
Passionnément amoureuse d'un prêtre catholique romain
Chapitre 3
Il fut même un temps où je ne supportais plus rien de ce monde au sein duquel je me croyais perdue, car j’estimais ne pas y trouver ma place. Et pour tenter de m’en sortir, je dus aller jusqu’à consulter un spécialiste.
— Je me sens atteinte d’une maladie rare Docteur, et je recherche désespérément une thérapie efficace pour en venir à bout.
— Qu’attendez-vous de ces séances ?
— Qu’elles m’aident à faire un bilan constructif pour que j’accepte définitivement tous les faits douloureux qui sont survenus dans ma vie !… Je voudrais sortir de cette impasse, de cette maudite prison qui m’asphyxie.
— Êtes-vous consciente que vous vous êtes laissées enfermer dans cette ‘prison’ comme vous le dites ?
— Oh, que oui !… J’ai essayé de briser les barreaux pour m’évader de cette prison. J’ai voulu retrouver la liberté qui semblait me sourire de l’autre côté de la vie et qui, je le croyais, me tendait les bras. Mais la liberté m’a jugée trop encombrante pour le moment et pas encore prête à la rejoindre. Elle n’a pas voulu de moi, parce que j’étais encore surchargée de ce passé. Voilà pourquoi j’ai besoin d’une aide qui me permette de me défaire de ce lourd fardeau que je traîne depuis trop longtemps.
— Et avez-vous vraiment envie d’en sortir ?
— Bien sûr ! Je ne serais pas ici autrement !… J’en ai marre, vous savez !… J’en ai vraiment ras le bol ! Je veux m’en sortir, oui, m’en sortir absolument, mais je sais que je ne le pourrais pas par mes propres moyens…
— OK !… Nous allons tenter de nous y atteler… mais… ne vous faites pas trop d’illusions. Je ne suis pas une magicienne. Rien ne se fera d’un simple coup de baguette. Vous ne réussirez cette thérapie que grâce à vos propres efforts. Votre volonté sera le point déterminant du travail que nous tenterons d’entreprendre. Et moi, mon rôle ne consistera qu’à vous accompagner, du mieux que je pourrai, dans votre quête de guérison, car le résultat de vos efforts sera la conséquence de votre profond désir. Il ne vous arrivera que ce que vous espérez sincèrement, on est bien d’accord ?
Loin d’être convaincue d’avoir pris la bonne décision, partagée entre ma réelle volonté de rompre à tout jamais avec cette néfaste liaison fantomatique et mon clandestin désir de vivre éternellement avec ce si bon et pourtant si douloureux sentiment de frustration, je regardai la psychologue, l’air désorienté, complètement égarée dans les vagues mouvementées de mon lointain passé qui m’escortait fidèlement, moi, presque quadragénaire à l’apparence très usée.
Vautrée dans ce canapé qui avait l’air d’avoir offert sa douce hospitalité à toutes les âmes perdues de la ville, j’étais assise face au Docteur De Brillard qui m’auscultait soigneusement du regard, recherchant sans doute le petit geste salutaire ou la moindre réaction salvatrice.
Avec ma tête légèrement penchée vers l’épaule gauche, les mains soutenant fermement par les rotules mes jambes croisées, l’air d’une enfant, je me sentais envahie par un triste sentiment d’impuissance et de désespoir, et aucune pression supplémentaire de mes frêles mains sur mes genoux ne pouvait empêcher mes glandes lacrymales de laisser deux filets de larmes chaudes ramper lentement le long de mes joues.
Le regard toujours fixé sur le Docteur De Brillard et, d’un ton désespéré, je lui demandai :
— Avez-vous déjà été amoureuses, Docteur ?… Euh, je veux dire, réellement et profondément amoureuses, envoûtées, ensorcelées… l’avez-vous déjà été ?
Elle esquissa un sourire amical puis, d’un air décontracté et rassurant, presque ironisant, le Docteur De Brillard me répondit :
— Je n’ai pas encore eu la chance de rencontrer l’élu ni d’éprouver un sentiment d’une telle intensité. Mais cela dit, je ne suis pas pour autant aux abois, j’en ferai l’expérience le moment venu. J’ai tout mon temps, vous savez !
Hochant mélancoliquement la tête, me mordillant nerveusement les lèvres et, toute trempée de larmes, je lâchai doucement, d’une voix totalement inaudible :
— Moi, si… je n’y comprends rien, j’en souffre encore aujourd’hui après tant d’années, j’ai tellement mal que je n’ai parfois plus aucune envie de vivre !… C’est trop dur d’aimer !… Surtout lorsqu’on aime la mauvaise personne…
— Voulez-vous un verre d’eau ? me demanda promptement la psy.
— Non, merci, ça va aller !
— A présent, détendez-vous et nous allons essayer de parler. Considérez-moi comme une amie, une confidente, voulez-vous ?
Haussant négligemment les épaules, je répondis sans enthousiasme :
— Si vous y tenez !
Il était quatre heures de l’après-midi. Le soleil se retirait discrètement pour s’éclipser vers d’autres horizons où sa courte absence paraissait déjà trop longue et où sa rituelle réapparition était, comme toujours, attendue avec la plus grande impatience.
Couchée dans ce moelleux canapé que l’on pourrait qualifier de confident – car les secrets, il dut en entendre des dizaines de milliers
– je scrutai, fixai évasivement le plafond un long moment, écarquillant les yeux, battant les paupières à un rythme inconscient et désordonné pour tenter de repousser la tonne de larmes qui m’inondait les yeux.
Espérant m’échapper de cette terrible souffrance, je me sentis transportée hors de moi et de ce canapé, m’imaginant soudain en femme comblée, prête à rentrer chez moi après une longue journée de travail, et d’y rejoindre mon homme qui m’enlacerait, à qui je raconterais le déroulement de ma pénible ou joyeuse journée, avec qui j’échangerais des confidences, des rires et des regards complices. Plongée dans cette délirante mélancolie, je me laissai franchement aller et me mis à pleurer pour de bon, sans aucune retenue. Le Docteur De Brillard se leva pour aller chercher une boîte de mouchoirs qu’elle revint poser sur la table basse, juste devant moi, en m’invitant à m’en servir.
D’une main tremblante, je pris un mouchoir, m’essuyai les yeux, me mouchai bruyamment et vigoureusement comme pour me vider de tous ces tourments qui me bourraient le crâne, puis envoyai le mouchoir souillé nicher dans le fond d’une corbeille.
Vous aimerez aussi





