du vent chassant les nuages, cédèrent leur place à l’engourdissement et du corps et de l’esprit ; un seul mot trottait dans ma tête pour tout résumer : gâchis.
Mais fort heureusement, un coup de théâtre me sortit momentanément de ce marasme mental qui s’apprêtait à m'engloutir. Décidément, ce jour était pour moi celui des sensations fortes. En effet, au moment où je frisais l’effondrement psychique, Christophe et Sophie dont l’absence m’inquiétait, sortirent de nulle part et m’offrirent la plus éclatante des surprises. Une telle effusion d’émotion jaillit de moi lorsque les deux m’entourèrent de leur affection ! Je ne pus cette fois contenir mes larmes.
« Toi qui es là-haut, Toi qui es ici-bas, Toi qui es en moi, Toi qui es partout et tout le temps à la fois, Toi le Maître des mondes visible et invisible, des mondes perceptible et imperceptible, Toi le Dieu des dieux, Toi l’Ame des âmes et l’Esprit des esprits, Toi la Puissance des puissances, Toi qui créas l'HOMME et la FEMME par Amour, Toi qui les unis et les bénis pour la première fois en leur offrant Ton amour infini, Toi qui me créas FEMME, Toi qui me connus avant même que je ne vinsse au monde, Toi qui me connais mieux que moi-même, écoute ma voix, écoute mon cœur, écoute mes pensées, écoute mes sentiments, écoute ma prière, écoute les cris et les pleurs de mon âme qui se perd dans les méandres de l’inconnu.
Si je suis dans le faux, ramène-moi dans le vrai ; si je suis dans le noir, ramène-moi à la lumière ; si je suis dans le péché, pardonne-moi, si je me suis égarée, ramène-moi à Toi, et si tout ceci n’a rien de ta volonté, alors, mon Dieu, s’il te plaît, manifeste-Toi et dis-moi ce que je dois faire, efface tout ce que je ressens et montre-moi le bon chemin ! »
Telle a été ma prière quotidienne pendant des années. Je ne cessais d’invoquer et de demander au bon Dieu de m'aider à vivre une vie normale et de me guérir de ce malaise chronique qui ressemblait à s'y méprendre à une grave maladie incurable. Je ne suis pas née avec, oh, non !… Je l'ai contractée au détour d’une innocente promenade dans le jardin du bon Dieu, à seize ou dix- sept ans, l'âge dit ‘d’or’, l'âge où toutes les filles normalement constituées ne rêvent et n’espèrent qu’une chose : l’apparition miraculeuse de l’homme providentiel. Aujourd’hui encore, je suis incapable de dire comment, pourquoi et quand tout ceci commença, ni même ce qui l’eut déclenché.
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