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Couverture du roman Must Be

Must Be

Sans talent particulier ni ambition, Léo survit dans l'ombre d'un deuil accablant. Sous l'impulsion de ses proches, elle finit par sortir de sa torpeur pour se réinventer professionnellement. Ce nouveau projet, porté par une équipe vibrante, lui offre un élan d'optimisme inattendu. Entre un cliché marin et le souvenir persistant d'un regard tendre, elle gravit les échelons vers la guérison. Ce récit explore la reconstruction d'une femme qui réapprend enfin à rêver de bonheur.
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Chapitre 2

En attendant mes « invités », je bricole un apéro dînatoire avec du ceviche, feuilles de vigne et petits fours improvisés. Ils savent qu’il n’y aura ni plat chaud ni table de fête. Je sais qu’aucun ne sera à l’heure et que je vais choisir la musique en attendant que Nicolas accepte de s’y coller, il est notre musico-tech et aussi notre joker culturel. Grand, mince et sérieux il a adopté le style classique de sa fonction, casual chic, mais quand il se fend d’un sourire la journée s’illumine. Caroline arrivera survoltée, nous résumera son échappée entre mari et enfant dans un souffle et s’agitera encore quelques instants. Puis elle sera rassurée car rien ne manque et pourra s’asseoir sur un bout d’accoudoir. Ses longs cheveux bruns sont domptés par un élastique et elle n’a pas besoin de maquillage pour être féminine. Un petit pantalon bien ajusté, une chemise à fines rayures et le tour est joué. C’est la plus jeune d’entre nous. Je suis dans la fourchette haute quoique cela puisse vouloir dire.

Enfin, Nea s’allonge devant la porte, elle a entendu les voitures et me prévient à sa manière. Je la soulève pour la déposer sur mon épaule, elle préfère saluer les visiteurs à leur hauteur. Embrassades et service rapides nous voilà armés de verres pour trinquer à leur grande décision. Quelques regards furtifs et sourires complices précèdent le discours que Lionel, chaussé de ses éternelles savates, entame non sans emphase.

« Léo, nous avons beaucoup réfléchi à toi et parlé de toi sans toi. Nous sommes d’accord donc tu vas nous écouter. Habiter ici ce n’est plus possible, rester à ne rien faire n’est pas une option donc préparer l’avenir doit être ton unique priorité. Il y a un chapeau avec des idées, des mots, des thèmes, bon le tout venant à vrai dire. On va tous piocher dedans et choisir ce qui dessinera les grandes lignes de ton projet immédiat. On t’a laissé le temps de te reprendre, non ? »

La petite bulle coincée dans mon cœur est prête à éclater, ne pas pleurer, esquisser un sourire et dire merci. Leur générosité et leur ingéniosité me pétrifient de gratitude.

— D’accord. J’ai vraiment le choix ?

S’en suivent des heures de débats ponctués de beaucoup de rires, de quelques larmes et de toasts plus ou moins pertinents. La fatigue a gagné, le chat a volé quelques bouts de papiers froissés et j’archive la sélection gagnante dans une boîte en carton pour un tri ultérieur. La procrastination sera brève car le débrief est programmé dans une semaine. Il n’y a pas si longtemps Caro serait restée dormir ici, heureusement j’ai trouvé juste assez de lucidité pour la libérer. Elle a une famille maintenant.

Dimanche matin, deuxième café, Nea s’est rendormie. Il n’est pas tôt. J’ai rêvé que Kris m’aidait à chercher du travail. Il me donnait la main et m’accompagnait partout, même aux entretiens. Rien ne convenait car si j’acceptais un poste nous passerions moins de temps ensemble. Je faisais semblant, il le savait et cela nous amusait beaucoup. En réalité, nous avions vécu cette situation avant qu’il ne parte faire son service militaire. J’étais étudiante, il devait trouver un boulot mais préférait venir m’attendre tous les jours à la sortie de la fac. Nous étions si proches, insouciants, tellement fusionnels que les gens s’inquiétaient de comment nous pourrions construire notre avenir. Je me cache sous l’oreiller. Pourquoi dois-je me lever ?

Oui, c’est le moment d’ouvrir la boîte. Je ne veux pas décevoir mes amis, ils ont été tellement compréhensifs ces derniers mois, déjà dix-huit… Et si rien ne ressortait ? Et si je n’étais pas capable d’avancer ?

Garder à l’esprit que je cherche à définir le job idéal, le métier de mes rêves. Se concentrer, aligner et rationaliser.

Contenu de la boîte à Idées :

Atelier

Équipe

Ambiance

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Design

Graphisme

Tendance

Décoration

Couleurs

Artisanat

Inventer

Photographie

Art

Mosaïque

Complémentarité

Architecture

Rêver

Créer

Poterie

Dessiner

Melting pot

Inventer

Microcosme

Style

Univers

Diversité

Beaux-arts

Tous ces mots me parlent et me définissent. Puis la tête me tourne, un grand vide m’envahit. Je ne peux pas. Je ne suis pas prête, la journée peut bien s’écouler. L’année dernière, ces amis se sont relayés pour veiller à ce que je me lève les lendemains de soirée. Ils vérifiaient que mon frigo était approvisionné, que mon linge ne s’entassait pas trop… Puis dès que j’en ai eu le courage, je les ai suppliés de ne plus intervenir. J’ai encore besoin d’être seule pour fermer les yeux et voir son visage. Un jour, ça ira, pas encore mais bientôt, promis.

Lundi matin, la banque me contacte une fois encore pour me proposer un rendez-vous. Je dois prendre une décision concernant mes comptes courants, faire des placements et ne pas laisser végéter tout cet argent. Comment profiter, utiliser, faire fructifier ce qu’il m’a laissé ? C’est tellement écœurant et déplacé ! Je n’imaginais pas qu’on pouvait contracter autant d’assurances-mort ni qu’il avait épargné tant tout ce temps sans que je m’en rende compte. Je me sens idiote, rien n’est mérité, gagné ou logique. Je rappellerai un jour peut-être quand j’aurai une idée ou une envie… Mais je n’ai toujours besoin de rien, juste qu’il me revienne, que nous puissions choisir ensemble. Il me manque chaque jour un peu plus. Je jette le téléphone sous le lit et retourne dormir, ou essayer de ne plus penser et les souvenirs arrivent par vagues.

Nous sommes aux Anses d’Arlet à la Martinique. Kris et Nico partent chercher des langoustes. Ils se ressemblent tellement de dos que je les différencie à la couleur de leurs tubas. Deux frères presque jumeaux aussi opposés que complémentaires, l’un avenant et spontané l’autre réservé et réfléchi et tellement assortis dans leurs gestes, leur complicité, leur vision du monde. Caro grille avec moi sur la plage, quand le soleil sera trop présent nous irons nager avec les poissons multicolores. Sido et Yo se prélassent dans les hamacs de la cabane que nous louons sur la plage, à quelques mètres derrière nous. Le cri des frégates se mêle au bruit des galets qui roulent sur le sable alors qu’elles animent le ciel d’un ballet aux reflets violets. L’eau propose un camaïeu de turquoises, la végétation un vert criard, plus tard je sortirai pinceaux et tubes d’aquarelle. L’odeur du sable chaud me renvoie à un autre souvenir iodé. Mon esprit s’égare à l’anse San Peyre où nous avons rencontré Lionel et Sidonie il y a vingt ans, ils cherchaient la grotte bleue et nous les avons accompagnés. D’ordinaire, nous ne montrions pas nos coins secrets aux touristes, mais ils ne ressemblaient ni à des vacanciers ni à ce genre de personnes qui ne respectent pas les petits paradis. Leur enthousiasme nous a réunis au restaurant de la calanque jusqu’à tard dans la nuit. Nous avons échangé nos spots préférés et nous sommes amusés de la similitude de nos goûts musicaux tandis que le pianiste jouait nos suggestions. C’était quelques jours avant notre mariage et ils ont accepté de se joindre à nous pour la cérémonie sur la plage de Port Cros. Un bond dix ans plus tard me renvoie à Calvi. Kris était capitaine du navire océanographique chargé d’études sous-marines dans la baie de Scandola. Une équipe de scientifiques a embarqué, dont Nicolas et Caroline les ingénieurs rattachés au projet de recherches. Leur sérieux a vite laissé place à l’émerveillement que la réserve naturelle provoque chez les amoureux de la mer. Les garçons se sont immédiatement entendus en passant leurs journées à plonger et leurs nuits à échafauder des programmes pour préserver la nature. La toute jeune Caroline se montrait vive, fraîche et curieuse de tout, elle ne connaissait pas encore Alexandre et sautait de projets en missions d’études, récemment diplômée de l’École des Mines. Nous avons partagé tellement d’évènements toutes les deux depuis cette parenthèse en Corse. Je ne pensais pas avoir le temps d’avoir une amie en passant mes journées auprès de mon mari. Mais avec elle, tout est simple. Kris a pu s’émanciper de son côté grâce à ses activités professionnelles et bien entendu les amis. Il était impressionné par le calme de Nicolas, l’enthousiasme sans faille de Yo qui aime tout, trop tout, même ce qui nous fait rire ou nous semble très moyen. Le clan des O est né de ces rencontres aussi inattendues qu’enrichissantes, au fil de ces années où nous avons eu la chance de nous retrouver régulièrement aux quatre coins des cartes marines. Mais pas seulement, nous trouvions systématiquement un prétexte pour nous voir quand nous étions dans le Sud : une expo de Mr Z, une messe tahitienne, un concert ou un feu d’artifice. Il y a eu LE mariage, quand Caroline a voulu une vraie robe de princesse et le forfait maquilleuse, coiffeuse, manucure, bouquet et décoration fuchsia. Impossible d’oublier le sourire vainqueur d’Alexandre à la mairie et le vent qui tendait droit vers le ciel le voile de la mariée hilare à la sortie de l’église. Nous avons partagé une infinité de moments précieux.

Puis un jour, tout s’est effondré, je ne sais ni comment ni pourquoi. Kris a prétexté un problème dentaire pour se rendre à l’hôpital, il était très fatigué, moins présent et beaucoup moins drôle depuis quelques semaines. Il a appelé Nicolas avant de me prévenir. Je les ai rejoints pour apprendre qu’il ne sortirait pas. C’était surréaliste, déjà trop tard. Le cancer parti du cerveau avait pris possession de son corps et ne pouvait plus être neutralisé. Les mots sont restés en suspens, comme des insultes qui n’ont pas de légitimité, rien d’assimilable, le déni. Nicolas restait muet l’air absent. Kris se forçait à sourire pour m’encourager à l’écouter m’expliquer une situation que je n’étais pas capable d’entendre. J’étais perdue dans le noir, seuls ses yeux bleus durs perforaient les miens sans que ses paroles ne m’atteignent. J’ai ressenti cet exact malaise quand le notaire a tenté de m’exposer les dernières volontés, je comprenais « dernières » et le reste de son discours planait dans la pièce alors que mes oreilles bourdonnaient pour ne rien attraper d’autre. Même aujourd’hui il m’est impossible de regrouper ces bribes pour leur donner un sens. Je me repasse en boucle des scènes incrustées dans ma mémoire et pourtant définitivement floues. La dernière cérémonie au crématorium et les étreintes interminables comme si le temps comptait encore.

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