Couverture du roman Le chant des moineaux

Le chant des moineaux

8.6 / 10.0
Dans Le chant des moineaux, un solitaire affronte un hiver nucléaire éternel. Entre routine et survie, l'arrivée d'une adolescente le pousse à explorer un monde hostile. Ce roman de sci-fi et adventure story pose un choix vital : s'isoler ou se battre pour revoir le ciel. Un web novel intense.
Résumé de Le chant des moineaux
Une décennie après l'apocalypse nucléaire, un homme vit reclus dans un quartier populaire, persuadé d'être l'unique survivant. Son quotidien bascule avec l'arrivée d'une adolescente. Dans ce monde figé dans l'obscurité, où seules des fleurs bioluminescentes brillent, il doit choisir : rester enfermé dans ses souvenirs ou affronter une réalité hostile. Cette aventure interroge la solitude face à la nécessité de se battre pour l'humanité et l'espoir de revoir le ciel bleu.
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Le chant des moineaux Chapitre 1

Chapitre 1Mon chez-moi, ma réalité

Fallait-il en arriver là ? Fallait-il vraiment aller toujours plus loin ? Et puis surtout, fallait-il que dans leur folie, ils emportent Sonia, mes voisins, mon chat, mais aussi mon hier ? Ils m’ont privé à jamais de ma lumière, de ma famille, de mon tout. Ils m’ont privé de moi-même, de mon bonheur. On m’a toujours appris que la seule chose dont on avait réellement le choix, c’était l’amour, libre d’aimer, d’apprendre à aimer ou non, même pour un homme tel que moi. Alors pourquoi ? Pourquoi m’ont-ils arraché Sonia ? Pourquoi ont-ils arraché mon cœur ?

Je m’accrochais à ces dernières bouffées de tabac, comme un ultime souffle, un dernier plaisir bien trop long et fade. Je m’accrochais à la lumière de ces maudites fleurs, comme à celle que ma fille apportait, seul phare âpre de ma longue nuit. Je m’accrochais à son souvenir, à ce qui restait d’elle et comme à ces fleurs, auparavant dépendantes de lumière et qui en émanent aujourd’hui, comme à cette nuit qui ne veut pas du jour à sa suite, comme à ce monde qui n’a plus de sens, j’étais une boussole dansant follement sans nord, comme une trotteuse qui peine à atteindre minuit, et puis comme à ce papier glacé, terne et livide, où le temps n’a plus d’emprise à y croire, cachant un souvenir affreusement chaleureux, j’étais figé dans mon présent. Comment pouvais-je atteindre la fin de mon temps, quand celle de cette nuit n’existait pas ? J’appelais cette fin de tous mes vœux, voulant m’éteindre avec son souvenir au fond des yeux, les poumons noirs de m’être trop égaré dans mes songes.

Je suis un homme bedonnant, les rides bouffant le visage, les cheveux rares, habillé de mon habit du dimanche, une chemise blanche qui me serre, surmontée d’une jaquette noire du plus bel effet. J’ai toujours aimé m’habiller de façon classieuse, pour évoquer une certaine bourgeoisie inenvisageable, bien que mes charentaises miteuses trahissent vite ma condition. Assis sur ma chaise devant ce qu’il reste de mon immeuble, je brûle l’une de mes dernières cigarettes, de vieilles Jackson’s Garden sèches, le regard perdu au plus loin qu’il peut dans cette obscurité. C’est dans cette noirceur que dansent les formes de mon imaginaire et de mes souvenirs. Le souvenir mène la danse, l’imaginaire marche sur les pieds et fait mal. Le souvenir chuchote au creux de l’oreille de l’imaginaire de doux mots d’un passé joyeux, où ma femme lit sous le porche de l’immeuble, pendant que Sonia joue avec Béina, notre chatte européenne, et Grabouille, son doudou meurtri de tant d’aventures à ses côtés. L’imaginaire se laisse séduire par ses louanges et rit fort, à en déchirer ce silence froid et sombre, à en déchirer le ciel tel un éclair, se crée alors la forme des miens, face à moi. Le fait que j’aimerais les toucher fait d’autant plus rire l’imaginaire et dans leur folle danse, leurs ébats macabres marchent sur mon être. Je suis à y croire la dernière personne dans ce monde à me faire mal à ce point. Non. En réalité, cela a toujours été le cas. Ma cendre tombe sur mon pantalon et creuse un nouveau trou.

« Et merde, c’est pas comme si le tailleur existait encore. »

Je passai ma main sur ma jambe pour faire chuter cette poussière grisâtre sur le sol. Je levais ma tête et regardais les fleurs des plantes qui couvraient maintenant le monde. Des fleurs qui avaient éclos le long de lianes d’un vert putride, des fleurs s’apparentant à ce qui me semblait être des astéracées par leur forme, munies de cinq pétales, surplombant des sépales d’une noirceur dénotant cette particularité que je n’avais encore jamais vue, elles brillaient dans la nuit. Ces organes dégageaient une réelle lumière pouvant éclairer à quelques mètres, d’une lumière aux tons proches de celle d’un feu de camp. Cette plante grimpe comme le lierre, pousse comme la mousse, parasite comme le gui blanc, à tel point que mon quartier en comporte bien des spécimens. Je me levai de ma chaise et empruntai la ruelle juste à gauche de chez moi, donnant sur un parc de quartier entouré de murs de briques, lui donnant un côté très intime et calme. Il y avait avant des balançoires, des toboggans, des bacs à sable maintenant ruinés, écrasés par les tonnes de décombres des immeubles environnants. Seul y trône, encore fier, le saule pleureur, planté lors de l’inauguration de la cité, suintant aujourd’hui une sève lumineuse, qui contient les exsudats atroces de ces plantes parasites. Les lianes avaient colonisé l’arbre, à tel point que les fleurs étaient par milliers, comme les ampoules des guirlandes d’un sapin lors des fêtes de fin d’année, conférant une beauté inquiétante à cet individu. Il brillait, mais mourait, impuissant, se laissant drainer ses forces, au profit d’un être opportuniste qui n’aurait jamais dû exister.

« Seul au monde », cela faisait des années que je me le disais, me remémorant les jours d’avant, marchant comme un pauvre hère, explorant çà et là les différents bâtiments de ma ville, sans jamais trop quitter les rues que les lianes avaient épargnées. Les ténèbres étaient épaisses, me disais-je, mais comme à mon habitude, c’était de l’inconnu que j’avais peur, je ne quittais jamais ma ville. J’y suis né, j’y ai grandi, j’y ai étudié, y ai cassé des carreaux avec des cailloux, j’y suis allé à la messe, fait les quatre cents coups, rencontré mon amour, y ai eu ma Sonia, y ai trouvé ma chatte Béina, j’ai habité ici et j’y suis toujours resté. Au final, je me dis que, peut-être, ces ténèbres ont toujours existé. Paradoxalement, ces fleurs que je maudissais, pourrissant mes chères plantes, guidaient confortablement un chemin rassurant que j’ai arpenté un million de fois, bien qu’après la tragédie, je distinguais difficilement les contours de ce qui était avant la silhouette de ma ville.

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Table des matières de Le chant des moineaux

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
Ch. 6
Ch. 7
Ch. 8
Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
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