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Couverture du roman Les sentinelles de la reine Ou'Teikh - Tome II : Le cauchemar de la princesse d'Abyssinie

Les sentinelles de la reine Ou'Teikh - Tome II : Le cauchemar de la princesse d'Abyssinie

Nat Simog dirige une banque d'affaires à Atlanta alors qu'un gisement de gaz en Guilombie attire les convoitises internationales. En 2019, une crise financière mondiale provoque faillites et expulsions, déclenchant de violentes émeutes urbaines aux États-Unis. Face au chaos, la puissante héritière Gardénia Royston choisit de délaisser son empire industriel. Ce second tome explore les tensions liées aux ressources naturelles et rend hommage à la résilience des peuples autochtones.
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Chapitre 1

Première partie

Le génie des peuples

Quelque débarquement en Guilombie

Au petit matin, quelques timides rayons de soleil pointaient déjà à l’horizon. L’aube s’annonçait lentement, parée d’une longue traîne aux éclats teintés d’un subtil mélange de rouge, jaune et orange enveloppant cette douce atmosphère matinale. Le capitaine se trouvait déjà sur le pont supérieur. Sa mine figée laissait aisément deviner que sa nuit fut courte.

Pensif, il semblait plongé dans les méandres d’une organisation truffée d’inconnues. Le débarquement les appelait avec une troublante imminence. Le lieutenant Bricard le rejoignit peu après sur le pont d’un pas alerte plein d’entrain et l’interpella :

— Mes respects, Capitaine ! Avez-vous bien dormi ? Voilà une belle journée qui s’annonce-là !

— Bonjour Lieutenant Bricard ! En effet, quelques indices dans ce beau ciel semblent nous annoncer une magnifique journée en perspective ! répondit le capitaine souriant.

— Espérons-le, Capitaine ! Les hommes de garde m’ont signalé avoir aperçu au loin de brillantes lueurs provenant de la rive et entendu quelques ébrouements de chevaux sur le rivage la nuit dernière ! Mais rien d’inquiétant ne s’est produit aux abords des bâtiments ! assura le lieutenant Bricard

— Vous vous doutez bien que la présence de nos imposants navires a attiré quelque attention de nos hôtes ! Attendons-nous à les recevoir sous peu ! Je l’espère, sans devoir brandir l’épée ou déclencher le moindre feu ! reprit le capitaine.

— Les marins sont restés à l’affut comme vous l’aviez demandé ! reprit le lieutenant Bricard.

— Hélas, ma nuit ne fut pas d’un profond sommeil ! Alors j’en ai profité pour relire nos cartes et recalculer notre position ! ajouta le capitaine.

— Vous avez besoin de repos, Capitaine ! Après tout ce que nous venons de vivre, vous avez été de tous les fronts ! souligna le lieutenant Bricard avec bienveillance.

— Oh, mon cher Bricard ! Avec le temps, vous verrez combien un bon sommeil est un précieux allié ! Cependant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, vous peinerez à le trouver aisément ! Mais on s’y accommode avec les années ! répondit le capitaine.

— Je vous avouerai que mon sommeil fut également des plus légers la nuit dernière ! Je n’ai cessé de m’interroger sur notre position ! Sommes-nous bien dans le golfe de Guilombe, Capitaine ? interrogea le lieutenant.

— Assurément, malgré certains éléments qui semblent encore échapper à ma compréhension, je dois bien l’avouer ! Pourquoi diable les récits d’expédition ne mentionnent-ils pas l’existence de ces peuples dont la civilisation semble si évoluée ? Vos propres yeux en ont été les témoins irréfutables ! tonna le capitaine sur un ton d’où perçait quelque consternation.

Le lieutenant Bricard, de près de quinze années son cadet, éprouvait une profonde et sincère admiration pour cet homme de bonne noblesse, à la longue et brillante carrière militaire passée dans la Marine. Le capitaine abhorrait tant l’ignorance et l’indétermination que l’idée d’être confronté à cette inconnue que représentait cette civilisation noire, jusqu’ici inscrite dans nul récit ou carte. Cela alimentait en lui une palpable frustration. Cependant, cette grande inconnue fut plus qu’il n’en fallait pour galvaniser l’esprit d’aventure qui d’ordinaire animait l’homme. Parfois, le lieutenant Bricard se prenait à imaginer à ce qu’aurait pu être le capitaine, ce talentueux marin doué d’un remarquable génie militaire, s’il n’avait pas embrassé la marine ? Il eut sans nul doute été un admirable ministre des Cabinets du roi, tant son jugement intuitif sur les hommes et sur les choses était rarement pris en défaut. De l’opinion du capitaine, le lieutenant Bricard faisait partie du petit nombre d’officiers dont le courage, l’intelligence autant que le sens de la discipline désignaient pour les plus hautes responsabilités dans la Marine.

— C’est à ne rien y comprendre Capitaine ! Mais le moment n’est-il pas venu de tirer tout cela au clair ? demanda le lieutenant Bricard sur un ton d’où perçait tout son engouement pour la mission.

— Nous ignorons tout de ces terres, jusqu’à leurs habitants ! Voici venu le moment de quelque rencontre avec leur souverain, si tant est qu’il en soit un en exercice ! reprit le capitaine.

— Les hommes sont prêts ! Tous n’attendent plus que vos ordres pour débarquer, capitaine ! lança le lieutenant Bricard esquissant un respectueux salut militaire.

— Nous allons sans tarder, détacher une garnison pour aller à leur rencontre ! Du moins demanderons-nous quelque audience auprès de leur souverain ! L’absence de fortifications portugaises sur des territoires que leur couronne prétend relever de sa souveraineté me semble des plus suspects ! ajouta le capitaine.

— N’y voyez-vous pas quelque stratagème de leur part, Capitaine ? Qu’à cela ne tienne, nous irons à terre pour le savoir et déjouer toute intrigue ! lança le lieutenant Bricard avec toute la verve qui le caractérisait.

— Ah ! Je me réjouis, monsieur Bricard de voir qu’en dépit de notre infortune depuis le début de cette campagne, votre fougue autant que votre zèle à l’appel de l’action et du devoir, répond toujours aussi fidèlement que promptement ! C’est une qualité que j’admire et salue en vous ! lança le capitaine sur un ton véhément.

— Merci, Capitaine ! Quoi qu’il advienne en ces terres inconnues, sachez que c’est un immense honneur de servir sous votre commandement ! Je vais faire une dernière inspection et veiller à ce que tous les hommes d’armes soient prêts ! lança le lieutenant avec quelque air de fierté.

— Fort bien ! Monsieur Bricard ! Réunissez tous les officiers de notre état-major afin que nous puissions tenir rapide conseil et organiser le débarquement comme il se doit ! Faites apprêter deux chaloupes et une trentaine d’hommes en armes pour former un bataillon dont je prendrai la tête ! ordonna le capitaine.

— Certaines pièces d’artillerie ne seront pas aisées à manœuvrer à travers ces collines escarpées ! Elles risqueraient davantage de nous être un fardeau! souligna le lieutenant Bricard.

— Vous avez raison ! Nous agirons en conséquence ! Nous ne prendrons donc que fusils et munitions ! Si les choses venaient à mal tourner, nos canonniers seraient prêts à couvrir nos arrières depuis les vaisseaux ! souligna le capitaine.

— À vos ordres, Capitaine ! Je vais de ce pas transmettre vos instructions ! répondit le lieutenant Bricard avant de prendre congé.

Les officiers des quatre vaisseaux tinrent un rapide conseil des à bord de l’Aventureux, sous le commandement du capitaine Dargenteuil. À peine leur entrevue terminée, la vigie se mit en alerte s’écriant :

— Des cavaliers en vue sur la rive ! Environ une vingtaine d’hommes, mon Capitaine.

— Ah ! Messieurs ! Voilà qui semble annoncer le début d’une rencontre inédite ! C’est en dignes marins de notre prestigieuse couronne de France que nous irons à leur rencontre ! tonna le capitaine en ajustant fermement sa redingote.

Il dégaina aussitôt sa longue-vue pour appréhender la situation. Sur le visage de ce quinquagénaire aux traits creusés par les rudoiements de nombreuses années de navigation, se dessinait sous nos yeux une indicible gravité mêlée d’une excitation admirablement contenue. Bien qu’elle semblât de circonstance, elle ne troubla nullement l’homme dans son maintien. Il replia son instrument et le tendit au lieutenant Bricard qui se trouvait près de lui, l’air de lui demander : « Sont-ce bien les hommes que vous avez vus derrière ce mont, dans cette grande cité ? ». La crainte d’un assaut des Portugais, alliés à ces indigènes sema quelques instants un trouble dans l’esprit des marins. Prenant la mesure de la portée politique du moment, le capitaine poussa un léger soupir. Il bomba le torse, releva le menton et esquissa un sourire quasi paternel à l’adresse de ses hommes et tonna d’une voix ferme :

— Messieurs ! Voici venu l’un de ces inoubliables appels de l’Histoire auxquels les dignes marins que nous sommes ne sauraient manquer ! Ce royaume nous ouvrant ses portes, c’est en dignes serviteurs de Sa Majesté, le roi de France, que nous y entrerons sans défaillir ! Le moment est venu de lever le voile sur quelques troublantes interrogations ! Le temps n’est pas un bien que l’on puisse perdre à notre fantaisie ! Au Roi de France ! s’écria le capitaine pour haranguer ses hommes avant leur débarquement. La vigie s’écria à nouveau :

— Ils tiennent en laisse d’énormes chiens au corps bizarre !

— Voyez-vous leur armement ou quelque garnison en retrait ? interrogea le lieutenant Bricard.

— Non, Lieutenant ! Les cavaliers portent une sorte de combinaison noire et sont armés de fusils, sabres et lances ! Mais aucune garnison en retrait ! tonna la vigie.

— Eh bien, messieurs, voilà qui risque fort d’agrémenter notre débarquement ! Larguez les chaloupes ! ordonna le capitaine.

— À vos ordres, Capitaine ! répondit le second qui fit aussitôt exécuter l’ordre.

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