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Couverture du roman Passionnément amoureuse d'un prêtre catholique romain

Passionnément amoureuse d'un prêtre catholique romain

Portant l'enfant d'un prêtre dévoué, une femme décide de garder le secret pour protéger l'homme qu'elle aime et la carrière qu'il sert. Face aux rigueurs du droit canon et au poids de l'Église catholique, elle choisit d'élever seule ce bébé, fruit d'un amour interdit. Entre mensonges nécessaires et foi inébranlable, ce récit explore la place de la femme et de la passion au sein d'une institution millénaire, questionnant la compatibilité entre l'amour charnel et le sacerdoce.
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Chapitre 1

« Bonsoir, soyez les bienvenus et merci d’avoir bien voulu nous honorer de votre présence… c’est par ici, si vous voulez bien me suivre. »

Mes enfants avaient répété ces phrases à peu près une bonne cinquantaine de fois, accueillant et installant les convives les uns après les autres, au fur et à mesure qu’ils arrivaient. Il était sept heures du soir. Pratiquement tous ceux qui avaient accusé réception de l’invitation avaient fait le déplacement. à l’exception de Sabine qui, pour des raisons de santé, n’avait pu se déplacer. Elle était une vieille amie, une relation qui remontait à mes jeunes années d’activités paroissiales : nous faisions partie de la même chorale. Elle n’était pas en mesure de se joindre aux autres, contrainte de veiller sur son mari qui avait frôlé la mort trois jours auparavant, à la suite d’une attaque cardio-vasculaire.

J’avais d’ailleurs eu l’occasion de leur rendre visite la veille, mais elle s’était bien gardée de céder à la tentation de trahir la confidence dans laquelle mes enfants l’avaient plongée. La seule allusion qu’elle avait faite à l’âge, au cours de notre conversation plutôt triste, ne pouvait me mettre la puce à l’oreille. Toutes les phrases mornes qui sortaient de notre bouche étaient désespérément rattachées à l’infarctus de son mari surtout qu’« à nos âges avancés, la cinquantaine nous a fait basculer dans ce versant qui fragilise très vite les organismes », avait-elle dit avec fatalisme. J’avais cinquante ans et j’en étais bien au courant, pourtant cette évocation du « quinqua » m’avait fait un effet qui n’était pas des plus réjouissants.

Ayant vu le mari de Sabine là, immobile dans son lit, pâle comme un mort, je m’étais tout à coup sentie vieille et mourante moi aussi, et la peur de je ne sais quoi m’enveloppa tout entière. J’aurais bien aimé ne pas avoir à rejoindre le « Club 50 » de si tôt ; hélas, j’y étais désormais en plein car la nature me rappelait que la jeunesse n’est qu’un emprunt qui doit absolument être remboursé au terme du contrat et nul ne peut en réchapper. Fêter la vieillesse, célébrer le déclin de la vie, n’était pas tellement ce que j’avais à l’esprit, pourtant mes enfants s’en réjouissaient activement et tous leurs invités étaient au rendez-vous, il ne manquait plus que l’intéressée : Moi.

S’étant concertés, mes enfants avaient confié à Mélanie, la benjamine de la fratrie, la délicate mission de m’éloigner de chez moi le plus longtemps possible afin qu’ils aient le champs libre pour mettre leur projet à exécution. Prétextant qu’elle désirait ardemment revivre l’époque de son adolescence où je l’accompagnais faire ses courses, où nous passions plus de temps à nous contredire sur ses choix qu’à trouver un bon article, où elle jugeait mes préférences trop « glauques » et que je trouvais les siennes trop vulgaires, où les pauvres vendeurs nous sortaient tout ce qu’ils avaient de meilleurs dans leurs stocks sans pour autant que notre choix ne se porte sur un seul article, elle m’avait demandé de l’accompagner faire des courses importantes au centre ville, en soulignant avec ironie que « ton coup d’œil un peu vieillot me serait très utile cette fois.»

J’étais très heureuse de la revoir après un petit moment de séparation ; en réalité, un seul jour sans voir mes enfants me paraît comme une éternité et les revoir me transporte toujours de joie car ils sont ma seule raison de vivre. Sa sollicitude, bien qu’ironiquement formulée, n’eut, tout naturellement, eu aucune difficulté à flatter mon ego. Ignorant que tout ceci n’était en fait qu’une simple diversion, je m’étais jetée dans son jeu et nous voilà au centre ville, comme autrefois, en train de juger telle robe, telle jupe et tel chemisier trop ceci ou pas assez cela. Naturellement, rien n’était assez beau et il fallait continuer la recherche d’articles rares qui puissent trouver grâce à nos yeux à toutes les deux, sachant pertinemment que nous n’avions pas les mêmes goûts vestimentaires et que le contraire n’était pas prêt d’arriver.

Tout était finement pensé pour faire de cette surprise un évènement exceptionnel. Mélanie avait en outre le devoir de ne pas commettre l’erreur de m’informer sur la présence de ses frères et sœurs qui, à cet instant, se trouvaient planqués chez leurs amis.

Un demi-siècle, ça se fête dignement, et on ne lésine pas sur les moyens. Pour mon cinquantième anniversaire, mes enfants avaient prévu de m’offrir un jour inoubliable, un moment grandiose pour me témoigner leur amour et leur soutien dans toutes les épreuves que ma petite vie si mouvementée a traversées et qui, en retour, l’ont façonnée. Ma silhouette de quinquagénaire n’était que le pâle résultat de toutes ces étapes jonchées sur mon parcours et que j’ai dû franchir sans avoir d’autres choix.

Avec l’aide et la complicité de Lydie-Violette, mon amie de toujours, ils avaient méticuleusement préparé cette soirée en sélectionnant les invités parmi les personnes qui m’étaient ou qui m’avaient été les plus proches ou les plus intimes, même si j’avais perdu de vue la plupart d’entre elles au fil des années.

Inoubliable ! Ça l’a été, au point d’avoir radicalement transformé le reste de l’existence d’un des convives.

A sept heures et demie du soir, lessivée par la promenade inutile que ma fille m’avait fait faire à travers la ville dans son interminable quête pour un innommable objet si rare qu’il s’est, en fin de compte, avéré introuvable, je rentrai chez moi complètement éreintée, avec en tête une seule idée : Prendre un bon bain fort relaxant puis me jeter de tout mon poids dans mon lit et m’offrir un repos bien mérité. C’était le jour de mon anniversaire certes, mais y songeais-je ? De toute façon, personne autour de moi ne semblait y prêter attention et pour moi, ce jour se déroulait comme n’importe quel autre jour.

Mais quand j’ouvris la porte, que je faillis être propulsée dans les airs par le brusque soulèvement rauque du chœur baroque qui m’accueillit, je dus à cet instant revoir totalement mon petit projet de relaxation, et mon vieux corps endolori par l’exténuante marche se sentit subitement frappé par cette foudre inattendue. Oh, non ! Ce jour n’avait rien de commun avec les autres. C’était bien le jour de mon anniversaire, le jour de mon demi-siècle d’existence et d’errance désespérée sur terre.

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