
Mon libre arbitre
Chapitre 2
Chaque matin je me réveille pétrifiée et dois redoubler d’efforts pour me réanimer à cette vie où j’ai l’impression d’être une simple spectatrice. Je me résigne à soulever la couette étouffant mon corps en sueur, souvenir physique de mes songes affreux. Je jetais un œil à l’heure sur le réveil digital : 06h06… Encore un réveil bien trop matinal pour moi. Je reste un instant immobile, assise sur mon lit observant ma fenêtre donnant sur la rue. Je me laisse vagabondée aux grés des phares jaunes des voitures passant calmement en bas de mon appartement, les lumières douces des engins modèrent toujours mes angoisses, je pourrais restée ainsi jusqu’au lever du soleil… Seulement monsieur Oscar attend déjà affectueusement à mes pieds, me rappelant que je ne suis pas seule entre ces murs… tapotant sur le matelas l’autorisant à monter à mes côtés, cette boule de poils me rappela qu’il était le seul que je pouvais aimer à défaut d’apprécier les êtres humains sur cette terre. D’un soupir sorti de mes entrailles, je caressais sa petite bouille poilue… Il posa sa truffe sur ma cuisse savourant les tendres caresses que je lui offris, malgré cet instant doux je perçu la cicatrice à mon genou que mon short ne pouvait dissimuler… J’ignorais d’où elle venait comme d’autres blessures témoins d’un passé difficile… Tant de mystères non élucidés… A l’unisson nous exprimions un soupir complice. Dans un élan de motivation venu d’entre les morts, je m’attachai les cheveux en chignon avant de me lever d’un bon. J’étais déjà lasse de ma routine quotidienne, je filais à la douche avant de me diriger vers la cuisine. La cafetière en route, je donnais à manger à ce chien affamé. Assise avec mon café, ravie d’être revigorée de l’énergie dont j’avais besoin, j’observais le seul être sensible que j’aimais… A mon étonnement, Oscar semble toujours autant heureux à mes côtés, malgré mes lacunes affectives. Il était la seule chose qui pouvait maintenir arbitrairement l’équilibre rassurante, il me force à tenir des obligations chronométrées. Je m’active à ses besoins essentiels comme une machine parfois dénuées d’émotion. Pourtant ce chien m’aime sincèrement autant que je m'indiffère. Allumant une cigarette, le regard vide vers la fenêtre de la cuisine, j’aperçois l’aube me faire signe… Il était temps pour moi, d’enfiler mon armure de faux-semblants pour cette nouvelle journée. Depuis que Patty m'avait pris sous son aile, elle m’enseignait tout ce que je devais apprendre. Les matières que les gamins apprennent de la maternelle jusqu’au lycée en passant par la culture générale. A son étonnement j’appris avec une grande facilité et en à peine deux ans j’ai acquéri 18 ans d’études oubliées. Pour elle, j’étais l’intelligence incarnée, ce qui me mettait hors de moi. Ma mère adoptive m’offrit le nom et prénom de sa propre fille, portée disparue au combat au début de la guerre que notre pays subit déjà depuis dix ans. Depuis cinq ans j’honore ce fardeau qu’est de porter ce prénom : Alexie. Ainsi que son nom de famille : Marchal que je souhaite en aucun cas salir par mes actes du présent mais surtout de ce passé qui me semble impénétrable. Je vis dans la peau d’Alexie, telle une fabulatrice. Je sais au fond de moi que je ne mérite pas cette seconde chance. Je me considère comme l’ombre et la lumière de quelque chose d’aussi obscure que ma dépression intérieure. Je sais simplement que mon passé me rattrapera tôt ou tard. En attendant que l’épée de Damoclès ne tombe, la voix informatique du métro indiquait l’arrêt où je devais descendre. Je marchais d’un pas cadencé vers le portail magnétique où les militaires attendaient immobiles, d’un coup de tête poli mais dénué d’empathie un des hommes valida ma carte d’identité en jetant un coup d’œil à mon visage aussi inerte que le sien. – Vous pouvez circuler. Je lui rendis un sourire pincé et quitta les sous-sols du métro. Les contrôles d’identités faisaient partie de nos vies depuis que la guerre avait été déclarée une dizaine d’années plus tôt à cause d’un conflit informatique entre deux pays voisins. La France sombra dans le chaos subissant une cyber-attaque, l’économie chuta au plus bas. Les banques fermaient leurs portes une à une, laissant les français dans une pauvreté jamais connus auparavant. L’intelligence artificielle était si présente, que nous avions perdus toutes nos usines, nos premières nécessités. Nous étions revenus à l’âge de pierre moderne car seule l’énergie renouvelable fonctionnait à très bas régime, cette énergie n’était pas assez suffisante pour alimenter les foyers, les commerces. Des choix difficiles ont dû être mit en place par le président Gaudreault R, alimenter en priorité les hôpitaux ayants les plus grandes capacités d’accueils, priorisant les plus grandes institutions militaires ainsi que de la primaire aux lycées. Pour l’économie, le pays trouva en l’Allemagne un refuge et un allié. Le chancelier Quinn ouvrit ses frontières et petit à petit les français ont pu faire des prêts aux banques et retrouver un léger pouvoir d’achats. La Grande-Bretagne se rallia à nos deux pays, nous offrant la sécurité robotique, ainsi les entreprises ouvrirent leurs portes petit à petit. Par conséquent deux employés sur trois devaient travailler avec un Robots au sein des entreprises. Un sacrifice qui n’était pas apprécier de tous, mais indispensable pour relever un minimum le pays. Le chômage diminua malgré tout car les hommes n’ayant plus de travailles se trouvèrent formé par les militaires Allemands et Anglais, l’armée française se concentra sur la protection de cette France brisée. Les deux pays ennemis étant la Russie et la Chine, leurs armées pour assaillir humainement nos trois pays. Dans mon malheur, je fus ravie de n’avoir aucuns souvenirs de cette période ayant remarqué les dégâts psychologiques sur Patty ayant côtoyé les cadavres aux quatre coins des rues… Traversant les rues bondées, j’observais l’élégance de notre architecture retrouvée. Inspirant l’air en fermant les paupières un instant, oubliant le monde un instant ce qui m’entourait. Occultant l’insécurité palpable de notre pays, oubliant les robots omni présents ainsi que tous les militaires avaient pris d’assaut nos rues. Une mélancolie me submergea de nouveau… - Comment était les années 2000… ? Une voix suave me tira de mes interrogations intimes. – Alex ? Ses prunelles vertes me fixèrent intriguées. – Pas besoin de me faire peur Em… soupirais-je. – Tu as l’air encore dans la lune répondit-il joyeusement. Je ne pris pas la peine de jeter un œil à son sourire narquois, ouvrant la librairie il emboita le pas et alluma l’enseigne. Je posai mes affaires à l’arrière-boutique poussant un soupir exagéré – je préfère la présence de mon chien à la tienne… j’entendis son éclat de rire en guise de réponse. – Je sais ! un café ma belle ? Pivotant vers lui, j’attrapais le café corsé qu’il me tendit de bon gré. – Comment fais-tu ? lui demandais-je exaspérer par sa bonne humeur constante. – Tu sais… quand le tibet était encore debout, lors d’un voyage j’ai rencontré un sage qui m’a instruit apprit la définition du bonheur : Quand tu connaitras les valeurs simples tel qu’un toit sur la tête, que tu as le ventre repu et l’amour d’une femme, le sourire de ton enfant, tu reconnaitre le bonheur dans ton fort intérieur. J’arqua un sourcil à sa réponse pertinente. Je l’observai ouvrir le carton de livre que nous avions reçu la veille. – Tu m’aides ma belle ? j’opina et avança à sa hauteur, m’activant à vider le carton silencieusement. Je senti son regard insistant se poser sur moi – Pose ta question… soupirais-je m’afférant à ma tâche d’étiquetage. – Pourquoi ne trouves-tu pas ton propre bonheur ? je laissai tomber un des romans, en m’accroupissant pour le récupérer, Emmanuel posa sa main sur la mienne. – Tu es comme ma fille… Je souhaite te voir heureuse Alex… Je hoquetai un sifflement à défaut de donner une réponse compréhensible. – Navrée pour le livre… je le rembourserais s’il le faut. Il soupira déçu que je ne m’ouvre pas à lui. – Je l’ignore… Répondis-je tendrement comme une fille pourrais répondre à son père. – J’ai la réponse pour toi … Quitte ce trou à rat… court sur les traces de ton passé, contacte mon frère qui vit en Angleterre… Il t’aidera volontiers ma belle… Figée par la violence de ses paroles, je m'en portais en guise de répartie. – Je ne suis pas prête à connaitre la vérité et combien même ! je n’ai que cette putain de lettre déchirée ! Ce n’est pas avec un papier datant de 3400 que ton frère trouvera d’où je viens Em ! Avec tout le respect que je te dois ! mêle toi de tes oignons ! Quittant un instant la librairie, cigarette à la main j'aspirais plusieurs taffes d’affilée telle une droguée anesthésiant le manque de réponses à mes incertitudes par la nicotine. Je m’efforçais à observer les passants, oubliant un instant ma petite personne. Mon regard s’arrêta sur le couple assis sur le banc métallique, malgré la légère pluie ils ne semblaient pas préoccupés. Ils semblent juste apprécier l’instant présent qu’ils leurs étaient offerts. Analysant leurs postures méticuleusement, une déduction me vint rapidement : jeune couple, pupilles dilatés, elle se mordille la lèvre inférieure, lui penché légèrement vers elle et sourcils surélevés… - Hum… ils papillonnent … L’amour ? Sûrement la définition même du Bécherel … Affichant un demi sourire satisfaite de mon analyse. Revenant à l’accueille où les livres m’attendaient docilement, j’aperçu un petit papier avec les coordonnées du détective Williams Allan. Vaincue par l’entêtement d’Em, je mis le papier dans la poche arrière de mon jeans.
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