
Neuf Ans, Puis le Néant
Chapitre 2
Je me souviens encore de ce jour-là, la veille de notre emménagement dans le nouvel appartement. J'avais passé des mois à économiser chaque centime, cumulant trois emplois pour que nous puissions enfin quitter notre petit studio miteux. Neuf ans. Neuf ans que je prenais soin de Chloé.
Je l'avais rencontrée à quinze ans, moi orphelin, elle venant d'être kidnappée. Je l'avais sauvée, et depuis ce jour, elle était devenue ma seule famille, ma seule responsabilité. J'ai travaillé sans relâche pour qu'elle puisse faire des études, pour qu'elle ait une vie meilleure.
À vingt-quatre ans, elle venait d'être diplômée et avait décroché un poste dans une grande entreprise. L'avenir semblait enfin nous sourire. Nous avions un appartement, un futur.
C'est ce soir-là, alors que je finissais de ranger les derniers cartons, qu'elle a prononcé les mots qui ont fait voler mon monde en éclats.
« Lucas, divorçons. »
Sa voix était calme, dénuée de toute émotion. J'ai arrêté ce que je faisais, le ruban adhésif encore à la main, et je me suis retourné pour la regarder. Elle était assise sur le canapé, les mains croisées sur ses genoux, son nouveau tailleur impeccable contrastant avec le désordre des cartons.
« Quoi ? »
« J'ai dit, divorçons. »
Elle a répété, son regard fixe et vide.
« Notre relation n'a jamais été de l'amour, Lucas. C'était une association de survie. Tu m'as sauvée, je t'en suis reconnaissante. Tu m'as aidée à traverser les moments les plus difficiles, et je t'en remercie. Mais maintenant, nous sommes sur des chemins différents. J'ai un avenir, une carrière. Tu ne fais plus partie de ce monde. »
Chaque mot était comme une claque en plein visage. Une association de survie. C'est comme ça qu'elle voyait nos neuf années passées ensemble. Mes sacrifices, mes nuits blanches, mes mains abîmées par le travail, tout ça n'était qu'un arrangement pratique.
Je sentais une douleur sourde monter dans ma poitrine, mais je suis resté silencieux. Je la regardais, essayant de trouver une trace de la Chloé que je pensais connaître, la fille fragile que j'avais protégée. Mais il n'y avait rien. Juste une étrangère au visage froid et déterminé.
« D'accord, » j'ai finalement réussi à articuler, ma propre voix me semblant lointaine.
Peut-être qu'elle avait raison. Au début, c'était bien une question de survie. Deux adolescents perdus essayant de s'en sortir. Mais pour moi, c'était devenu bien plus que ça. Je l'aimais. Je l'aimais au point de rejeter mes propres parents biologiques, des gens riches qui m'avaient retrouvé des années plus tard, juste parce qu'elle se sentait menacée par leur existence. J'avais tout sacrifié pour elle. Et maintenant, elle me jetait comme un vieil outil devenu inutile.
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