
Pas de seconde chance pour les tricheurs
Chapitre 2
Un léger bourdonnement dans ma pochette m'a tirée de mes souvenirs. Ce n'était pas mon téléphone personnel, mais un petit appareil crypté. Je me suis avancée dans un coin du balcon, cachée par une grande plante en pot.
C'était un appel de Fred.
« Tout est en place, Alix », a-t-il dit, sa voix calme et professionnelle. « Le protocole est prêt. Il suffit de donner le feu vert. »
« Merci, Fred. »
« Tu es sûre de toi ? Une fois que ce sera fait, il n'y aura pas de retour en arrière. Tu devrais au moins dire au revoir à ta famille. »
Ses mots ont touché quelque chose au fond de moi. La famille. Le mot sonnait creux. Une boule s'est formée dans ma gorge.
Damien n'était plus ma famille. C'était un étranger qui partageait mon lit. Un partenaire d'affaires dans la mascarade de notre mariage.
« Fred », ai-je dit, ma voix ferme malgré la boule dans ma gorge. « Quand tu déclencheras le protocole, je veux que tout soit effacé. Pas seulement mes dossiers publics. Je veux qu'Alix Fournier disparaisse de chaque serveur, de chaque base de données. Efface-moi. »
Il y a eu une pause à l'autre bout du fil.
« Alix, c'est... extrême. C'est un niveau d'effacement qu'on réserve aux agents grillés. Ce Damien, je pensais que vous étiez heureux. »
C'était la preuve que j'avais bien joué mon rôle. Personne, pas même mes contacts les plus proches, ne connaissait la vérité sur ma vie.
« Il m'a trompée, Fred. »
Les mots sont sortis, plats et sans émotion.
Un long et lourd soupir a traversé le téléphone. « Ah. Je vois. » Il a marqué une pause. « Son appel il y a quelques mois... celui que tu m'as demandé de tracer. Tout s'explique maintenant. »
Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Il comprenait.
« Le système sera prêt dans quarante-huit heures. Règle tes affaires personnelles. Une fois que tu seras dans cet avion, Alix Fournier cessera d'exister. »
« Je le ferai », ai-je dit, une vague de soulagement m'envahissant. Le plan était solide. C'était en train de se produire.
Je n'aurais pas à subir un divorce sordide. Je n'aurais pas à me battre pour des biens ou à écouter ses mensonges et ses excuses. Je disparaîtrais, tout simplement.
« Merci, Fred. Pour tout. »
« Fais juste attention à toi, gamine. »
Il a raccroché. J'ai glissé l'appareil dans ma pochette juste au moment où Damien apparaissait à la porte du balcon.
« À qui tu parlais ? » a-t-il demandé, ses yeux plissés, suspicieux.
Je me suis retournée, mon visage un masque de calme parfait.
« Ma mère. Elle voulait nous souhaiter un joyeux anniversaire. »
J'ai soutenu son regard, sans ciller. C'était un mensonge simple et crédible.
Il a scruté mon visage un instant, cherchant quelque chose. Puis il s'est détendu, sa méfiance s'estompant. Il a passé ses bras autour de moi par-derrière, me serrant contre sa poitrine.
« Je t'aime, Alix. Tu le sais, n'est-ce pas ? Je serais perdu sans toi. »
Ses mots étaient du poison. J'ai imaginé ce qui se passerait si je lui demandais maintenant : « Et si tu me trahissais ? »
Il en rirait probablement.
Je me suis souvenue d'une conversation que nous avions eue il y a des années, un moment de plaisanterie insouciante. Je lui avais demandé ce que je devrais faire s'il me trompait un jour. Il avait ri et dit : « Virez-moi pour toujours. Je le mériterais. »
Bientôt, tu auras ce que tu mérites, ai-je pensé. Tu seras viré de ma vie, pour toujours.
Juste à ce moment-là, Candy Morel s'est approchée. Elle tenait un dossier dans ses mains, son expression sérieuse et professionnelle.
« Monsieur Allard, désolée de vous interrompre. Nous avons une mise à jour urgente sur le Projet Phénix. »
Damien m'a lâchée, son attitude changeant instantanément pour celle du PDG concentré.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Il a pris le dossier, me tournant le dos, créant un petit espace privé pour qu'ils puissent parler.
Je les ai regardés, l'image parfaite d'un patron et de sa subordonnée. Leur jeu d'acteur était impeccable. Un instant, j'ai presque admiré leur talent.
J'ai ressenti une étrange gratitude. J'avais de la chance de l'avoir découvert. De la chance d'avoir une porte de sortie qui n'impliquait pas de cris et d'assiettes cassées.
Damien a fait signe au régisseur de lancer un compte à rebours. « Cinq, quatre, trois, deux, un... »
Il s'est retourné vers moi, son sourire large et éblouissant. « Joyeux anniversaire, mon amour. »
Soudain, le ciel extérieur a explosé en une pluie de couleurs brillantes. Un feu d'artifice grandiose, juste pour nous. La foule a poussé des exclamations et a applaudi.
« Dix ans », a murmuré Damien, les yeux fixés sur les fusées. « On dirait que c'était hier. »
Je fixais les lumières éclatantes. Dix ans. Ça me semblait une éternité.
Une vie complètement différente. L'homme à côté de moi n'était pas l'homme que j'avais épousé. Cet homme-là avait été ambitieux mais gentil. Celui-ci était arrogant et vide.
Il s'est tourné vers moi, son visage illuminé par les couleurs clignotantes. Il s'est penché pour m'embrasser.
Juste au moment où ses lèvres allaient toucher les miennes, son téléphone a vibré.
Il s'est reculé, une lueur d'agacement sur son visage.
« Qui diable me dérange maintenant ? » a-t-il marmonné en sortant son téléphone.
Il a jeté un coup d'œil à l'écran. L'agacement a disparu, remplacé par un mélange complexe d'émotions. Je l'ai vu clairement, même dans la pénombre. Le désir. La complication.
J'ai aperçu l'écran. Un message de « C ». Un simple emoji cœur.
Il a rapidement incliné le téléphone, mais c'était trop tard. J'avais vu.
Une lueur brute, affamée, a traversé son regard. Un regard qu'il ne m'avait pas adressé depuis des années.
Il s'est raclé la gorge, remettant le téléphone dans sa poche.
« C'est le boulot », a-t-il menti, sa voix douce comme de la soie. « Une urgence avec l'un des serveurs à l'étranger. Je dois y aller pour m'en occuper. »
« Damien, c'est notre anniversaire », ai-je dit doucement, ma voix contenant juste la bonne dose de déception.
« Je sais, bébé, je suis tellement désolé », a-t-il dit, son visage un masque de regret. « Je me rattraperai, je te le promets. »
« Ce n'est pas grave », ai-je dit, le coupant avant qu'il ne puisse inventer d'autres mensonges. « Vas-y. Le travail est important. »
Il a semblé soulagé. Si facile. Il pensait que j'étais si facile à duper.
« Tu es la meilleure, Alix. Je reviens dès que possible. »
Il m'a donné un baiser rapide et distrait sur la joue et s'est éloigné à la hâte.
Je l'ai regardé partir, une certitude glaciale s'installant dans mon cœur. Il n'allait pas réparer un serveur. Il allait la rejoindre.
Et j'allais le suivre.
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